Changement climatique: ça va chauffer à Paris

Le 26 octobre 2012 par Stéphanie Senet
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Une canicule parisienne passée à la loupe
Une canicule parisienne passée à la loupe

Le mercure va grimper de 2 à 4 degrés dans l’agglomération parisienne d’ici la fin du siècle, selon les prévisions des scientifiques du projet Epicea, présentées le 25 octobre. Avec des hivers plus doux et des étés beaucoup plus chauds.

Le réchauffement climatique ne sera pas invisible aux yeux des Parisiens. Des chercheurs de Météo France et du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) ont étudié à la loupe les variations du thermomètre à la fin du XXIe siècle, selon les zones, les saisons et les heures de la journée. Résultat: une hausse importante de 2 à 4 degrés (par rapport à la moyenne observée durant la période 1971-2006), plus marquée en été qu’en hiver, pendant la journée plutôt que durant la nuit.

L’objectif de cette étude pluridisciplinaire, associant des urbanistes, architectes, climatologues, hydrologues, ingénieurs du bâtiment, économistes et sociologues, financée par la Ville de Paris, était d’étudier la vulnérabilité de l’agglomération face au réchauffement climatique, et de prévoir des réponses au niveau de la municipalité. Financée en partie par la mairie de Paris (35.000€ sur 300.000€), elle entrait dans le cadre du programme de recherche Paris 2030.

Demain (1), la température de l'air francilien sera supérieure de 2 à 4°C selon le scénario retenu (les chercheurs se sont basés sur deux scénarios définis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat).

Dans l’hypothèse la plus vertueuse (scénario A1B), les températures ne s’élèveront que de 2,4 à 2,9° au cœur des villes, de 2,3 à 3,1° en petite couronne et de 2,3 à 3,2° en grande couronne.

Dans le cas d’un scénario plus pessimiste (A2), le mercure s’élèvera d’ici la fin du siècle en moyenne respectivement de 3 à 3,6°; de 3 à 3,8°; et de 3 à 3,9°.

Le froid se fera plus discret. On comptera, dans les zones les plus urbaines, deux fois moins de jours où la température est sous les -5°C, et cinq fois moins dans les régions les plus rurales. Selon les chercheurs, les besoins en chauffage seront réduits de 30% pendant l’hiver.

En revanche, les canicules seront plus nombreuses, et comparables à celle de 2003, ce qui va faire exploser l’achat de systèmes de climatisation et la consommation d'électricité. Les chercheurs tablent sur un nombre d’épisodes vigilance canicule 10 à 25 fois plus élevé par an dans la capitale (au lieu d’un seul aujourd’hui en moyenne et de 5 à 15 dans les zones rurales alentour).

Face aux grandes chaleurs, tous les quartiers ne seront pas logés à la même enseigne. L’îlot de chaleur urbain (ICB), c’est-à-dire la formation d’un microclimat dû aux propriétés physiques spécifiques des surfaces artificielles, montrera une hausse de l’ordre de 4 à 7°C en fin de nuit dans le centre de Paris (les IIe, IIIe, VIIIe, IXe, Xe, et XIe arrondissements) si on le compare aux zones les moins urbanisées. Sur l’ensemble de Paris intra-muros, la hausse sera tout de même de 2 à 4°C. Il faudra y ajouter un effet de «panache urbain», qui réchauffera de son manteau les arrondissements limitrophes et les communes alentour d’environ 2°C.

Le projet Epicea a évalué l’efficacité de trois stratégies anti-canicule. Tout d’abord, un scénario réfléchissant, qui développe les propriétés radiatives des matériaux des bâtiments (ce qui exige de gigantesques investissements sur les toits et les murs). L’impact s’avère relativement important: 1 degré de moins en moyenne sur toute la période (2), avec même des baisses ponctuelles de 3 degrés dans le centre densément construit.

Deuxième réponse: le verdissement de la ville, qui présente d’autres inconvénients. Il oblige les services techniques à maintenir la végétation dans un état d’évapotranspiration. En clair, il faudra arroser suffisamment et plus souvent en raison des sécheresses croissantes. Résultat: le thermomètre pourrait baisser de 1 à 3°C en moyenne et de 3 à 5°C par moments, là où le taux de végétation est élevé. Et la consommation d’eau battra des records. Pas simple en période de sécheresse.

L’humidification de la ville, troisième solution, est paradoxalement peu efficace sur la chaleur. En aspergeant les rues d’eau pendant la journée, on diminue de moins d’un demi-degré l’intensité de l’îlot de chaleur urbain, avec des pointes de 1 à 2°C en moins.

Seule la combinaison de ces trois types d’action peut permettre d’atteindre des baisses de la colonne de mercure de 1 à 2°C en moyenne sur la période et même de 6 degrés par intermittence. Maigre consolation.

(1)La période de référence est 2072-2098, comparée à la période 1971-2006

http://www.cnrm-game-meteo.fr/spip.php?article271



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