«Ce modèle agricole ne profite à personne»

Le 04 octobre 2017 par Marine Jobert
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La ferme des 1.000 vaches, archétype agro-industriel.
La ferme des 1.000 vaches, archétype agro-industriel.

Veillée devant les abattoirs, journée mondiale contre le transport d’animaux vivants, vidéos de mise à mort, libérations d’animaux… les modes d’action du mouvement animaliste se diversifient. Le Salon européen des professionnels de l’élevage, du 4 au 6 octobre à Clermont-Ferrand, offre une occasion supplémentaire d’interpeller frontalement le monde agricole, et les éleveurs en particulier. Entretien avec Emilie Pujol, cofondatrice et présidente de Earth Resistance, une jeune association anti-spéciste et écologiste.

JDLE – Vous avez bloqué ce matin les 5 accès des parkings qui mènent à la Grande Halle d’Auvergne, où se tient le Sommet de l’élevage pendant trois jours. Pourquoi?

Emilie Pujol – Ce Sommet en tant que tel nous pose problème, à nous militants qui défendons les animaux. Mais c’est aussi un Sommet de l’élevage agro-industriel, qui met en avant les grosses entreprises, les techniques industrielles, l’import-export et les groupes d’exploitation. Tout un modèle auquel nous nous opposons. Le problème, c’est le fait même que le Sommet existe, car ce devrait être un problème dans la société d’aujourd’hui que l’on continue à glorifier et à développer ce modèle agricole. Un modèle meurtrier pour les animaux, bien sûr, mais qui représente aussi un grand danger pour l’environnement, pour le climat et par conséquent pour les humains. C’est également un gros problème social, car ce modèle agro-industriel ne rend absolument pas service aux agriculteurs et aux éleveurs: plus les exploitations s’agrandissent, plus l’import-export s’intensifie, moins il y a d’emplois et plus les agriculteurs sont obligés de rentrer dans la course au productivisme. Le plus souvent, ils sont juste criblés de dettes et luttent pour survivre. C’est un modèle agricole qui ne profite absolument à personne.


La Cour des comptes européenne annonce qu’elle va se pencher sur le sort réservé, tout au long de leur vie, mais aussi lors de leur transport et de leur abattage, aux 4,5 milliards de poulets, poules pondeuses et dindes, tués chaque année dans l'Union, ainsi qu’aux 330 millions de vaches, porcs, chèvres et moutons qui finissent à l’abattoir. Pour la période 2014-2020, ce sont quelque 1,5 milliard d'euros qui seront dépensés en faveur du bien-être des animaux au titre du développement rural. Le rapport, qui sera rendu fin 2018, se focalisera sur 5 Etats membres: l'Allemagne, la France, l'Italie, la Pologne et la Roumanie.

JDLE – Votre action de blocage n’a pas été appréciée des éleveurs…

Emilie Pujol – Les bidons lestés de béton auxquels étaient enchaînés les activistes ont été dégagés à la pelleteuse par les agriculteurs, au bout d’une heure trente de blocage. Sous les yeux de la police… et deux militants sont partis à l’hôpital. Les agriculteurs n’étaient pas du tout disposés à nous écouter, ils voulaient juste nous dégager de la manière la plus brutale possible.

Par cette action de blocage, nous disons que c’est un Sommet de la transition qu’il faudrait, pour avancer vers un autre modèle agricole, sans exploitation animale, mais également écologique, local, et procurant un vrai revenu aux agriculteurs.

 

JDLE – A quel point de l’histoire sommes-nous rendus, à votre avis, concernant l’évolution du rapport des Français à la viande, aux animaux et au système économique qui soutient l’élevage?

Emilie Pujol – Les Français ont pris conscience de ce qu’endurent les animaux et, par conséquent, que ce sont des êtres avec une individualité et une intelligence. Mais l’expérience d’aujourd’hui nous montre que ce qui se passe au sein de la population n’est pas ce qui se passe dans le monde économique et politique. Certaines marques, comme Herta qui propose désormais du jambon végétal et des marques vegan, veulent répondre à un nouveau marché, mais ces actions ne correspondent pas du tout à une prise de conscience. L’Etat soutient totalement l’agro-industrie (Stéphane Travert se rendra au Sommet) et c’est pour cette raison que la police a laissé les agriculteurs nous frapper. Son objectif était de protéger le Sommet, pas la vie de ceux qui défendent les animaux.

Selon l’idéologie dominante, l’agro-industrie aide les agriculteurs et les vegan sont leurs ennemis et les mettent en danger. Combien d’agriculteurs se rendent-ils compte qu’ils sont complètement utilisés par le système et que ce qu’ils endurent a une cause politique et économique? La Confédération paysanne, par exemple, l’a compris. Cela prend du temps…

 



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