Chantal Jouanno: «Le système économique vit de la maladie»

Le 27 mars 2013 par Marine Jobert
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Chantal Jouanno, sénatrice de Paris et membre de la Commission des affaires sociales.
Chantal Jouanno, sénatrice de Paris et membre de la Commission des affaires sociales.
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Quand elle prend son poste de secrétaire d'Etat chargée de l'écologie en janvier 2009, Chantal Jouanno déclare qu’elle veut se concentrer «sur la biodiversité, la santé environnementale et la consommation durable». Mais le Grenelle I, puis II passent par là, avant que la championne de karaté ne soit nommée ministre des sports. Ensuite, Chantal Jouanno quitte les palais de la République pour celui du Luxembourg (le Sénat) et émigre de l’UMP à l’UDI de Jean-Louis Borloo. Ce matin 27 mars, la sénatrice de Paris partageait un petit-déjeuner (bio) avec des associations écologistes –Agir pour l’environnement, Générations futures, l'Union nationale de l'apiculture française- à l’occasion du lancement du comité des élus pour les alternatives aux pesticides. Elle a répondu aux questions du Journal de l’environnement sur son travail au sein de la Commission des affaires sociales, qu’elle a choisie, pensant «pouvoir y faire bouger les choses», notamment sur le dossier des perturbateurs endocriniens.

JDLE - Le sujet des perturbateurs endocriniens (PE) émerge-t-il un tant soit peu dans la classe politique en général, et à la Commission des affaires sociales du Sénat, en particulier?

 

Pas du tout! C’est un sujet connu de quelques experts, porté par quelques convaincus.

A la Commission des affaires sociales siègent majoritairement des élus issus du corps médical; les autres parlementaires leur ont délégué ces questions, ça ne les intéresse pas. Or ces élus ont tôt fait de classer ceux qui évoquent la question des PE dans le clan des déclinistes, en brandissant des arguments du type «vous voyez bien que la durée de vie augmente»… Il y a une sortie de «barrage pasteurien» dans les esprits, qui structure le discours médical: il faut d’abord un facteur, qui engendre une maladie, qui engendre une réponse. C’est ça, leur schéma mental. Alors la prise conscience que les systèmes sanitaires basés sur l’axiome que «la dose fait l'effet» ne sont plus adaptés aux défis que pose la santé environnementale, n'a pas lieu. Sans oublier la question des effets cocktails. La formation des médecins, puis leur pratique, ne prennent pas en compte ces réalités-là.

 

JDLE – Parlez-vous de santé publique, en Commission des affaires sociales du Sénat?

 

Jamais… on ne parle jamais de santé publique. On parle tarifs opposables, déremboursements de soins... On a parlé une seule fois du bisphénol A… mais la discussion n’a jamais dérivé sur la question essentielle, à savoir l’exposition globale des populations aux PE à travers l’eau, l’air, etc. Pourtant, essayez aujourd’hui de trouver un groupe humain indemne de tout PE: c’est impossible. Il y en a partout! Il n’est jamais question de prévention non plus, comme de la pratique du sport. Mais le trou budgétaire dans les dépenses de soins, ce sont les affections longue durée qui l’engendrent. On verse des pelletées d’argent dans le tonneau des Danaïdes qu’est le système de soins, alors que c’est en amont qu’il faut agir. L’explosion du nombre de cas de diabète de type 1, la multiplication phénoménale des cas d’obésité que les mauvaises habitudes alimentaires ne peuvent seules expliquer, les cancers qui se multiplient chez les enfants… A chaque fois, on voit que les PE sont impliqués. Alors oui, la durée de vie progresse encore. Et vivre longtemps, c’est bien. Mais vivre longtemps en bonne santé, c’est mieux.

 

JDLE – Comment expliquez-vous une telle inertie?

 

On me dit que ça coûte, que c’est trop cher, que c’est la crise… on me dit «on va voir, on va faire une loi de santé publique…». Mais il y a une dimension économique très peu rassurante derrière ces questions: cela n’est pas rassurant, pour un homme politique, de devoir dire qu’il va falloir globalement réduire les expositions aux polluants. Et puis tout le système économique vit de la maladie. On n’a aucun tuyau économique pour vivre de la prévention. Or il faut inverser la logique, comme les médecins chinois qui sont payés quand leurs patients sont en bonne santé. Il faut encourager la pratique du sport et encourager la consommation de produits bio, par exemple. Bien se nourrir, ça ne coûte pas cher; bien au contraire.

 



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