Charbon : les intérêts financiers et climatiques pas toujours incompatibles

Le 02 août 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La centrale Ostro??ka B, grande soeur  d'Centrale Ostro??ka C.
La centrale Ostro??ka B, grande soeur d'Centrale Ostro??ka C.
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Au nom de la défense des intérêts financiers d’une compagnie d’électricité polonaise, les juristes de l’ONG Client Earth s’opposent à la construction d’une centrale au charbon. Ils viennent de remporter la première manche.

La protection des intérêts de l’actionnaire peut aussi profiter au climat. C’est du moins l’argument utilisé avec succès par les avocats de Client Earth pour torpiller un gros projet de centrale au charbon en Pologne.

Depuis 2016, l’électricien polonais Enea projette de construire une centrale au charbon de 1.000 MWe à Rzekun, dans le nord-est de la Pologne. Un investissement dont le montant tourne autour de 6 milliards de zlotys (1,2 milliard d’euros).

marché de capacité

Problème, Enea n’a, pour le moment, sécurisé que la moitié du financement. De plus, l’économie de la future centrale Ostro??ka C tient en partie au fait qu’elle servira de réserve de production, en cas de pic de consommation.

Qu’elle produise ou non, son exploitant sera rémunéré dans le cadre du marché de capacité polonais. Intéressant? Oui, à condition d’être certain de la date de mise en service. Car, une centrale «mobilisable» qui n’injecterait pas le volume d’électricité réclamé par le responsable de l’équilibre du réseau de transport se verrait imposer d’importantes pénalités financières. Or, le projet accuse déjà 8 mois de retard.

De quoi inquiéter les actionnaires d’Enea. Certains d’entre eux ont tenté de faire annuler le projet lors de l’assemblée générale du mois de juin. Sans succès.

quintuplement du prix du carbone

Insécurité du financement, menace sur la rentabilité future sont quelques-uns des arguments exposés par les avocats de Client Earth devant le tribunal de Poznan pour tenter de faire annuler la résolution d’Enea autorisant la construction de la centrale.

Les juristes ont également rappelé que le prix moyen du quota de CO2 européen était passé de 6 €, en 2016 (année de la résolution), à près de 30 € aujourd’hui. Ce qui obère là encore la profitabilité annocée de cet investissement.

La plaidoirie a convaincu les magistrats du tribunal d’instance. La résolution d’Enea a été déclarée, mercredi 31 juillet, illégale: «une bonne nouvelle pour les actionnaires d’Enea et pour le climat», commente Peter Barnett, juriste en charge du dossier chez Client Earth. Reste à savoir si Enea fera appel.



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