Chalara fraxinea, l’ennemie des frênes

Le 29 mars 2013 par Marine Jobert
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Des pousses de frêne exemptes de chalarose.
Des pousses de frêne exemptes de chalarose.
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Les frênes ne disparaîtront pas des forêts françaises, mais leur nombre va considérablement décroître dans les prochaines décennies. La faute à un champignon, Chalara fraxinea, que les scientifiques chargés de surveiller la santé des arbres ont mis du temps à repérer (en 2006), puis à identifier (2008). Il faut dire que ce champignon, qui entre par les feuilles, les flétrit, puis nécrose les rameaux de l’année avant de faire dépérir le houppier, ressemble diablement à la forme sexuée d’un autre champignon, peu pathogène. «Du coup, on n’était pas sûr d’être face à une maladie invasive nouvelle. On ne l’a pas identifié tout de suite comme une maladie grave», explique Benoît Marçais, au Journal de l’environnement.

Directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) à Nancy (Lorraine), cet épidémiologiste des maladies des arbres date les débuts de la chalarose[1] –le nom de cette maladie- aux années 1990. «Dans les anciens pays de l’Est, les scientifiques ont d’abord cru que le dépérissement des feuilles était dû à la sécheresse de 2003», se souvient Benoît Marçais. En Pologne, grande exportatrice de jeunes pousses de frênes, le champignon fait alors des ravages, avant de toucher le Danemark et la Grande-Bretagne à grande échelle. «Ils ont été très négligents et ont eu une réaction tardive et inutile.» Londres a interdit récemment toute importation de plants venus d’Europe continentale et fait abattre et brûler près de 100.000 frênes situés à proximité d’arbres atteints. En tout, une vingtaine de pays européens ont vu leurs populations de frênes décliner très rapidement. Il faut dire que la maladie progresse en moyenne de 150 kilomètres par an.

En France, la chalarose s’est officiellement manifestée pour la première fois en 2008 en Saône-et-Loire. L’Office national de forêts a pris des mesures rapidement, interdisant la plantation de frênes dans les forêts publiques. Les forêts privées ont plus ou moins suivi le mouvement. L’exportation des grumes issues de forêts touchées a également été interdite, «alors même qu’il n’y avait pas encore de consensus sur le fait que la maladie était grave», salue Benoît Marçais. Depuis, la chalarose a été repérée sur une ligne en forme d’arc partant de la Drôme jusqu’à la Normandie, et longeant les frontières allemandes et belges. Les arbres parisiens sont également touchés.

Le frêne va-t-il disparaître de nos forêts, dont il constitue la 5e essence en nombre, après le chêne, le hêtre, le charme et le châtaignier? «En Lituanie, où on dispose de 15 années de recul, on constate qu’un tiers des frênes ont disparu», explique Benoît Marçais. «Et puis on sait désormais qu’un pourcentage d’arbres ont une résistance génétique à Chalara fraxinea, qui leur permettra de surmonter la maladie d’ici une centaine d’années.» En clair, certains frênes ne sont pas «naïfs», c’est-à-dire qu’ils ont été exposés auparavant à une forme voisine et atténuée de la maladie, ce qui les rend aptes à résister au champignon aujourd’hui virulent. «L’orme n’avait, lui, aucun niveau de résistance à la graphiose, qui l’a emporté.»

Outre l’impact paysager que la chalarose va nécessairement avoir sur les forêts, c’est la foresterie qui accuse le plus le coup. «Planter du frêne aujourd’hui, c’est jeter de l’argent par les fenêtres», estime le directeur de recherche de l’Inra, qui relaie le désarroi des propriétaires de terrains situés en milieux alluviaux, très exposés aux agents pathogènes. Les ormes ont été décimés, les aulnes glutineux sont attaqués par le phytophthora alni et les frênes dépérissent en masse. «Ils ne savent plus trop quoi planter…»



[1] Prononcez «kalarose».

 



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