Chéri, la chimie a rétréci les bourdons…

Le 21 janvier 2014 par Marine Jobert
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Bombus Terrestris vs Cyhalothrine.
Bombus Terrestris vs Cyhalothrine.
DR

Il ne s’agit pas d’un nouveau film animalier, mais d’observations réalisées par des chercheurs de l’université de Londres, qui ont constaté que les larves de l’hyménoptère, exposées à un pesticide couramment employé en Grande-Bretagne –mais aussi en France- avaient une nette tendance à voir leur taille réduite lors de l’éclosion. Leurs résultats sont publiés dans The Journal of Applied Ecology. De quoi hypothéquer la suite du développement de l’insecte, ainsi que ses capacités à se nourrir et à polliniser les fleurs. Car en matière de pollinisateur, la taille compte.

 

«Nous savions déjà que des bourdons de grande taille étaient plus efficaces pour trouver de la nourriture, explique Gemma Baron, l’une des chercheurs de l’école des sciences naturelles de Royal Holloway de l’université de Londres, qui a étudié le développement d’une colonie pendant 4 mois. Nos résultats, qui démontrent que ce pesticide a pour conséquence de faire éclore des larves plus petites, nous inquiètent puisque la taille des individus qui travaillent dans les champs semble un élément-clé du succès de la colonie, étant donné que des insectes plus petits sont moins efficaces pour collecter du nectar et du pollen des fleurs.»

 

Le nom du responsable de cette croissance contrariée des bourdons terrestres s’appelle la cyhalothrine, un insecticide de la famille des pyréthrinoïdes[1]. Il s’agit d’un perturbateur endocrinien de catégorie 1 (au moins une étude prouve les effets de perturbateur endocrinien de la substance sur un organisme sain) pour l’homme, et de catégorie 2 (potentiel perturbateur endocrinien) pour la faune sauvage, indique l’Ineris dans une fiche technique. Le site e-phyto du ministère de l’agriculture recense 30 spécialités qui contiennent de la cyhalothrine. Pour certains mélanges, il est précisé que ce produit est «dangereux pour les abeilles. Pour protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs, ne pas appliquer durant la floraison. Ne pas appliquer durant la période de production de miellat. Ne pas utiliser en présence d'abeilles. Retirer ou couvrir les ruches pendant l'application et 48 heures après traitement». Son usage est prévu pour combattre quantité d’insectes et autorisé pour plus de 50 espèces végétales différentes, du maïs au pissenlit, en passant par la sylviculture, le maraîchage ou l’arboriculture. En clair: c’est un pesticide très couru.

 

Les chercheurs britanniques redoutent qu’avec le moratoire de deux ans décidé dans toute l’Union pour trois néonicotinoïdes et pour le fipronil, ce pesticide connaisse un regain d’intérêt de la part des agriculteurs. Une tendance également anticipée par les organismes de conseil agronomiques français. «Notre travail va permettre de mettre en lumière l’effet délétère des pesticides autres que les néonicotinoïdes sur les abeilles sauvages», explique Nigel Raine, de la Royal Holloway, cité par The Guardian

 

 


[1] qui sont à la fois des organochlorés, des organofluorés et des organobromés.

 



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