Chasse: la gestion adaptative pour quatre espèces

Le 13 février 2020 par Romain Loury
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Le courlis cendré, pari les quatre espèces
Le courlis cendré, pari les quatre espèces

Le gouvernement a mis en consultation le décret fixant la liste des espèces soumises à la gestion adaptative, en l’occurrence quatre espèces d’oiseaux: le courlis cendré, la tourterelle des bois, la barge à queue noire et le grand tétras.

Prévue par la loi portant création de l’Office français de la biodiversité (OFB), publiée fin juillet 2019, la gestion adaptative «consiste à ajuster régulièrement les prélèvements de ces espèces en fonction de l'état de conservation de leur population et de leur habitat, en s'appuyant sur les connaissances scientifiques relatives à ces populations».

Selon un décret soumis à consultation fin décembre 2019, et en cours d’examen par le Conseil d’Etat, chacune des espèces soumises à la gestion adaptative fera l’objet, par voie d’arrêté ministériel, d’un nombre maximal d’individus à prélever, ainsi que d’un nombre maximal autorisé par chasseur (le PMA, pour prélèvement maximal autorisé).

Si ces deux indices feront l’objet d’une consultation du comité d’experts sur la gestion adaptative (Cega, mis en place en mars 2019), le PMA fera par ailleurs l’objet d’une proposition de la Fédération nationale des chasseurs (FNC). Les prélèvements seront recensés via l’application Chass’adapt.

Des espèces en mauvais état de conservation

Mardi 11 février, et ce jusqu’au 3 mars, le ministère de la transition écologique a mis en consultation un second décret, fixant la liste des espèces concernées. Elles sont au nombre de quatre, vulnérables ou quasi-menacées: le courlis cendré, la tourterelle des bois, la barge à queue noire et le grand tétras.

A l’exception de cette dernière, les autres ont fait l’objet d’avis du Cega en mai 2019[i]. Quant au grand tétras, «des modalités de gestion sont d’ores et déjà prises dans les départements pour adapter les prélèvements aux dynamiques de population connues. Le Cega proposera des scénarios de gestion à partir de l’analyse de l’ensemble des travaux scientifiques disponibles», indique le ministère.

Si ce projet de texte a reçu mercredi 5 février l’avis positif du Comité national de la chasse et de la faune sauvage (CNCFS), il ne sera pas soumis au Conseil d’Etat, s’agissant d’un décret simple.

Une «manipulation» selon la LPO

Se disant «a priori favorable à la gestion adaptative si son but est de maintenir les espèces dans un bon état de conservation», la Ligue de protection des oiseaux (LPO) voit derrière ce texte «une manipulation pour continuer de chasser en France des espèces en mauvais état de conservation».

«Le simple principe de précaution devrait suffire à stopper la chasse des espèces inscrites en liste rouge. Qui plus est l’année où la France se vante d’accueillir le Congrès mondial de l’UICN», l’Union internationale pour la conservation de la nature, ajoute-t-elle.



[i] Le Cega avait recommandé un quota zéro pour la tourterelle des bois et le coulis cendré, un quota de 210 individus pour la barge à queue noire. Pour les deux premières espèces, l’Etat était passé outre, fixant les quotas à 6.000 coulis cendrés et 18.000 tourterelles des bois pour la saison de chasse 2019-2020. Saisi par la LPO, le Conseil d’Etat avait suspendu, fin août 2019, l’arrêté sur le coulis cendré. Le recours sur le fond perdure, comme pour l’arrêté tourterelle.