Ce qu’il faut attendre de la COP 23

Le 06 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'adaptation au menu des discussions de Bonn.
L'adaptation au menu des discussions de Bonn.
VLDT

Le gros des tractations portera sur l’établissement des règles d’application de l’Accord de Paris qui devront être définitivement adoptées en 2018.

 

En jargon onusien, les deux semaines de négociations climatiques qui s’ouvrent aujourd’hui sont une COP intermédiaire. Pas d’accord de Bonn à attendre. Ce qui suffit à réduire sensiblement le nombre de journalistes qui suivront la quinzaine. Cette COP 23 ne manquera pourtant pas d’intérêt. C’est la première conférence des parties[1] à être présidée par les Fidji, un Etat dont l’existence est directement menacée par la montée du niveau de l’océan, l’une des principales conséquences du réchauffement. «Les Fidji portent l’urgence climatique dans la négociation. Les effets du changement climatique bouleversent la vie des Fidjiens. Cela doit influer sur la négociation. D’autant que tout le monde est désormais vulnérable aux effets du réchauffement», résume Nazhat Shameen Khan, la négociatrice en chef des Fidji pour le climat.

Ce que veulent les ONG. Conscientes que les NDC actuelles limiteraient à 3°C le réchauffement, les associations de protection de l’environnement enjoignent aux Etats de durcir leurs objectifs climatiques sans attendre. En Allemagne, des manifestations anti-charbon se sont déroulées samedi 4 novembre. A l’Europe, il est demandé d’accélérer l’adoption de son paquet Energie Climat 2030, de réformer efficacement son marché du carbone et de se fixer des règles encadrant la gestion des puits de carbone, notamment forestiers. Le Réseau Action Climat (RAC) suggère au gouvernement français de clarifier la mise en œuvre de son objectif de neutralité carbone en 2050. Les associatifs veulent aussi la fin des subventions aux énergies fossiles.

Dit autrement, la présidence fidjienne de la COP 23 tentera de faire la part belle aux questions liées à l’adaptation aux conséquences des changements climatiques. Mais les limites sont d’ores et déjà posées. Imaginer faire payer aux pays les plus industrialisés des compensations financières aux nations les plus touchées par les conséquences du réchauffement?

 

C’est un peu l’idée du mécanisme des pertes et préjudices, initié en 2013 lors de la COP 19 de Varsovie. Le principe a été retenu dans l’Accord de Paris et prorogé l’an passé à Marrakech. Problème: les financements des pays du Nord font défaut, notamment depuis l’élection de Donald Trump. «Les pertes et dommages sont un sujet délicat pour lequel la négociation sera très difficile», reconnaît d’ailleurs l’ancienne magistrate fidjienne.

 

Des mesures pourraient néanmoins être annoncées, comme l’extension de systèmes d’alerte aux tsunamis ou la constitution, sous l’égide française, d’une alliance sahélienne pour l’adaptation.

En 2018, le Giec sera de la partie. L’an prochain, le Giec[2] soufflera ses 30 bougies. Un anniversaire qu’aimerait bien organiser la France, au printemps prochain. Reste à trouver le cadre pour la cérémonie. Plus important, c’est aussi l’année prochaine que le réseau international de climatologues publiera son rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C. Un document très attendu. Car «stabiliser le réchauffement à 1,5°C demandera des transformations profondes que les politiques sont les seuls à pouvoir décider», rappelle sa coordinatrice, la climatologue française Valérie Masson-Delmotte.

Les discussions de Bonn porteront essentiellement sur l’élaboration des règles d’application de l’Accord de Paris. Lors de la session intermédiaire du printemps dernier, les diplomates se sont accordés sur les grandes lignes et les éléments-clés de ces futures règles. Au menu: transparence des données nationales (qu’ont fait les Etats et quel est le résultat de leurs actions), quantification des fonds orientés vers l’action climatique, utilisation des fonds gérés par le Fonds d’adaptation, évaluation des politiques d’adaptation.

 

En mai, les négociateurs ont aussi reconnu que toutes les parties à l’Accord de Paris étaient liées et que seul un dispositif cohérent permettrait de tirer le maximum de cet accord conclu à l’issue de la COP 21. Dans la plupart des chancelleries, on s’attend à ce que la COP de Bonn accouche d’un canevas de règles, qui puissent être définitivement adoptées en 2018, lors de la conférence de Katowice (COP 24).

 

Autre gros morceau: le ‘dialogue de facilitation’. Derrière ce terme abscons se cache le premier bilan mondial qui permette d’évaluer les efforts accomplis en matière d’atténuation, d’adaptation et de moyens mis en œuvre. «En résumé, on évalue ce qui a été fait, on détermine ce qu’on veut faire et comment y arriver. Mais pour cela, l’idée est de faire discuter entre eux les dirigeants politiques sur les bonnes pratiques et de les pousser à s’engager en faveur de nouveaux objectifs», rappelait Brigitte Collet, ambassadrice française chargée des négociations sur le climat. Ce pré-bilan sera présenté lors de la COP 24. Ensuite, les parties devront faire le point tous les 5 ans et adapter en conséquence leurs politiques nationales (les NDC).

 

 

 



[1] Les parties sont les pays ayant ratifié la convention-cadre de l’ONU sur le changement climatique, signée en 1992 à Rio.

[2] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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