Champagne: 1er bilan sur les effluents viticoles

Le 20 septembre 2005 par Christine Sévillano
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vendanges champ
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Suite à une importante pollution, les professionnels du champagne ont signé voici plus de 4 ans un accord avec l'administration pour traiter leurs effluents viticoles. A quelques mois de l'échéance, l'objectif est quasiment atteint.

Les vendanges battent son plein depuis quelques jours en Champagne, promettant une très bonne année pour la qualité du vin de champagne, mais aussi des cours d'eau. L'heure est en effet au premier bilan de l'accord-cadre signé le 1er avril 2001 entre les autorités et le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) sur les équipements de traitements des effluents viticoles, dont 40% sont issus du lavage des machines et installations lors des vendanges soit près de 3 semaines dans l'année. Le reste est issu des procédés de vinification dont les étapes s'échelonnent sur l'année. La profession s'était alors engagée à atteindre 80% de traitement du total des effluents champenois sur 5 ans et, à un peu plus de 7 mois de l'échéance, le pari paraît gagné: «Nous avons déjà presque atteint les 80%, nous les aurons même dépassés à l'ouverture de la nouvelle station d'épuration d'Epernay (Marne) à la mi-octobre», se félicite François Badie, chef du service industriel Est de l'Agence de l'eau Seine-Normandie.

L'arrêté du 15 mars 1999 oblige les installations viticoles à s'équiper d'unités de traitement des effluents, mais la réglementation n'est pas rétroactive et seuls les exploitants qui ouvrent une nouvelle unité ou font des modifications, comme l'ajout d'une cuve ou un agrandissement des locaux, doivent s'équiper d'un système de traitement. «Paradoxalement le Code de l'environnement précise bien qu'ils n'ont pas le droit de polluer», poursuit François Badie. Et c'est bien une pollution qui a accéléré le phénomène de mise aux normes en Champagne: en 1999, une pollution de la Marne, lors des vendanges, a entraîné une mortalité piscicole et de fortes pressions administratives pour une action sur les effluents, alors que la faute n'a pu être imputée aux viticulteurs. Ces effluents sont constitués de matières organiques biodégradables et non toxiques issues des raisins comme le sucre ou les polyphénols. Mais quand elles sont concentrées, ces substances peuvent absorber l'oxygène d'un cours d'eau privant la faune de cette ressource. Au total, les volumes d'effluents représentent chaque année 500.000 DCO (1) par mètre cube de produits et de sous-produits comme les lies et les bourbes.

A l'Agence de l'eau, qui est intervenue à hauteur de 40% dans le financement des projets, on distingue 2 types d'interlocuteurs. Les 2.000 petits exploitants et centres de pressurage, qui produisent moins de 1.800 hectolitres et ne paient pas la redevance pollution. Le CIVC s'occupe alors de leur apporter un soutien technique, l'Agence de l'eau n'ayant plus qu'à valider les choix de l'organisme professionnel. Pour les plus importants, soit 500 centres de pressurage produisant plus de 1.800 hectolitres, l'Agence a traité directement avec eux. Ce sont pour la plupart des grandes maisons de champagne, des coopératives ou des particuliers importants. Pour ces unités, toutes relevant de la réglementation des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) (2), seules 90% sont désormais équipées d'un système de traitement ou raccordées à un réseau gérant ce type d'effluents. Sur les 50 restantes, 30 ont un projet en cours, mais les 20 dernières n'ont attesté ni manifesté aucun dessein. Quant aux centres de pressurage plus modestes, près de 70% sont désormais équipés.

«Il faut dire que certaines solutions de traitement n'étaient pas envisageables en raison de la place nécessaire à un stockage important. On pense désormais orienter les exploitants vers le stockage aéré séquentiel, mais cela n'est viable que lorsqu'ils ont des volumes importants tout au long de l'année», assure François Badie. Le stockage aéré est l'une des techniques de traitement: les matières organiques vinicoles exposées à l'oxygène se dégradent plus vite par le biais de micro-organismes présents dans les effluents. Puis ils sont rejetés progressivement dans le milieu naturel, au bout de quelques mois quand il s'agit des grands volumes issus des vendanges. La méthode séquentielle permet de recevoir des quantités plus modestes qui se détériorent en une nuit et sont donc libérées au matin. Ce type de traitement a représenté 9% en 2005, selon les chiffres de l'Agence de l'eau (3). La plus grande part des flux polluants a été traitée par épandage agricole à hauteur de 34%. «C'est peu coûteux, simple et élégant puisque cela apporte des éléments fertilisants pour l'agriculture, sans présence de nitrates», explique Arnaud Descotes, responsable de la mission environnement du CIVC. 28% des installations sont raccordées à une station d'épuration équipée pour traiter ce type d'effluents et 7% présentent des solutions diverses comme la méthanisation ou un système de traitement conventionnel biologique. 22% n'ont donc aucune solution, «ils rejettent alors souvent dans le réseau, mais celui-ci n'est pas forcément dimensionné pour recevoir les pics d'activité», poursuit Arnaud Descotes.

380 dossiers ont été montés depuis le début représentant 20 millions d'euros de travaux, ayant reçu une aide de l'Agence, qui relance actuellement les derniers récalcitrants avant l'échéance. «On peut s'attendre à recevoir dans les semaines à venir 50 à 100 dossiers pour un montant de 3 à 5 millions d'euros», affirme François Badie. Mais selon le CIVC, depuis 10 ans, ce sont près de 40 millions d'euros qui ont été investis, puisque des travaux avaient commencé avant même l'accord-cadre. Au terme du programme, l'Agence de l'eau concentrera ses efforts sur des zones sensibles, notamment autour de petits cours d'eau où se situent des communes viticoles et pour lesquels une pollution peut entraîner une forte dégradation. «Nous voulons atteindre 100% en pourcentage d'équipements d'ici 2015 dans le cadre du bon état écologique des eaux, mais nous agirons sur les autres activités de la région», conclut François Badie.



(1) Demande chimique en oxygène.

(2) Les unités entrant dans le champ des ICPE sont celles qui produisent 500 hectolitres (hl), mais l'Agence de l'eau préfère considérer un seuil de 1.800 à 2.000hl, sinon elle incluait des installations trop restreintes. Pour les centres en dessous de 500 hl, c'est la loi sur l'eau qui s'applique.

(3) Pressurage et vinification.




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