Chantal Jouanno critique la vision technocratique de la PPE

Le 31 août 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour Chantal Jouanno, l'Etat n'a pas investi suffisamment dans le débat public sur la PPE.
Pour Chantal Jouanno, l'Etat n'a pas investi suffisamment dans le débat public sur la PPE.
VLDT

La présidente de la CNDP publie le compte rendu du débat public organisé en début d’année sur le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). L’occasion pour l’ancienne secrétaire d’Etat de fustiger les errements démocratiques de l’administration du ministère de la transition écologique.


N’en déplaisent aux commentateurs, les Français ne sont pas fâchés avec la politique. Du moins quand elle est bien explicitée. En témoigne le récent débat sur la PPE, dont la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), Chantal Jouanno, publie aujourd’hui le compte rendu.
103 jours
L’ancienne secrétaire d’Etat chargée de l’écologie rappelle que durant les 103 jours du débat –«une durée très courte»– 8.000 personnes ont tout de même participé à 86 réunions publiques. 193 cahiers d’acteurs ont été rédigés et 561 avis ont été déposés. Sans oublier la fameuse réunion du G400, dispositif finalement jugé «particulièrement pertinent pour faire émerger des tensions et tendances au sein de la société dans un débat public à échelle nationale».
8.000 personnes
Mais, s’interrogent les Cassandre, 8.000 personnes suffisent-elles à établir une cartographie des enjeux et des débats se déroulant au sein de la société? Oui, répond sans hésiter l’ancienne sénatrice de Paris: «Si la mobilisation fut souvent le fait des acteurs traditionnels qui préemptent depuis des années la concertation sur l’énergie […], la CPDP a su innover pour recueillir la parole du grand public. Et elle y a plutôt réussi, constatant à cette occasion les écarts entre experts et citoyens.»
Différentes d’appréciation
Bien sûr, il aura toujours des différences d’appréciation, des envies distinctes entre les ‘sachants’ et les citoyens: «La PPE est pensée par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) comme un document technique, alors que le grand public appréhende cet outil de programmation comme porteur de valeurs politiques.»
Logement, mobilité, production
Faute de directive claire, les parties prenantes au débat n’avaient pas les mêmes aspirations que l’équipe de Nicolas Hulot: «Le grand public aspirait à débattre d’enjeux sur lesquels l’énergie a un impact considérable (logement, mobilité, système productif, etc.). Or la PPE est pensée distinctement de ces différentes stratégies», détaille Chantal Jouanno.
Efforts locaux
L’Etat porte une lourde responsabilité dans la faible mobilisation des Français (et des médias!), malgré les efforts produits par des collectivités et des associations pour organiser, parfois en catastrophe, des débats locaux. De plus, la qualité des documents fournis comme base de discussion laissait à désirer.
Décision déjà prise?
Maître d’ouvrage, la DGEC avait présenté en début d’année une copie exempte de priorités, sans objectif de bouquet énergétique, qui ne retenait que deux scénarios électriques. Illisible, le dossier du maître d’ouvrage (DMO) n’indiquait pas non plus ses attentes à l’égard du débat public. «Le maître d’ouvrage a manifestement sous-estimé l’engagement requis par cet exercice», résume Chantal Jouanno.

sous-engagements

Un sous-engagement budgétaire, pour commencer. Pour co-définir avec les Français sa stratégie énergétique, l’Etat n’a consenti à débourser que 500.000 euros, une misère au regard du montant de campagnes publicitaires nationales. Sous-engagement humain, aussi. Rares ont été les ateliers auxquels ont assisté les experts du ministère de la transition écologique. «Sur les 90 réunions qui se sont tenues, la DGEC n’était présence que dans 10», nous affirmait, au mois de juin, Jacques Archimbaud, le président de la CPDP. De quoi nourrir l’impression que la parole citoyenne n’est pas écoutée par les concepteurs des politiques publiques.

crédibilité et confiance

Le gouvernement a, en outre, commis l’erreur de ne pas geler les décisions à caractère énergétique durant la tenue du débat. «Il aurait été pourtant opportun (et pas si difficile) de s’abstenir pendant 103 jours d’intervenir sur les questions de méthanisation (mars), de photovoltaïque, de rénovation des logements (avril), ou encore d’hydrogène (juin). Le principe de s’abstenir de toute décision pendant le temps d’écoute du débat public est un principe de crédibilité politique et de confiance. A défaut, nos concitoyens considèrent que la participation est un leurre pour cautionner des décisions déjà prises», souligne la présidente de la CNDP. Ont-ils vraiment tort?

 



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