Ce qu’il y a dans nos poubelles

Le 24 juin 2009 par Sonia Pignet
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L’Ademe rend aujourd’hui publics les résultats de sa campagne nationale de caractérisation des ordures ménagères. Menée auprès d’une centaine de communes entre 2007 et 2008, elle permet de connaître le contenu de nos poubelles, et de disposer ainsi d’une information-clé pour améliorer la gestion des déchets. L’étude révèle d’ailleurs quelques surprises.

Transposition de la directive-cadre Déchets, réagrément des principaux éco-organismes des filières à responsabilité élargie (1), Grenelle de l’environnement, etc., les discussions sur la gestion des déchets sont nombreuses cette année. Et pourtant, jusqu’à aujourd’hui, une donnée-clé manquait: quels sont les déchets produits par les ménages français? Question quantité, l’Ademe fait un bilan tous les deux ans (le prochain sera mis en ligne dans quelques jours). Question qualité par contre, la dernière étude remonte à 1993!

L’Ademe a donc entrepris en 2005 une nouvelle campagne nationale (et métropolitaine) de caractérisation des ordures ménagères. 100 communes ont été tirées au sort pour participer à cette vaste étude. Erwann Fangeat, du département des Observatoires, des coûts et de la planification à l’Ademe, rappelle cependant que «les résultats obtenus correspondent à une moyenne nationale, et ne sont pas transposables à l’échelle des collectivités locales». Au total, 845 échantillons ont été analysés, dont 399 d’ordures ménagères résiduelles (OMR, poubelles grises) et 446 de collectes sélectives. 3.650 analyses physico-chimiques ont aussi été réalisées sur 200 échantillons, et 105 bennes tout-venant de 30 déchèteries ont été passées au crible.

Premier constat: 22% du tonnage global des OMR collectées par le service public en France proviennent des déchets des activités économiques, soit 4,4 millions de tonnes sur les 20,1 millions collectées en 2007 (chiffre enquête collecte 2007 de l’Ademe). Cependant, leur composition est assez proche. Autre constatation, plutôt inattendue, nos poubelles contiennent à peu près la même chose (compte tenu des marges d’incertitudes), qu’en 1993. Cette tendance a ses exceptions: le volume des textiles sanitaires (couches-culottes, serviettes hygiéniques, coton, lingettes, mouchoirs et serviettes en papiers, etc.) a triplé en 16 ans, pour représenter aujourd’hui environ 10% des OMR, soit 33 kilogrammes par habitant et par an (kg/hab/an). Aucune explication n’est pour l’instant avancée par l’Ademe. La quantité de certains composés toxiques a, quant à elle, été réduite, surtout le chlore, le cuivre et le zinc, «probablement du fait de la progression des collectes sélectives des déchets dangereux diffus -notamment en déchèteries-, ainsi que de la meilleure conception de nombreux produits», explique Erwann Fangeat. La part des emballages a également légèrement diminué (passant de 39 à 32% des ordures ménagères, collectes sélectives inclues).

Enfin, aucune différence significative en fonction des types d’habitat (rural, urbain et péri-urbain) ou des zones géographiques n’est à signaler. «Ce n’est pas du tout un non-résultat de savoir qu’il y a peu de différence entre l’habitat rural et l’habitat urbain», a souligné Laure Tourjansky, chef du département Politique de gestion de déchets au Meeddat. «Ces résultats sont précieux pour élaborer les politiques de gestion des déchets.»

Dans son étude, l’Ademe s’est aussi intéressée à la fin de vie des déchets et à leur réduction à la source. Ainsi, «le gisement concerné par des gestes simples de prévention (tels le compostage domestique, le Stop-pub, la limitation des impressions bureautiques, etc.) représente 39% de l’ensemble des ordures ménagères», soit environ 150 kg/hab/an. Le gaspillage alimentaire (sont comptabilisés les produits non consommés encore sous emballage) représente à lui seul 7 kg/hab/an. «Cette étude nous indique qu’il faut envisager de communiquer autour du gaspillage alimentaire», a indiqué Laure Tourjansky. En recoupant les données qualitatives et quantitatives, l’Ademe estime que 38% du gisement des ordures ménagères et 27% du gisement des OMR présentent un potentiel de valorisation matière. Enfin, 63% du gisement des OMR est valorisable par voie organique.

Concernant l’efficacité des collectes sélectives, elles captent en moyenne 47% du total du gisement. La première place revient au verre avec 56% du verre capté, et la dernière place est adjugée aux emballages (hors-verre) avec 43%. Rien que pour le verre, ce sont tout de même encore 20 kg/hab/an qui finissent dans la poubelle d’OMR. «Un engagement plus marqué des Français, un meilleur respect des consignes de tri, ainsi que le développement de nouvelles technologies de valorisation pourraient permettre d’extraire des poubelles grises jusqu’à 100 kg/hab/an de déchets», conclut l’Ademe, qui n’est pas allée jusqu’à analyser les responsabilités de chacun dans l’évolution, ou la non-évolution, depuis 1993, du contenu de nos poubelles.

(1) Dans le JDLE «Eco-organismes: le point sur les réagréments»


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