Ces villes en transition agricole et alimentaire

Le 28 février 2020 par Stéphanie Senet
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Le village d'Ungersheim dispose de sa propre exploitation pour l'approvisionnement des cantines en bio
Le village d'Ungersheim dispose de sa propre exploitation pour l'approvisionnement des cantines en bio

Avec l’approvisionnement des cantines et la préservation des terres agricoles, les conseils municipaux disposent d’atouts majeurs pour favoriser une alimentation plus saine et moins émettrice de gaz à effet de serre.

L’autonomie alimentaire en 2023, c’est le projet qu’a déjà mis en place le maire d’Ungersheim (Haut-Rhin), un bourg de 2.400 habitants installé au pied des Vosges, dans la grande banlieue de Mulhouse. Inspiré du mouvement des villes et villages en transition lancé en 2006 par le Britannique Rob Hopkins, ce programme s’appuie sur l’installation d’une exploitation maraîchère de 8 hectares sur une parcelle communale, employant une trentaine de personnes (en régie), qui produit 300 paniers par semaine et 500 repas bio par jour pour les cantines scolaires, depuis 2009. Les pesticides et les engrais chimiques ont aussi été supprimés des espaces publics. «On ne peut plus ne rien faire. On est déjà dans l’effondrement, on peut juste trouver des solutions pour s’adapter», affirme son maire Jean-Claude Mensch[1], qui brigue un sixième mandat. En avance sur la transition écologique, le village n’en est pas moins divisé. L’élu reconnaît que son projet ne rencontre ni une adhésion massive ni une participation assidue des habitants. «Quelques centaines de personnes seulement sont réellement engagées», estime-t-il.

Les obligations de la prochaine mandature / la loi sur l’alimentation oblige les cantines publiques à servir, à partir de 2022, 50% de produits de qualité et durables dont 20% de bio.

Transition avisée

Pour les maires et les futurs maires voulant suivre cette voie, le formidable outil «Parcel» a été développé par l’association Terre de liens, avec la fédération nationale d’agriculture bio (Fnab). Mis en ligne en octobre 2019, il permet de calculer les surfaces agricoles nécessaires pour se nourrir au niveau local, ainsi que les emplois et les impacts écologiques associés aux différents modes de production agricole. Objectif: «reterritorialiser» les filières alimentaires avec des pratiques et des productions bénéfiques à la santé, au climat et à l’environnement.

Lyon, par exemple, pourrait relocaliser 50% de sa production agricole, avec 57% de bio et un quart de produits animaux en moins, en s’appuyant sur 96.000 ha de terres et 7.800 emplois agricoles. En bonus: une réduction de 31% d’émissions de CO2/ha et une baisse des pollutions diffuses de l’eau de 37% par ha. Par ailleurs, une série de bonnes pratiques déjà mises en œuvre sont présentées sur le site Territoires Bio, lancé le 25 février par la Fnab à l’occasion du salon de l’agriculture. Ainsi la communauté d’agglomération du Choletais (Vendée) a développé des exploitations en bio sur deux zones de captages s’étendant sur 14.700 ha. 20% de la SAU est désormais cultivée en bio contre 7,5% en moyenne en France fin 2018 selon l’Agence Bio.

Maires anti-pesticides

Autres mouvements saillants: les maires anti-pesticides se sont réunis au sein d’un collectif conduit par le maire de Langouët Daniel Cueff (qui ne brigue pas de nouveau mandat). Pour protéger la santé des riverains, l’édile a été le premier à interdire tout épandage à moins de 150 mètres des habitations. Si son arrêté a été annulé en justice, de nombreux maires ont suivi son exemple partout en France.

Des champs en ville

L’agriculture urbaine connaît aussi un essor avec de nombreux projets sur le territoire et de nombreuses citations dans les programmes des candidats. Des maraîchers, brasseurs et apiculteurs se sont installés dans les villes et même des agglomérations très denses. En témoigne le département de la Seine-Saint-Denis, qui a ouvert son premier stand cette année au salon de l’agriculture et qui rassemble 300 lieux agricoles dont 122 en maraîchage. Parmi eux une friche industrielle de 3,6 hectares, à L’Île-Saint-Denis, que l’association Halage transforme actuellement pour la rendre cultivable.

Moins visible mais plus essentiel, les maires disposent d’un formidable levier –le plan local d’urbanisme- pour préserver les terres agricoles du territoire d’une artificialisation galopante. Ils sont toutefois démunis face aux grands projets d’aménagement autorisés par l’Etat.


 

io.



[1] Ancien membre d’EELV, il est aujourd’hui sans étiquette