Chauffage à bois: l’arnaque aux émissions?

Le 25 septembre 2018 par Marine Jobert
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Les foyers ouverts, l'exemple à ne plus suivre.
Les foyers ouverts, l'exemple à ne plus suivre.
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On aurait tort de se fier aux performances énergétiques et environnementales annoncées par les appareils à bois, à en croire la synthèse réalisée par l’Ineris des principales études menées sur la caractérisation des émissions de bois-énergie. De quoi s’inquiéter, puisque le chauffage à bois est appelé à un avenir glorieux. Alors qu’il nous empoisonne déjà considérablement.

Une bonne flambée, combien de polluants? Alors que la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte propulse le bois-énergie comme la première source d’énergie renouvelable (chaleur et électricité) utilisée en France, l’Ineris  a mis le nez dans la cheminée. Car, pour que la lutte contre le changement climatique ne devienne pas un fléau pour nos poumons, il convient de mieux connaître ce qui se passe dans les foyers. L’enjeu n’est pas mince en termes de santé publique (et de contentieux au plan communautaire): la combustion de bois dans les chaudières, inserts, foyers fermés et ouverts et autres cuisinières contribue en France aux émissions annuelles nationales d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) à hauteur de 59%, de benzène pour 58% et de particules fines primaires (PM2,5) pour 44%. «Il est donc important pour l’avenir de la filière bois-énergie de limiter et réduire l’impact du parc domestique sur la qualité de l’air, souligne l’Ineris. Notamment sur les niveaux de concentration en particules dans l’atmosphère.»

Sus au bois humide

Les 10 à 15 premières minutes de la combustion sont stratégiques, puisque c’est dans ce laps de temps que se forment 80% des émissions polluantes, que ce soit à froid ou lors des rechargements en bois. Qu’est-ce qui influence les émissions? Les facteurs sont de plusieurs ordres. L’humidité du bois (au-delà de 25%, les émissions augmentent et le rendement et la puissance diminuent), l’essence du bois (émissions plus fortes lors de la combustion de chêne ou de résineux que de charme ou de hêtre), l’allure de fonctionnement de l’appareil, le tirage (important, il peut provoquer une combustion plus rapide avec des temps de séjour insuffisants pour assurer une combustion achevée), le vieillissement des appareils (l’usure des joints et des déformations du foyer peuvent engendrer des entrées d’air parasites). Sans compter que l’accumulation de ces facteurs donne lieu à des émissions de polluants supplémentaires par rapport à celles dues à l’impact additionné de ces facteurs pris séparément.


Les poêles truqués?
Y aura-t-il, un jour, un scandale des chauffages à bois, comme celui qui a frappé le secteur automobile et ses tests d’émissions truqués? Les tests menés selon les normes en vigueur pour évaluer les performances énergétiques et environnementales des appareils «sont souvent relativement éloignés des conditions réelles de fonctionnement», pointe l’Ineris. Avec deux conséquences: une sous-estimation vertigineuse des émissions et une surestimation conséquente du rendement énergétique. Une prise en compte de l’intégralité de la combustion (allumage à froid et régime de braises compris) conduirait par exemple à une augmentation de 260% à 370% des émissions de CO, de 410% des émissions de composés organiques volatils (COV) et de 300% à 500% des émissions de la fraction solide des particules, par rapport à l’application du protocole normalisé! Quant au rendement énergétique, il est surestimé de 5 à 16 points par rapport à la promesse du fabricant. Il faut dire que le secteur navigue dans un smog réglementaire, puisque qu’«aucune méthode normalisée de mesurage des émissions de particules ne bénéficie d’un consensus au niveau européen», souligne l’Ineris. Et les 4 méthodes utilisées ne mesurent pas toutes la même chose…

Chaudières domestiques plébiscitées
Après cet état des lieux qui fait voler en éclats les performances affichées des appareils de chauffage actuellement sur le marché, l’Ineris s’essaie à la prospective optimiste. Et esquisse quelques pistes. Eviter des allures très réduites. Concevoir des appareils qui, dans la phase de démarrage, permettent une combustion progressive en amenant l’excès d’air juste nécessaire pour assurer l’oxydation complète sans pour autant refroidir les gaz. «La gestion des entrées d’air est donc primordiale afin d’éviter le pic d’émission de polluants lors de l’allumage, les particules totales étant essentiellement émises lors de cette phase», insiste l’Ineris. Limiter au maximum l’intervention humaine, au profit d’une régulation des entrées d’air, par exemple en fonction de l’avancement de la combustion. Et de conseiller plutôt les appareils à combustion catalytique, à combustion avancée, les poêles de masse, les poêles à granulés et les chaudières domestiques (à granulés, à bûches ou à plaquettes). «Une information des utilisateurs et des différents acteurs (la formation des installateurs, l’information des fournisseurs de bois de chauffage), concernant les enjeux d’utilisation aussi bien énergétiques qu’environnementaux de ce mode de chauffage est également nécessaire à la réduction des émissions de la filière», conclut l’Ineris.


La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit une contribution croissante du bois-énergie à la production électrique puisqu’elle doit passer de moins de 300 mégawatts (MW) fin 2014 à plus de 800 MW fin 2023 (c’est-à-dire l’équivalent d’une croissance en équivalent production annuelle de 230 à 620 kilotonnes équivalent pétrole -ktep); et une croissance en proportion plus faible pour la production de chaleur (de 10.600 ktep en 2013 à environ 13.500 ktep en 2023).


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