Chasseur de loup: un emploi d’avenir

Le 21 juillet 2015 par Romain Loury
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Une "brigade loup" fin août
Une "brigade loup" fin août
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Le loup perdra-t-il bientôt son statut d’espèce strictement protégée? A la veille d’une manifestation d’éleveurs en marge du Tour de France, la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a annoncé lundi 20 juillet engager une démarche en ce sens auprès de la Commission européenne et de la Convention de Berne, suscitant la colère des associations.

Une journée de repos pas comme les autres: alors que le Tour de France connaissait une trêve ce mardi 21 juillet à Gap (Hautes-Alpes), «plus de 1.000» éleveurs (selon les organisateurs, environ 700 selon la préfecture) y manifestaient en protestation contre la gestion du dossier loup, menaçant de bloquer le départ des cyclistes mercredi matin.

Présents sur place, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et Jeunes Agriculteurs se sont entretenus avec le préfet, en visioconférence avec la ministre Ségolène Royal. Une télérencontre qui les a en partie contentés: «nous sommes satisfaits des annonces, notamment celle visant à déclasser le loup [de son statut strictement protégé], qui le rendra plus facilement chassable», a déclaré René Laurans, président de la FDSEA Hautes-Alpes, au JDLE.

España por favor!

C’est en fait lundi 20 juillet que la ministre en a fait l’annonce: «une démarche [est entreprise] auprès de la Commission européenne et de la Convention de Berne, pour que les modes de gestion du loup soient adaptés en fonction de l’importance de sa présence sur le terrain, comme en Espagne où deux modes de gestion du loup existent», a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Car c’est là, et depuis plusieurs années, la principale demande des éleveurs, afin de mieux «réguler» l’espèce, voire tout simplement de l’éliminer. Contacté par le JDLE, le vice-président de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM), Pierre Rigaux, estime que Ségolène Royal n’a «aucune chance de réussir, c’est uniquement pour se faire bien voir des éleveurs».

Quant au parallèle avec l’Espagne, le pays accorde certes un statut strictement protégé au loup sur la moitié sud, mais permet sa chasse dans la moitié nord, là où résident l’immense majorité de ses 2.000 individus. Or ce découpage nord/sud a été effectué dès l’adhésion de l’Espagne à la Convention de Berne: la France, si elle devait appliquer le même système, devrait au contraire reculer.

Population isolée mais viable

De plus, les loups du nord de l’Espagne constitue «une population isolée, mais en nombre suffisamment grand pour être viable», juge Pierre Rigaux. A la différence de la France, dont les 300 loups, d’origine italienne, demeurent vulnérables.

Selon l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), Canis lupus, en hausse constante jusqu’en 2014, serait passé de 301 individus cette année-là à 282 en 2015, avec des marges d’incertitude telles qu’il est impossible de conclure quant à son évolution. «Au mieux, nous avons une stagnation, au pire une légère baisse», commente Pierre Rigaux.

Même avec son statut strictement protégé, avec de possibles dérogations lorsque les autres mesures ont échoué, nous sommes face à «un plan de chasse programmé», avec plus de 10% de prélèvements prévus chaque année, juge-t-il. Pour la période de juillet 2015 à juillet 2016,  un arrêté publié fin juin prévoit ainsi un nombre maximum de 36 loups à prélever, tout en élargissant les possibilités d’abattage lors des battues au grand gibier.

Des emplois d’avenir contre le loup

Autre mesure annoncée lundi 20 juillet par la ministre, une «brigade d’appui aux éleveurs contre les attaques de loups», constituée de 10 jeunes chasseurs en emploi d’avenir, intégrés à la délégation interrégionale Alpes-Méditerranée-Corse de l’ONCFS.

Après recrutement et formation, «cette équipe pourrait être déployée sur le terrain à la fin août», prévoit le ministère. Parmi leurs missions, ils «participeront aux opérations de défense des troupeaux, en assurant une présence auprès des éleveurs connaissant une récurrence d’attaques exceptionnelles».

Intervenant en priorité en région Provence Alpes-Côte d'Azur (Paca), la brigade pourra aussi «ponctuellement» agir «dans d'autres départements impactés par la prédation comme le département de la Savoie». «Ségolène Royal n’exclut pas d’étendre ce dispositif à d’autres départements dans le cadre d’une coopération avec les collectivités locales volontaires», conclut le communiqué.

A l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), c’est l’incompréhension. «Embaucher des jeunes comme chasseurs de loups, mettre des moyens dans le tir des prédateurs naturels et non dans la protection du bétail, créer des postes pour anéantir une espèce protégée alors que l’ONCFS, en pleines restrictions budgétaires, n’est plus en capacité d’assurer ses missions de lutte contre le braconnage: Ségolène Royal confirme qu’elle usurpe son poste de ministre de l’Écologie pour mettre en œuvre une politique de destruction de la nature», s’insurge l’association.

La FNSEA veut plus

Bien que satisfaite des annonces de la ministre, la FNSEA maintient la pression. Sa revendication: abattre 20 loups d’ici un mois afin de parvenir au plafond fixé pour la période 2014-2015, explique René Laurans [1]. Sinon, «nous ferons de nouvelles actions moins pacifiques que celle-ci [la manifestation de Gap], par exemple en prélevant les loups nous-mêmes».

Selon le ministère,  «les attaques de loup ont doublé en 5 ans, avec 8.500 brebis victimes pour la période juillet 2014-juillet 2015», et «le budget consacré par l’État pour la protection des troupeaux et l’indemnisation des éleveurs s’est élevé cette année à plus de 15 millions d’euros».

[1] Pour rappel, le plafond 2014-2015 était fixé à 24 individus, un maximum pouvant être révisé dans la limite de 12 loups. «Seuls» 19 ont été abattus, tandis qu’un autre a été braconné, et 5 autres sont morts d’accidents ou de causes naturelles.



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