Centrale du Bugey: Genève porte plainte contre X

Le 07 mars 2016 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La centrale du Bugey, 3 réacteurs en fonction.
La centrale du Bugey, 3 réacteurs en fonction.

La ville et le canton de Genève dégainent l’arme juridique contre la centrale du Bugey, distante de 80 kilomètres. Objectif: obtenir la fermeture de la deuxième plus vieille centrale française.

Genève, ses 250 organisations non gouvernementales, ses prestigieuses institutions internationales, ses 1.242.601 habitants et, à 80 km de là, sa centrale nucléaire trentenaire. Le canton et la ville helvétiques, ainsi que 4 personnes physiques résidant à proximité de la centrale du Bugey (Ain), ont déposé plainte contre X auprès du pôle Santé du tribunal de grande instance de Paris pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui et pollution des eaux. Lors d’une conférence, ce lundi 7 mars, Esther Alder, maire de la commune de Genève, a réclamé la «fermeture» de la deuxième centrale la plus vieille de France. C’est Corinne Lepage, avocate, eurodéputée et ancienne ministre de l’environnement, qui les représente.

Trois vices mortels

Que reprochent les plaignants à cette centrale quadriréacteur? La plainte liste trois vices mortels –au sens propre comme figuré- pour les 1.200.000 personnes résidant dans la zone des 30 km et les 4,4 millions dans la zone des 80 km.

Sismicité

D’abord, les plaignants estiment que le risque sismique ayant été sous-évalué, l’installation aurait été sous-dimensionnée au regard de la situation sismique réelle. Ils en veulent pour preuve le risque sismique retenu pour le projet d’installation de conditionnement et d’entreposage de déchets activés –sur le même site que la centrale- qui est bien plus exigeant que celui retenu pour la centrale.

Inondations

Même impéritie concernant le risque d’inondation, «en raison de la possible conjonction des zones d’une crue centennale de l’Ain cumulée à une crue historique du Rhône et à l’effacement de l’ouvrage de retenue le plus contraignant». Sans compter les risques inhérents aux nombreux barrages en amont (8 barrages sur le Rhône, 5 sur le Fier, 5 sur l’Ain, dont l’un –d’une capacité de 605 millions de mètres cubes- a plus de 50 ans) et d’incohérences dans les méthodes de calcul.

Ces deux éléments conjugués, à l’œuvre lors de la catastrophe de Fukushima, imposeraient des études sur les conséquences d’un cumul de ces risques inondation et tremblement de terre. «Pour les centrales anciennes pour lesquelles la question ne s’était jamais posée, et par voie de conséquence pour lesquelles le dimensionnement adéquat n’avait jamais été envisagé, la réponse n’est pas simple», remarquent les plaignants, qui rappellent que cela a été une demande de l’Autorité de sûreté nucléaire en 2011, non réalisée par l’exploitant depuis.

Risque Seveso

Enfin, la présence de 5 usines SEVESO –dont 4 en seuil haut- dans un rayon de 5 km, n’a jamais été réellement prise en compte: «Aucune étude d’impact et aucune étude de sûreté n’ont jamais été rédigées pour les réacteurs de la centrale nucléaire du Bugey, pour la bonne et simple raison que les décrets de création sont antérieurs à cette législation, la proximité des usines Seveso n’a pas été prise en compte à l’origine et ne l’a pas été davantage dans le cours de l’exploitation de la centrale», affirment les plaignants. Sans compter que les substances chimiques utilisées et stockées dans les centrales nucléaires obligent l’exploitant à mettre à jour tous les 5 ans les études de sécurité, qui n’ont jamais été produites.

Points faibles

Une fois posé ce contexte incertain, la plainte s’attache à démontrer les points faibles intrinsèques à la centrale du Bugey: les cuves et leur fragilité, compte tenu de la puissance déployée en leur sein, sans compter les fuites de tritium sur le réacteur n°5, dont les causes ne sont pas identifiées; le radier qui doit, en cas de fusion du cœur, empêcher que le corium n’atteigne la nappe phréatique et le sous-sol. Or EDF a conclu à l’infaisabilité d’un dispositif géotechnique à un coût économiquement acceptable, «ce qui signifie qu’aucun dispositif n’a été mis en place pour réduire le risque de contamination de la nappe phréatique en cas d’accident, alors même que l’ASN avait jugé ce sujet particulièrement essentiel pour le Bugey». Autres points faibles: l’enceinte de confinement qui les entoure ainsi que leur étanchéité respective; les piscines de refroidissement du combustible, «qui ne présentent pas de garanties suffisantes en cas d’accident grave consécutif à une vidange de la piscine à l’échauffement du combustible»; les fuites de tritium détectées par EDF depuis 2012, «de l’ordre de 10 fois le niveau normal dans la nappe souterraine sous les réacteurs n°2 et 3».

X=EDF?

Peut-on, pour autant, considérer qu’il y aurait mise en danger délibérée de la vie d’autrui? «Rien ne s’oppose, dans la lettre comme dans l’esprit de ce texte, à son application aux risques causés par les installations dangereuses, au premier rang desquelles les installations nucléaires de base», estiment les plaignants, qui désignent EDF –personne morale de droit privé- et/ou ses dirigeants comme possibles responsables. En portant plainte contre X, les plaignants laissent toutefois la porte ouverte. «C'est à l'instruction de rechercher les responsables», a déclaré Corinne Lepage.

 

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus