Carnet rose dans le monde des minerais, minéraux et métaux

Le 22 janvier 2014 par Marine Jobert
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Testard
Testard
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A3M a vu le jour la semaine dernière, regroupant la Fédération des minerais, minéraux industriels et métaux non ferreux (Fedem)[1] et la Fédération française de l’acier (FFA)[2]. Cette nouvelle entité, qui entend répondre aux grands enjeux «liés notamment à l’approvisionnement en ressources, l’énergie, l’économie circulaire et l’éco-conception», rassemble environ 400 entreprises (PMI et grandes entreprises internationales), représentant 80.000 emplois et 43 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Jack Testard, président de la chambre syndicale des industries minières de la Fedem et président de l’entreprise Variscan Mines[3], a répondu aux questions du Journal de l’environnement sur l’avenir métropolitain de l’exploitation minière, un dossier fortement perturbé ces dernières années par les oppositions nées autour des gaz de schiste.

 

JDLE – Quels sont, en quelques mots, les objectifs de cette nouvelle Alliance des minerais, minéraux et métaux?

Jack Testard - Il s’agit de rendre plus lisibles nos actions et de faire en sorte que tous ceux qui sont dans ces filières se réunissent pour travailler ensemble. La partie aval (métallurgie, acier) est bien développée, mais elle compte peu d’acteurs. La partie amont (mine et première transformation) est peu lisible et peu fournie depuis la fermeture des mines en France métropolitaine. Les gens ne nous connaissent plus et ne savent plus ce qu’on fait. Si je vous parle de mine, cela va tout de suite vous évoquer les gueules noires … Alors que ce n’est plus du tout ça, la mine d’aujourd’hui: vous ne pouvez plus extraire le minerai sans développer de concepts sur l’écologie, sur l’après-mine, etc. Un autre axe important pour nous, c’est que la mine est beaucoup plus dans le «high tech» qu’on ne le pense, parce qu’on est amené à traiter des minerais métalliques complexes. Dans une mine de cuivre, par exemple, il y a tous les éléments associés (cobalt, terres rares, etc.) qu’il faudra sortir aussi. On ne peut donc plus se contenter de dire qu’on va extraire un seul minéral. Ce qui présente un double intérêt, économique et environnemental, puisqu’ainsi ces métaux ne finiront pas dans des stériles, considérés comme des déchets pour lesquels il faudra payer. C’est du gagnant-gagnant.

 

JDLE – Quels sont vos objectifs?

Jack Testard – Toutes les mines en France métropolitaine ayant fermé, on ne va pas les rouvrir. Mais il y a des zones gîtologiques favorables à certains métaux. Il s’agit donc plutôt de démarrer de nouvelles mines, au même endroit ou pas très loin des sites précédents, et ce avec de nouvelles techniques. Je ne veux pas dire que nos prédécesseurs ont travaillé sans prendre de précautions; mais nous, nous ferons différemment. Il va falloir recréer des filières, des compétences, car les gens sont partis à la retraite. On trouve moins de personnes expérimentées et les jeunes ont souvent de l’expérience acquise à l’étranger. Les établissements publics (comme le BRGM, l’Ineris ou les ministères en charge des mines) recrutent peu, mais dès lors que le privé va s’y intéresser, il n’y aura pas de problème. Ne confondons pas le positionnement public avec le positionnement privé.

 

Ce que nous voulons, c’est produire des substances qui nous seront utiles et stratégiques sur le territoire métropolitain. Le tout dans un contexte économique qui a évolué: des minerais qui n’étaient pas économiquement soutenables il y a 40 ans peuvent le devenir en fonction des cours des matières premières, des caractéristiques techniques du gisement, des taux de récupération, de sa concentration, etc. Autant de données auxquelles on intègre aujourd’hui l’environnement, le social, et l’après-mine pour calculer le coût.

 

JDLE – Quelle est l’incidence financière du «coût environnemental» sur l’ensemble d’un projet minier?

Jack Testard – On ne peut pas chiffrer ces coûts de façon globale, car cela se calcule projet par projet. Par exemple, si vous avez des conditions d’extraction qui impliquent des coûts supplémentaires pour récupérer les poussières, cela peut avoir comme impact une meilleure récupération des métaux. Il faut savoir calculer tous ces coûts en amont, mais aussi savoir s’arrêter si on s’aperçoit que ça ne va pas être rentable. Sur 20 projets qu’on lance, un seul aboutit parfois.

 

JDLE – Plus de 10 ans après la fermeture définitive des mines de charbon sur le territoire métropolitain, une industrie minière essaie de se remettre en selle. Et là, patratas: la fronde contre les gaz de schiste démarre, qui va toucher tous les projet d’extraction. Vous sortez donc d’une période trouble…

Jack Testard - Est-ce qu’on sort d’une période noire? Oui, on a cette impression. Ce n’est pas facile, mais on y arrive. En juin dernier, il y a eu l’attribution du premier titre minier d’exploration pour des métaux depuis 30 ans[4]! On a longtemps pensé que les métaux ne devaient pas être contrôlés autrement qu’en les achetant. Mais on se rend compte avec la politique chinoise d’accaparement des richesses minérales que c’est moins vrai. Une réflexion a été menée au niveau français et européen, reprise par nos gouvernants, qui ont compris qu’il y avait un problème à résoudre. L’idée aujourd’hui, c’est donc de repartir à la base, pour savoir ce qu’il y a dans notre sous-sol. Et on se rend compte qu’on a des provinces intéressantes en termes de métaux, et qu’en Europe, on peut couvrir à peu près tous nos besoins en métaux.

Un deuxième permis a été délivré en novembre dernier (permis de Villerange (Massif central), à Cominor) et nous avons déposé plusieurs demandes. On va bientôt en avoir un troisième (permis de Saint Pierre-Montlimart, Maine-et-Loire), et d’autres sont en cours d’instruction (permis de Merléac, Cotes d’Armor, permis de Beaulieu, Pays de la Loire. En tout, nous avons 6 permis en phase d’instruction.

 

JDLE – Vous avez siégé auprès du conseiller d’Etat Thierry Tuot, chargé de mener la concertation autour du projet de nouveau Code Minier. Sortez-vous satisfait de l’exercice?

Jack Testard - Thierry Tuot a pris acte des divergences entre les différentes parties. On est toujours sur les mêmes oppositions, notamment sur les schémas miniers, les héritages de responsabilité, ou encore les termes généraux du code. Nous souhaitons un code de promotion, pas un code restrictif. Si ce texte est une liste de restrictions, ça n’est pas pareil qu’un texte qui liste les bonnes conditions de travail. De façon générale, je dirais que l’élaboration de ce texte n’a pas été une négociation. Sur la question de la mise en concurrence des demandes de permis pour les mines métalliques, elle est copiée de la procédure applicable aux hydrocarbures; mais je suis contre cette mise en concurrence, qui n’a cours nulle part ailleurs dans le monde. Si l’Etat a un projet, les gens candidatent. Alors que là, je propose un dossier et mon dossier est mis en concurrence! Cela n’est pas très loyal.

 

JDLE – Les mines jouissent d’une réputation assez mauvaise, en France comme ailleurs. Une bataille d’image s’ouvre donc pour le secteur…

Jack Testard - Les gens ne connaissent pas le sujet, ils sont effrayés par l’image qu’ils ont du passé. Quand on parle de mines, ils imaginent des gisements avec de grands trous, des camions qui font la taille d’un immeuble. C’est une réalité dans certains endroits du monde. Mais si c’est la seule image qui passe, c’est normal que les gens aient peur. C’est ce qu’on veut éviter chez nous. Soit en disant non systématiquement à tout; soit en trouvant des conditions d’exploitation acceptables. La mine «made in France»? Elle pourrait ressembler à celle qui existe en Autriche, sur le site de Mittersill (tungstène), dans une vallée en bord de parc national en montagne. La mine n’est pas visible, car elle est souterraine, il n’y a pas de pollution des eaux, pas de perturbation du paysage, ni des gens et elle crée de l’emploi. C’est donc possible, et de façon rentable. Et encore, on peut mieux faire! Nous sommes porteurs des mines du futur.

 



[1] Les activités représentées par la Fedem vont de l’extraction et de la production au recyclage de minerais, minéraux industriels et métaux non ferreux en passant par leur affinage et transformation. Situé en amont de la chaîne de valeur industrielle, le secteur des minerais, minéraux et métaux non ferreux est un maillon indispensable de l’approvisionnement d’industries aval comme la sidérurgie, la construction, l’aéronautique, l’automobile, la mécanique, les composants électroniques ou les énergies renouvelables.

[2] Les métiers représentés par la FFA couvrent l’amont de la filière acier: production de fonte et d’acier, industrie des tubes d’acier, tréfilage, profilage de produits plats et distribution des produits en acier. Ces composants alimentent l’aval de la filière (automobile, bâtiment, mécanique, équipements énergétiques, industries aéronautique et spatiale, ...) en produits au cœur de leurs activités.

[3] Variscan Mines est une entreprise de 5 salariés, fondée en 2010 par d'anciens ingénieurs du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et propriété des Australiens de Platsearch.

[4] Il s’agit du permis de Tennie, un permis de recherche exclusif de mines de cuivre, zinc, plomb, or, argent et substances connexes, sur une zone de 197 kilomètres carrés à cheval sur 17 communes de Sarthe et de Mayenne.

 



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