Chalutier russe arraisonné au Sénégal: la lutte contre la pêche illégale est-elle engagée?

Le 08 janvier 2014 par Marine Jobert
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L’Oleg Naydenov arraisonné dans les eaux sénégalaises.
L’Oleg Naydenov arraisonné dans les eaux sénégalaises.
DR

C’est un multi-récidiviste de la pêche illégale qui mouille depuis plus de deux semaines dans un port sénégalais, arraisonné le 23 décembre dernier au large des côtes du pays par la marine nationale. L’Oleg Naydenov, un chalutier de 120 mètres battant pavillon russe, avait déjà été arraisonné en 2011 et en 2012 par les autorités sénégalaises. Une amende lui avait alors été infligée, mais le navire avait pu reprendre sa course sans être davantage inquiété.

 

Assiste-t-on aujourd’hui à un changement de ton ou sont-ce des rodomontades qui resteront une nouvelle fois sans effet? Haïdar El Ali, le récent ministre de la pêche et des affaires maritimes sénégalais, entend voir appliquer l’arsenal répressif national dans son intégralité: «Ce sont des bandits et nous allons lutter contre ces bandits», a-t-il déclaré devant des journalistes. Il a annoncé qu’outre le doublement de l’amende (à hauteur de 400 millions de francs CFA), des poursuites pénales allaient être engagées pour refus d’obtempérer aux injonctions de la marine sénégalaise et que le navire et la cargaison allaient être saisis. Il a plaidé également pour l’édiction d’une nouvelle loi «pour dire que, lorsqu’un navire pêche illégalement dans nos eaux, il devient la propriété de l’Etat sénégalais quand on l’arraisonne».

 

Cette affaire s’inscrit dans le contexte controversé des autorisations de pêche allouées à des navires étrangers en 2010. En tout, ce sont 44 chalutiers pélagiques géants, dotés de capacités de capture pouvant aller jusqu'à 250 tonnes par jour, qui seraient ainsi autorisés à pêcher dans les eaux territoriales sénégalaise. Selon Greenpeace, la plupart de ces chalutiers seraient coupables, en récidive, de délits qualifiés de «très graves», comme la pêche en zone interdite (parce que proche de la côte et des sites de reproduction). En mars 2012, l’association écologiste et le Syndicat des agents du ministère de l'économie maritime (Synap) dénonçaient la clémence de Khoureïchi Thiam, le prédécesseur d’Haïdar El Ali, qui avait décidé d'annuler les amendes infligées à 4 bateaux (plus de 120 millions de francs CFA). «Comment se fait-il que ces chalutiers-pirates multirécidivistes aient pu repartir, en toute impunité, et soient autorisés à poursuivre le pillage des stocks de Yaboye (sardinelles), au détriment des pêcheurs sénégalais et du panier de la ménagère?», s'interrogeait alors Greenpeace Afrique. C’est dans ce contexte que l’Oleg Naydenov avait déjà, en 2012, été épinglé par la commission des infractions du ministère de l'économie maritime sénégalais.

 

En 2014, Greenpeace tente une approche optimiste dans ce dossier truffé de revirements et de déceptions. «Nous encourageons le Sénégal à poursuivre ses efforts pour mettre fin au pillage des ressources halieutiques en déclin. La coopération et la détermination sont les seuls moyens par lesquels l'Afrique de l'Ouest pourra éradiquer la pêche INN [pêche illicite, non déclarée et non réglementée, définie par un règlement communautaire, entré en vigueur en 2010] pour le bien-être des communautés et la santé des océans», déclare Ahmed Diamé, chargé de campagne Océans de Greenpeace Afrique dans un communiqué.

 

Les autorités russes, par presse interposée, continuent le bras de fer engagé avec l’organisation écologiste dont elles ont récemment libéré les 30 activistes arrêtés en Arctique. « Selon nos données, les militants de la célèbre organisation Greenpeace auraient provoqué les militaires sénégalais pour qu'ils arrêtent ce navire», a ainsi déclaré Andreï Kraïniy, le chef du département de l’agence fédérale russe pour la pêche. «Greenpeace est une organisation indépendante des Etats et de tout autre institution, a répliqué l’ONG. Nous sommes en faveur de toute initiative qui renforce la lutte contre la pêche INN par quelque gouvernement que ce soit et nous dénonçons toutes les sociétés de pêche impliquées dans ces pratiques, quel que soit leur pays d'origine.»

 

Selon une étude de l'US-AID, l'agence de coopération américaine, citée par la BBC, le Sénégal perdrait tous les ans 150 milliards de FCFA (près de 228,7 millions d'euros) du fait de la pêche illicite.

 

 



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