Changement de règles pour l’agriculture moderne

Le 17 avril 2008 par Agnès Ginestet
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Au moment où les émeutes de la faim se multiplient à travers le monde, un groupe d’experts internationaux publie un rapport appelant à favoriser une agriculture locale et respectueuse de l’environnement. 64 gouvernements ont approuvé les idées mises en avant.

«Le statu quo n’est plus une option. Il faut donc réexaminer le rôle que le savoir agricole peut jouer dans la réalisation des objectifs de développement durable». C’est ce qu’indique le rapport présenté le 15 avril à l’Unesco, qui visait à analyser la façon dont les connaissances agricoles et les sciences et technologies peuvent être utilisées pour réduire la faim et la pauvreté dans le monde tout en améliorant la prise en compte de l’impact sur l’environnement. Cette «Evaluation internationale des sciences et technologies agricoles au service du développement» (IAASTD), parrainée entre autres par l’Unesco, a été lancée par la Banque mondiale et l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2002.

Le processus a impliqué 400 scientifiques, les gouvernements de pays industrialisés et en développement, ainsi que les représentants de la société civile et du secteur privé. Les conclusions ont été approuvées il y a quelques jours par 64 gouvernements lors d’une rencontre à Johannesburg (Afrique du Sud), certains pays (Australie, Canada et Etats-Unis) ayant toutefois émis des réserves exposées dans l’annexe du rapport.

Les auteurs, dont font partie les Français Fabrice Dreyfus (Supagro, Montpellier) et Marianne Lefort (Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement, Paris), soulignent les gains de productivité apportés par les sciences et technologies, mais également les retombées néfastes des points de vue social et environnemental. «Nous sommes tombés d’accord concernant ce qui ne peut plus durer», a ainsi expliqué Fabrice Dreyfus. De son côté, Guilhem Calvo, consultant auprès de l’Unesco, a précisé: «Ce que dit l’IAASTD, c’est qu’il faudra produire plus mais différemment, en conciliant productivité et conservation des ressources naturelles. C’est un changement de paradigme». Le rapport appelle notamment à focaliser la recherche et les programmes d’aide au développement sur une agriculture familiale.

Les auteurs alertent sur les impacts néfastes des agrocarburants de première génération (bioéthanol et biodiesel), car la conversion des cultures en carburant peut faire augmenter la demande en eau et en surfaces agricoles, et le prix des produits alimentaires freinant ainsi la lutte contre la faim dans le monde. Le 14 avril, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, a d’ailleurs rappelé que selon lui, «la production massive de biocarburants est aujourd'hui ‘un crime contre l'humanité’». Avec les agrocarburants de deuxième génération (éthanol cellulosique et transformation de biomasse en liquide), les surfaces nécessaires par unité d’énergie produite peuvent être réduites, mais le rapport précise que les effets environnementaux sont encore incertains.

Marianne Lefort, qui a travaillé sur le chapitre concernant les options d’actions en Amérique du Nord-Europe, indique que les biotechnologies, qui incluent les organismes génétiquement modifiés (OGM), peuvent potentiellement aider à augmenter la production alimentaire. «Mais il nous semble essentiel que l’évaluation des coûts et des bénéfices du déploiement à grande échelle de ces innovations soit faite en tenant compte des dimensions économique, sociale et environnementale», a-t-elle précisé.


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