Chikungunya: en Guyane, la fin du malathion

Le 25 mars 2015 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Un classement qui en arrange certains
Un classement qui en arrange certains
DR

Les autorités guyanaises ont décidé lundi 23 mars de suspendre les campagnes d’épandage de malathion, insecticide utilisé dans la lutte contre le chikungunya, suite à l’avis du Centre international de recherche sur le cancer (Circ) le classant comme cancérogène probable.

 

Interdit d’usage dans l’Union européenne depuis 2008, cet insecticide, qui cible les moustiques adultes, peut être autorisé de manière dérogatoire «en raison d’un danger menaçant la santé publique, la santé animale ou l’environnement qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens», selon la législation européenne.

Face à l’épidémie de chikungunya qui sévit depuis fin 2013 dans les Antilles, notamment en Guyane, le ministère de l’écologie a donné son feu vert en août 2014, pour une période de 180 jours –le maximum permis. Derrière cette décision, le fait que le seul adulticide désormais autorisé, la deltaméthrine, soit en grande partie inefficace sur l’Aedes aegypti responsable de l’épidémie antillaise, en raison d’un taux élevé de résistance.

Fondée sur des avis positifs du HCSP et de l’Anses [1], cette dérogation a néanmoins essuyé des critiques en Guyane, notamment en raison d’une toxicité élevée du malathion sur la faune terrestre et aquatique.

Or avec quatre autres substances, dont le fameux herbicide glyphosate, le malathion a été classé, vendredi 20 mars, cancérogène probable (groupe 2A)  par le Centre international de recherche sur le cancer -Circ, branche cancer de l’Organisation mondiale de la santé. Jusqu’alors, il était inclus dans le groupe 3, celui des agents inclassables quant à leur cancérogénicité.

Interrogée par la députée EELV Laurence Abeille au sujet des 5 produits ciblés par le Circ, la ministre de la santé Marisol Touraine a déclaré mercredi 25 mars que «les agences sanitaires [seraient] amenées à se pencher sur la question de savoir ce qu’elles devront préconiser en cas de nouvelle épidémie, et face à l’inefficacité d’autres produits». Quant au glyphosate, herbicide le plus utilisé en France, «une évaluation européenne de la toxicité de ces produits est en cours. Elle devra faire l’objet d’une analyse précise par les agences sanitaires».

Une campagne écourtée de deux mois

Lundi matin, les autorités guyanaises (préfecture, conseil général, agence régionale de santé) décidaient de suspendre immédiatement les épandages de malathion. En cours depuis le 18 novembre, elles devaient durer jusqu’au 16 mai, rappelle au JDLE le président du conseil général, Alain Tien-Liong.

«Si nous avons pris cette décision, c’est dans un souci de précaution», ajoute-t-il. Exit donc le malathion, mais les campagnes vont continuer, avec une deltaméthrine peu efficace (mais aussi toxique pour la faune non ciblée) et avec le larvicide Bti, classé bio. Tout en sensibilisant la population à lutter contre les gîtes larvaires.

Selon Alain Tien-Liong, la Guyane est «désormais dans l’impasse dans la lutte contre le chikungunya, nous sommes à la recherche de nouveaux moyens de lutte». Lesquels?

S’il est trop tôt pour le dire, le président du conseil général évoque au passage la possibilité d’un moustique génétiquement modifié (GM). Cette solution, qui nécessite l’aval (improbable) de l’Etat, est déjà appliquée au Brésil, bientôt en Floride, où elle rencontre une farouche opposition.

A La Réunion, de premiers lâchers de moustiques mâles rendus stériles par irradiation vont être effectués en 2015, également dans la lutte contre le chikungunya. Différence de taille, c’est le moustique tigre (Aedes albopictus) qui est responsable de l’épidémie réunionnaise, comme dans les quelques cas métropolitains. Ce qui obligerait à revoir la méthode de TIS (technique de l’insecte stérile).

Selon les derniers bilans de la cellule interrégionale d’épidémiologie (Cire) Antilles-Guyane, le chikungunya a fait 13.770 victimes depuis février 2014 en Guyane -et deux morts, dont un directement lié à la maladie. Dans les Antilles, la maladie a fait plus de 160.000 cas, du moins ceux repérés par un généraliste. Il n’y a qu’en Martinique et en Guadeloupe que l’épidémie est jugée terminée.

[1] HCSP: Haut conseil de la santé publique; Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus