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Ce plancton qui menace la mer Arabique

Le 10 septembre 2014 par Romain Loury
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Noctiluca scintillans by night
Noctiluca scintillans by night
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Depuis le début des années 2000, la mer Arabique se trouve envahie chaque hiver par Noctiluca scintillans, phytoplancton qui pourrait bouleverser l’ensemble de la faune marine. La faute aux rejets excessifs d’engrais et d’eaux non traitées, dont l’impact se fait sentir bien au-delà du littoral, selon une étude publiée dans la revue Nature Communications.

De couleur bleue et luminescente, Noctiluca scintillans s’est longtemps restreinte à la seule côte ouest de l’Inde. Mais voilà que, depuis le début des années 2000, elle se répand dans l’ensemble de la mer Arabique, partie de l’océan Indien qui borde la péninsule arabique, le Pakistan et l’Inde. Un phénomène inquiétant que révèlent Helga do Rosário Gomes, de l’université de Columbia (New York), et ses collègues au terme de trois expéditions menées pendant les hivers 2009 à 2011.

Lors de la prolifération hivernale du plancton, Noctiluca scintillans aurait même supplanté les espèces jusqu’alors dominantes, les diatomées du genre Prochlorococcus et Synechococcus. Et pour cause: à faible teneur de l’eau en oxygène, la capacité de ces deux dernières à fixer le CO2 diminue d’environ trois fois, tandis qu’elle augmente jusqu’à 300% chez Noctiluca scintillans. Celle-ci dispose en effet d’un endosymbiote [1], Pedinomonas noctilucae, dont le métabolisme augmente en cas d’hypoxie.

Or les eaux septentrionales de la mer Arabique s’appauvrissent rapidement en oxygène depuis quelques années. Deux raisons à cela: l’usage de plus en plus intensif d’engrais synthétiques, et la croissance explosive de villes dont le traitement des déchets laisse fortement à désirer. Parmi elles, Bombay et Karachi, dotées respectivement de 21 et 15 millions d’habitants. Chaque jour, la première rejette dans la mer 63 tonnes de nitrates et 11 t de phosphates.

Le plancton, socle de la chaîne alimentaire

Du fait des courants, ces eaux peu oxygénées se retrouvent ensuite en haute mer. Ce qui explique la particularité du phénomène, à savoir le fait que l’ensemble de la mer Arabique est touchée. Et pas seulement son littoral, comme c’est le plus souvent le cas avec l’eutrophisation.

Le plancton étant à la base de la chaîne alimentaire marine, ce bouleversement pourrait affecter l’ensemble de la faune, prévoient les chercheurs. Trop gros pour les copépodes, petits crustacés friands des espèces supplantées, Noctiluca scintillans pourrait faire le bonheur des méduses et des salpes, invertébrés en forme de ruban et d’une longueur de quelques centimètres. Et ce au détriment des poissons, qui se nourrissent rarement de ces espèces gélatineuses.

Au final, la pêche pourrait sévèrement pâtir. L’effet se ferait déjà sentir, ainsi que l’ont révélé des enquêtes menées auprès de pêcheurs indiens exerçant su la côte occidentale, qui font état d’une baisse des captures, et de leur plus petite taille. Idem à Oman, où les captures de gros poissons se sont effondrées de 18% entre 2012 et 2013.

[1] Un endosymbiote est un organisme qui vit à l’intérieur d’un autre organisme, dans un rapport de bénéfices partagés et non de parasitisme.



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