Ce nouveau champignon qui menace les amphibiens

Le 30 octobre 2014 par Romain Loury
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Le triton oriental, une passion de terrariophiles
Le triton oriental, une passion de terrariophiles
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Déjà présent aux Pays-Bas et en Belgique, un nouveau champignon pourrait bien conduire à l’extinction de nombreuses espèces de salamandres et de tritons, révèle une étude internationale publiée dans la revue Science. Epargnant les grenouilles et crapauds, il aurait été amené d’Asie par le commerce d’amphibiens dont raffolent les terrariophiles occidentaux.

Déjà sévèrement menacés dans le monde entier, les amphibiens vont-ils connaître une nouvelle hécatombe? Tout porte à le croire, à la lecture de l’étude publiée par An Martel, vétérinaire à l’université de Gand (Belgique), et ses collègues. Car après le champignon Batrachochytrium dendrobatidis, qui a fortement affaibli plusieurs espèces depuis les années 1980, voici venu son cousin Batrachochytrium salamandrivorans, tout aussi redoutable.

L’histoire commence en 2010, lorsque des volontaires d’une réserve naturelle près de Maastricht (Pays-Bas) observent une mortalité anormale de salamandres tachetées (Salamandra salamandra), découverte dont ils font part à An Martel. Si les ulcères cutanés étaient typiques de B. dendrobatidis, les cadavres se sont avérés positifs pour l’un de ses cousins, jusqu’alors inconnu en Europe, qu’ils ont baptisé B. salamandrivorans.

Après avoir publié cette découverte en 2013, An Martel, avec plusieurs collègues européens et américains, s’est attachée à étudier le caractère pathogène et la répartition géographique de ce nouveau pathogène. Publiés ce jeudi dans Science, ses résultats sont pour le moins inquiétants.

Selon des analyses génétiques, B. salamandrivorans proviendrait d’Asie (Thaïlande Vietnam, Japon), où, en raison d’une coévolution estimée à 30 millions d’années avec les amphibiens, il vit en bonne intelligence avec les espèces locales, qui n’en meurent pas. Ce qui ne semble pas être le cas des espèces européennes et américaines qui y sont confrontées pour la première fois.

Selon des tests en laboratoire, B. salamandrivorans est rapidement mortel chez 41 des 44 espèces européennes de salamandres et de tritons exposées à ce nouveau pathogène. Contrairement à B. dendrobatidis, il ne s’en prend ni aux grenouilles ni aux crapauds. Comme son cousin, il envahit la peau, qui chez les amphibiens constitue un organe crucial à la respiration, à l’absorption de l’eau et de minéraux.

Une extension à l’Europe et à l’Amérique très probable

Au-delà de l’Asie, le champignon semble pour l’instant restreint aux Pays-Bas et à la Belgique, mais il devrait rapidement toucher d’autres pays européens, dont la France, craignent les chercheurs. «Etant donné la répartition mondiale de B. salamandrivorans, tout montre que son transfert de l’Asie vers l’Europe est du fait de l’homme», constatent-ils. Particulièrement via le commerce des amphibiens asiatiques, notamment de salamandres et de tritons.

Nul doute que l’Amérique du Nord, qui compte 150 des 655 espèces mondiales connues de salamandres, sera bientôt touchée. Entre 2000 et 2009, plus de 2,3 millions de tritons orientaux (Cyniops orientalis) y ont été écoulés. Si seulement quelques-uns de ces individus portaient le champignon, «la question ne serait pas de savoir si, mais quand, il va se répandre aux Etats-Unis», juge une co-auteure de l’étude, Carly Muletz, biologiste à l’université du Maryland.

Et une fois dans l’environnement, il pourrait même s’y répandre très vite, craignent les auteurs. Lors de l’étude, deux tritons très fréquents en Amérique du Nord, le triton à points rouges (Notophthalmus viridescens) et le triton rugueux (Taricha granulosa), décédaient dans 100% des cas lorsqu’ils étaient exposés à B. salamandrivorans.

«Nous avons des milliards de ces tritons, répartis sur tout le continent », explique Karen Lips, également de l’université du Maryland. «S’ils sont très sensibles à ce pathogène, ils pourraient l’amplifier et le transmettre plus facilement à des groupes de salamandres», conclut-t-elle.

Si les grenouilles et crapauds n’ont a priori rien à craindre de ce nouveau champignon, tel n’est pas le cas avec d’autres pathogènes récemment découverts. Dans le nord de l’Espagne, des chercheurs ont décrit de nouveaux ranavirus, non seulement mortels, mais qui ont de plus la particularité de franchir très facilement les barrières d’espèces (voir le JDLE).



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