Chimie: rompre avec la vision simpliste qui nous empoisonne

Le 27 août 2018 par Marine Jobert
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Chimie
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Effets-cocktails, devenir des substances dans l’environnement et au cours du temps, études des effets des polluants trop restrictives… des chercheurs du monde entier se sont penchés sur les conceptions trop étriquées des défis toxicologiques, méthodologiques ou réglementaires auxquels nous exposent les centaines de milliers de molécules de synthèses disséminées dans l’environnement.

 

Ils appellent à «un changement radical dans la manière dont nous étudions et communiquons les impacts et le contrôle de produits chimiques dans l'environnement naturel». Les quelque 2.000 scientifiques rassemblés sous l’égide de la Society of Environmental Toxicology and Chemistry (Setac) viennent de publier une étude prospective dans la revue Environmental Toxicology and Chemistry pour prendre le contrepied de la tendance mondiale actuelle à «adopter une vision simpliste ne [rendant] pas compte de la complexité du monde réel» en matière de gestion des produits chimiques.

22 questions prioritaires pour l'Europe

En ligne de mire… la tendance lourde à une réglementation substance par substance «alors que, dans la réalité, les produits chimiques de l'environnement coexisteront avec des centaines ou des milliers d'autres substances et facteurs de stress». La focalisation, dans les études toxicologiques, sur les impacts sur une seule espèce «plutôt que sur les populations et les communautés». Même reproche sur la quasi-absence de prise en compte des variations de la nature de l'environnement dans le temps et dans l'espace, «qui affecteront les impacts chimiques». Bref, beaucoup de choses sont à revoir. Mais par quoi commencer? Les auteurs ont analysé les défis majeurs qui se posent à chaque continent et l’équipe européenne a identifié 22 questions prioritaires (voir tableau).

 

Mondes compartimentés

En tête, la question de la prise en compte dans l'évaluation des risques environnementaux des interactions entre différents facteurs de stress intervenant à différents niveaux de l'organisation biologique. Au 6e rang, les scientifiques s’interrogent sur les produits chimiques qui seraient les principaux moteurs de la toxicité en mélange dans l'environnement. Au 10e rang, ils questionnent, en matière de biodiversité et de services écosystémiques, ce que nous essayons de protéger, où, quand, pourquoi et comment. Au 14e rang, il est question de la façon d’intégrer les connaissances évolutionnistes et écologiques pour mieux déterminer la vulnérabilité des populations et des communautés aux facteurs de stress. Cette étude se veut la première à tenter d'établir un programme de recherche pour la communauté scientifique européenne, dans un contexte où les milieux de la science de l'environnement et de la réglementation «travaillent souvent dans un isolement apparent». Les auteurs espèrent que les 22 pistes dégagées seront diffusées auprès des communautés politiques, commerciales et scientifiques.

Terrains de sport synthétiques, le retour. Pas inquiétant, mais un peu tout de même. Alors que l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) avait conclu en 2017, lors de son évaluation du risque sanitaire des substances présentes dans les gazons synthétiques des terrains de sport, qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter, l’agence sanitaire néerlandaise vient de publier des recommandations pour 8 hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) cancérigènes. Objectif: baisser l’exposition autorisée des joueurs et des personnes manipulant ces granulats de caoutchouc recyclé, fabriqués à partir de pneus usagés. Et pas qu’un peu: de 100 mg/kg pour 2 HAP et 1.000 mg/kg pour les 6 autres, l’agence néerlandaise propose de fixer la limite de concentration à… 17 mg/kg. Soit de 5 à 50 fois moins qu’aujourd’hui. L’Echa a 6 mois pour trancher. A la demande du gouvernement, un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur le sujet était attendu pour juin 2018.

 



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