Cet océan qui monte irrépressiblement

Le 25 septembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Un risque pour les Etats îliens et les zones côtières.
Un risque pour les Etats îliens et les zones côtières.
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Sous l’effet du réchauffement, le rythme de montée du niveau de la mer pourrait quadrupler d’ici la fin du siècle, indiquent les auteurs de la synthèse du rapport du Giec sur les océans et la cryosphère, publiée ce mercredi 25 septembre. Les mers et les océans pourraient ainsi s’élever de plus de 80 cm, en moyenne.

 

Jusqu’où ne montera-t-il pas ? La devise du ministre Fouquet est devenue l’interrogation majeure des océanographes, mais aussi de toute la communauté internationale qui pense au devenir des espaces côtiers. Bandes littorales, zones de delta, îles de basses altitudes, ces régions vulnérables à la montée du niveau des mers abritent 680 millions d’habitants (10% de la population mondiale). Chiffre qui pourrait progresser de près de 50% d’ici 2050, indique la synthèse pour les décideurs du rapport que le GIEC vient de consacrer aux océans et à la cryosphère (SROCC).

En deux chiffres. L’océan couvre 71% de la surface de la terre et contient 97% de l’eau de la planète.

L’une des questions posées aux 104 auteurs et éditeurs de ce nouveau rapport spécial est bien de savoir si l’élévation du niveau des eaux marines, observée depuis un siècle menace les activités humaines et les écosystèmes côtiers.

Phénomène planétaire

Mesurée par un réseau mondial de marégraphes, des colonies de bouées instrumentées et par des satellites, la montée du niveau des mers est un phénomène planétaire, mais pas uniforme. Deux phénomènes en sont la cause : l’expansion thermique (fruit du réchauffement de la partie superficielle) et l’apport d’eau douce tellurique, issue de la fonte des glaces terrestres.

Ce sont les vents et les courants qui distribuent la chaleur dans l’eau. Or, ceux-ci ne soufflent ni ne transportent les calories partout de la même façon. Ils peuvent, en outre, être perturbés par des phénomènes extérieurs. Axel Timmermann (université d’Hawaï) et Detlef Stammer (université de Hambourg) ont ainsi montré que l’intensification des alizés, observée depuis deux décennies, provoque l’approfondissement de la thermocline dans la partie occidentale du Pacifique tropical, induisant une couche d’eau chaude plus épaisse en surface et donc une hausse du niveau de l’océan plus marquée.

Un rythme qui s’accélère

En moyenne globale, le niveau de la mer monte de 1,4 mm par an (mm/an) depuis le début du XXe siècle. La vitesse est trois fois plus rapide dans certaines régions du Pacifique. En revanche, les mesures altimétriques des satellites Topex/Poseidon, Jason et Envisat montrent que le niveau de ce même Pacifique baisse le long de la côte ouest des Amérique.

Avec l’accroissement du réchauffement, le rythme moyen global de la montée des eaux s’est considérablement accéléré. Depuis 2006, souligne la synthèse du rapport SROCC, la mer monte, en moyenne, de 3,6 mm/an. «Ce qui est sans précédent au siècle dernier.» A elle seule, la fusion des glaciers et des calottes polaires fait grimper de 1,8 mm le niveau des eaux marines.

Incertitudes sur la glace

Cela ne fera que s’amplifier. Mais le rythme de la montée dépendra grandement de notre capacité à maîtriser ou non nos émissions de GES. Dans le scénario RCP 2,6[1], mers et océans grimperont, en moyenne de 4 mm/an, contre 15 mm/an dans le scénario RCP 8,5.

Traduction sur le terrain. Selon que l’on maîtrisera nos émissions de GES ou que l’on en rejettera comme si de rien en était (ce que nous faisons pour le moment), les mers s’élèveront de 40 ou de 80 cm vers 2100. Ces résultats diffèrent des modélisations publiées, en 2013, dans le 5e rapport d’évaluation du Giec : 44 cm pour le scénario RCP 2,8 et 74 cm pour le scénario le plus émetteur (RCP 8,5). Les climatologues estiment désormais qu’un fort réchauffement fera fondre plus de glaciers que prévu, notamment en Antarctique.

Des millimètres vitaux

Quelques millimètres par an peuvent sembler insignifiants. Il n’en est rien. «Cela aura des impacts importants dans les régions cycloniques», souligne la climatologue Hélène Jacot des Combes (université du Pacifique Sud). Plus le niveau de la mer est élevé plus elle ira loin dans les terres sous la poussée de vents violents ou de forte houle (onde de tempête). Or, le nombre et la puissance des événements climatiques extrêmes sont appelés à se multiplier.

Des inondations de zones côtières, que l’on observait qu’une fois par siècle, pourraient se produire chaque année, vers la fin du siècle, et ce dans tous les scénarios climatiques. «A partir de 2050, beaucoup de mégapoles côtières et à basse altitude et de petites îles connaîtront, chaque année, des événements d’occurrence centenaire», confirment les auteurs de la synthèse du rapport.

 



[1] Conçus pour le 5e rapport d’évaluation du Giec, les scénarios RCP illustre des trajectoires de forçage radiatif. Le RCP 2,6 estime qu’en 2100, la concentration de GES atteindra 440 ppm, pour un réchauffement de 2°C. Autre extrême : le scénario RCP 8,5 annonce, pour la fin du siècle, un réchauffement de 5,7°C, avec une concentration de 1250 ppm de GES.

 



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