Chasser la baleine, c’est mauvais pour le climat

Le 02 septembre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Une baleine à bosse peut stocker une centaine de kilos de carbone par an.
Une baleine à bosse peut stocker une centaine de kilos de carbone par an.

On l’avait oublié : les baleines stockent du carbone. Les chasser contribue donc à renforcer l’effet de serre. Explications.

 

A mesure que les négociations entre membres de la Commission baleinière internationale s’éternisent autour de l’avenir de la chasse à la baleine, des scientifiques –volontairement ou non- offrent de nouveaux arguments aux protecteurs des grands cétacés.

 

Il y a quelques jours, deux ONG, se basant sur des analyses réalisées par des biologistes d’Ocean Alliance, demandaient à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’interdire la consommation humaine de viande de baleine, du fait de sa contamination par le mercure.

 

Cette fois, c’est le changement climatique qui est mis au service des géants des mers. Dans un article publié, jeudi 26 août, dans Plos One, plusieurs biologistes marins américains et canadiens rappellent que les mysticètes (baleines à fanons) sont d’excellents réservoirs de carbone et qu’à ce titre ils méritent d’être protégés.

 

Pour appuyer leur démonstration, Andrew Pershing (université du Maine) et son équipe ont commencé par estimer l’empreinte carbone de 8 espèces de rorquals et de baleines. En prenant en compte la taille et la corpulence moyenne des individus, leur régime alimentaire, ils en déduisent la masse de carbone stockée par un individu de chaque espèce. Première conclusion évidente, plus la baleine est imposante, plus elle conserve de carbone. Un rorqual bleu ( Balaenoptera musculus) adulte engloutit 424 kg de carbone en moyenne par an, contre 18 kg pour la baleine de Minke ( Balaenoptera acutorostrata et bonaerensis).

 

En multipliant ces masses spécifiques par le nombre d’individus recensé ou estimé, on obtient le « puits de carbone baleinier ». En comparant les statistiques actuelles des populations à celles de l’ère pré-baleinière, les chercheurs évaluent le stock de carbone « cétacéen » autour de 2 million de tonnes de carbone (soit l’équivalent de 7,34 millions de tonnes de CO2), contre un peu plus de 10 millions de tonnes à l’aube du XXe siècle.

 

Sachant qu’une baleine morte sur deux atteint le fond marin, permettant au milieu de stocker sur une très longue durée le carbone organique sous forme de carbonates, les scientifiques ont également quantifié le carbone « baleinier » restitué à l’atmosphère du fait de la chasse. Pour le XXe siècle, le bilan dépasse les 23 millions de tonnes de carbone, l’équivalent de 84 millions de tonnes de CO2.

 

Les discussions portant sur les techniques de séquestration marine du carbone (par fertilisation, notamment) aidant, les chercheurs ont aussi imaginé quel volume de carbone une population de baleines en expansion ôterait de l’atmosphère. La reconstitution des stocks de baleines, au niveau de ceux observés au début du XXe siècle, permettrait à l’océan de stocker 8,7 millions de tonnes de carbone supplémentaires : autant qu’une forêt de 110.000 hectares (la taille de la Martinique !).

 

Au nom du climat, va-t-on clore définitivement la chasse aux rorquals, mégaptères et autres cachalots ? Rien n’est moins sûr, mais l’argument ne manque pas d’intérêt.



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