Champlan n’est pas la commune la plus polluée d’Ile-de-France

Le 14 novembre 2008 par Sabine Casalonga
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Les niveaux de pollution de Champlan seraient similaires à ceux d’autres communes de la région, d’après les conclusions du programme d’évaluation rendues publiques le 13 novembre. Ce dernier n’a toutefois pas répondu à la question de l’impact sur la santé du «cocktail» de nuisances.

Champlan, un village de 2.500 habitants situé à moins de 20 kilomètres de Paris dans l’Essonne, avait été qualifié de «commune la plus polluée d’Ile-de-France». Situé à proximité de l’aéroport d’Orly mais aussi de plusieurs axes routiers (A10, A6, RN20), d’une usine d’incinération et traversé par des lignes à haute tension, Champlan se distingue de fait par une concentration de nuisances sur un territoire très restreint. En 2004, alors qu’un nouveau projet de station d’épuration est envisagé, un mouvement citoyen s’organise, relayé par les médias. Nathalie Kosciusko-Morizet, alors députée de l’Essonne, charge l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) de coordonner un programme innovant visant à caractériser cette situation de multi-expositions et son impact sur la santé. «Aucune étude scientifique n’avait évalué l’effet cumulatif de multiples nuisances», a rappelé la secrétaire d’Etat chargée de l’écologie. Réalisées entre 2005 à 2007 en partenariat avec l’Institut de veille sanitaire (InVS), Airparif et l’Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) et en étroite concertation avec les habitants, ces études ont permis d’identifier les sources principales, de mesurer, modéliser et cartographier la pollution de l’air, le bruit, les ondes électromagnétiques, mais aussi la perception des nuisances par la population.

L’étude d’AirParif a ainsi montré que la densité de pollution atmosphérique (1) sur la commune de Champlan, bien qu’inférieure à celle de Paris, était supérieure à la moyenne de l’agglomération parisienne et à celle de la ville de Montgeron, située à la même distance de la capitale. Le trafic routier est la principale source de pollution de l’air, avant le transport aérien et les secteurs industriels et tertiaires. Cependant, «seuls 5% des habitants vivant à proximité de la RN20 sont exposés à des taux supérieurs à l’objectif de qualité de l’air pour le dioxyde d’azote (NO2), soit 40µg/m3», indique Philippe Lameloise, directeur d’Airparif. Hormis le long des grands axes routiers, les taux moyens de benzène et de particules fines se sont révélés inférieurs aux critères réglementaires. L’étude sur un secteur élargi révèle que la commune de Chilly-Mazarin subit davantage la pollution du trafic routier que celle de Champlan.

Par ailleurs l’exposition des Champlanais aux polluants de l’air (benzène, NO2 et formaldéhyde) ne se distinguerait pas de celle des autres Franciliens, d’après l’étude conduite auprès de 28 habitants volontaires. Si l’exposition aux champs électromagnétiques des personnes vivant sous des lignes à très haute tension est en moyenne plus élevée que celle des autres habitants, aucune des mesures n’a dépassé les valeurs limites préconisées par la recommandation européenne de 1999 (100 microTesla), selon l’étude de l’Afsset conduite auprès de 17 habitants, dont 6 vivant à moins de 100 mètres des sources.

Dans le champ des nuisances sonores, Champlan conserve en revanche sa place sur le haut du podium. «100% des habitants sont soumis au bruit des avions au-delà de la valeur réglementaire des 55 décibels (dB) et 12% à un niveau sonore supérieur à 68 dB à cause du trafic routier», indique Emmanuel Thibier, chargé de mission Bruit à l’Ademe. Et pourtant, l’étude sociologique révèle que les nuisances de l’aéroport sont paradoxalement bien tolérées par les habitants qui bénéficient en contrepartie d’un cadre de vie champêtre grâce aux interdictions de construction autour d’Orly. Quant à l’impact des autres pollutions, il dépendrait de la capacité individuelle des habitants à y faire face. La concertation et la transparence, intégrées dans le programme d’études, a très probablement joué un rôle positif à cet égard et dans les relations des organismes de recherche avec le public.

Cette première série d’études a permis de relativiser certaines perceptions sur la pollution de l’air ou l’exposition aux champs magnétiques, mais elle n’a pas répondu à la problématique de l’impact sur la santé du cumul des nuisances. Une étude épidémiologique sur les impacts sanitaires et environnementaux autour des aéroports parisiens (2) prévue pour 2009 devrait apporter de nouveaux éléments. «De nombreux travaux sont encore nécessaires pour comprendre tous les éventuels impacts sanitaires notamment liés aux champs magnétiques», souligne François Moisan, directeur scientifique de l’Ademe. L’impact des pesticides agricoles mériterait également d’être évalué, fait remarquer un Champlanais.

La secrétaire d’Etat à l’écologie, à l’origine de ce projet ambitieux et inédit, souhaite qu’il porte ses fruits. Dans un entretien publié le 13 novembre par Le Parisien, elle a ainsi annoncé la création en 2009 d'une carte des points noirs environnementaux prenant en compte le cumul des nuisances sonores (train, routes, avions) ressenties par les citadins. «Champlan pourrait être le premier bénéficiaire de ces nouvelles mesures», a déclaré Nathalie Kosciusko-Morizet.

(1) Densité d’émission (en tonnes/km2) de 5 polluants atmosphériques (monoxyde et dioxyde d’azote, monoxyde de carbone, benzène et dioxyde de souffre)

(2) Survol: Surveillance sanitaire et environnementale des plates-formes aéroportuaires de Roissy, Orly, Le Bourget



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