Cécilia Kushner: «Les New-Yorkais semblent avoir oublié l'ouragan Sandy»

Le 12 avril 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En rouge, les zones menacées par la montée de l'Atlantique.
En rouge, les zones menacées par la montée de l'Atlantique.
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Architecte du plan de défense contre la mer de New York, Cécilia Kushner explique comment la Grosse Pomme entend se protéger contre la montée du niveau de l’Atlantique. Un combat qui n’est pas encore gagné.

 

Quelles sont les menaces climatiques pesant sur New York?

En 2008, 4 ans avant le passage de l’ouragan Sandy, la ville a constitué son propre comité scientifique sur le changement climatique, le New York City Panel on Climate Change (NPCC). Son premier travail a été d’évaluer le risque à moyen et long termes. Verdict: le niveau de l’Atlantique va monter de 50 centimètres d’ici à 2050 et de 1,8 mètres d’ici 2100. Sur ces bases, nous avons cartographié les endroits les plus menacés par la montée du niveau de l’océan ou la multiplication des ouragans.

 

Résultats?

Les points les plus menacés se trouvent au sud de l’île de Manhattan. Pour les connaisseurs, il s’agit des 5 kilomètres de bande littorale allant du pont de Brooklyn à Battery Park, où se trouve l’embarcadère pour la statue de la Liberté. C’est un quartier très sensible où se concentrent beaucoup d’entreprises, notamment du secteur financier, des sites très touristiques, de nombreux réseaux de transport souterrains et d’infrastructures.

 

Quelles solutions allez-vous mettre en place?

Pendant deux ans, nous avons élaboré notre stratégie d’adaptation à la montée des eaux. Ce programme sera mis en œuvre en deux temps. Assez rapidement, nous allons fermer les points d’entrée de la mer en ville. Cela passera par l’élévation de petites collines arborées sur les sites les plus bas, comme à Battery Park, par la construction de murs amovibles et par l’installation de lourdes portes étanches à des points névralgiques du métro et des routes souterraines. Pour préserver les réseaux d’évacuation des eaux usées, nous prévoyons aussi de construire une importante station de pompage ainsi qu’un réservoir souterrain.

 

Des murs amovibles?

Nous étudions deux possibilités: des murs souterrains que l’on relèverait en période de grande marée ou de cyclone, ou des palissades métalliques amovibles.

 

Il n’est pas possible d’équiper ainsi tout le littoral new-yorkais?

Le littoral s’étend sur plus de 800 km à New York. Impossible effectivement de tout endiguer. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y aura pas d’ouvrage en dur que l’on ne pourra pas se protéger localement. Le quartier de Hunts Point, où l’on trouve l’équivalent du marché de Rungis, a sécurisé son approvisionnement électrique par plusieurs groupes électrogènes, installés en lieu sûr. Même en cas de rupture des lignes électriques, le marché central sera toujours alimenté en courant. Cela étant, et c’est la deuxième étape de notre programme, nous prévoyons aussi de construire des polders en aval des points les plus bas de Manhattan.

Combien la ville de New York va-t-elle investir dans son adaptation?

La réalisation de la première phase coûtera environ 500 millions de dollars. Le montant du devis pour la seconde partie est moins précis; entre 5 et 10 milliards. Tout dépendra des solutions techniques retenues et du temps de réalisation.

Difficile à financer?

Seule, la ville ne pourra pas tout payer. Or nous nous heurtons à de nombreuses difficultés. Pour les polders, par exemple, les législations environnementales limitent désormais fortement ce genre de construction dans les lits des rivières [Manhattan est entourée par l’Hudson et l’East River, ndlr]. Cela risque de renchérir le coût des travaux. Mais le plus problématique, je pense, est le manque de culture scientifique des habitants. Sept ans après son passage, beaucoup de New-Yorkais semblent avoir oublié Sandy et les dégâts qu’il a causés. Cela ne facilitera pas une éventuelle mise à contribution.

 



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