Chantiers routiers: un nouvel amiante?

Le 18 décembre 2015 par Romain Loury
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Un bloc d'actinolite
Un bloc d'actinolite
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Utilisés sur les chantiers routiers, les enrobés peuvent contenir des «fragments de clivage» ayant un aspect très proche de l’amiante, et présentant peut-être les mêmes effets sanitaires. Dans un rapport publié jeudi 17 décembre, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) appelle à les prendre en compte dans la réglementation.

S’agit-il d’un nouveau risque sanitaire jusqu’alors sous-estimé chez les professionnels des travaux publics? De nombreuses chaussées contiennent de l’actinolite: si ce minéral naturel ne présente aucun risque lorsqu’il est sous forme de gros cristaux, son broyage, par exemple lors de la fabrication des enrobés ou de la réfection d’une route, peut engendrer des «fragments de clivage», fibres dont la forme et la dimension sont similaires à celle de l’actinolite-amiante.

Or ces fragments de clivage ne sont actuellement pas considérés comme des fibres d’amiante, alors que leurs effets sanitaires pourraient bien être les mêmes. Saisie à ce sujet [1], l’Anses estime qu’«il existe des incertitudes sur la toxicité des fragments de clivage. De plus, les méthodes analytiques actuelles ne permettent pas de distinguer de façon simple les fragments de clivage des fibres d’amiante».

En raison de ces difficultés métrologiques, mais aussi en raison de co-expositions avec de vraies fibres d’amiante présentes dans les roches, il n’est pour l’instant pas «possible d’identifier de données d’exposition spécifiques aux fragments de clivage», constate l’Anses.

Elargir la réglementation amiante

Le risque sanitaire ne pouvant être exclu, l’agence propose «de prendre en compte [dans la réglementation] les effets sanitaires associés aux fragments de clivage d’actinolite, d’anthophyllite, de trémolite, de grunérite et de riébeckite [2], dès lors qu’ils ont les dimensions d’une fibre telles que définies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS)». A savoir une longueur supérieure à 5 micromètres (µm), un diamètre inférieur à 3 µm, et un rapport d’allongement supérieur à 3.

L’agence propose aussi d’inclure dans la réglementation quatre autres espèces existant également sous forme de «particules minérales allongées» (PMA), à savoir la winchite, la richtérite, la fluoro-édénite et l’érionite, ces deux dernières étant classées agents cancérogènes pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ, branche de l’OMS).

Avant tout chantier routier ou activité dans une carrière, l’Anses préconise de mener une cartographie des sites afin d’identifier les PMA, de réaliser des mesures d’exposition dans l’air au cours des travaux, et de poursuivre la surveillance épidémiologique du mésothéliome.

[1] Datée du 28 août 2014, la saisine émane de la direction générale du travail (DGT), de la direction générale de la prévention des risques (DGPR) et de la direction générale de la santé (DGS).

[2] Ces cinq minéraux constituent la classe des amphiboles, dont il existe aussi bien des formes asbestiformes (amiante) que non-asbestiformes.



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