Carburants: des aides pour éteindre l’incendie?

Le 14 novembre 2018 par Marine Jobert
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Les prix à la pompe ont baissé ces dernières semaines.
Les prix à la pompe ont baissé ces dernières semaines.
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A trois jours de blocages annoncés sur les routes contre la hausse des prix de l’essence et du gazole, les aides annoncées par le gouvernement soulignent la dimension hautement sociale –et parfois inégalitaire– des mesures destinées à surenchérir le prix du carbone.

«On ne peut pas avoir des marches pour le climat d'un côté et des marches pour l'essence de l'autre.» La pique est d’Edouard Philippe, à trois jours de la jacquerie contre la hausse de la fiscalité sur le diesel. Le Premier ministre a assuré ce 14 novembre sur RTL que l’annulation de la taxe carbone n’était pas au programme. «Nous n'allons pas renoncer à être à la hauteur de cet enjeu [le climat] qui est considérable.» Reste que tout à son verdissement de l’image du gouvernement, et ce notamment à l’approche d’élections européennes généralement favorables aux candidats écologistes, il s’avère indispensable de ne pas occulter le malaise général. Voire même de tenter de lui donner une couleur socialement acceptable. Car, comme le résume Daniel Verger, responsable Recherche, études et opinion au Secours catholique-Caritas France, «agir contre le dérèglement climatique et agir pour la justice sociale sont deux combats qui convergent».
Fin du fioul dans 10 ans
Parmi les mesures annoncées pour alléger la douloureuse des personnes les plus modestes, le chèque énergie va passer de 150 à 200 euros par an. Envoyé directement à 3,6 millions de foyers non imposables pour payer les factures d'énergie (gaz, électricité, etc.), il va être élargi pour toucher 5,6 millions de foyers. Le gouvernement entend supprimer d'ici 10 ans les chaudières individuelles au fioul par le biais d’une prime permettant aux nombreux ménages qui utilisent encore ce mode de chauffage très émissif d’opter pour un autre équipement. Aucun montant n’a été dévoilé. Le détail du dispositif sera connu d'ici la fin du mois au moment de la publication de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), précise-t-on au gouvernement. Grands absents de ces annonces: ceux qui se chauffent au gaz et les financements pour la rénovation des passoires thermiques. «Le gouvernement joue les gros bras sur la taxe mais il est petit bras sur l'accompagnement des Français», juge Alain Bazot, président de l'UFC-Que Choisir, auprès de l'AFP.
L’occasion sur le diesel aussi
Rayon mobilité, une ‘super prime’ à la conversion pour les véhicules va voir le jour, pour 20% des ménages les plus modestes. Elle pourra atteindre jusqu'à 4.000 € pour un véhicule diesel ou essence et 5.000 € pour une voiture hybride ou électrique. La prime ‘classique’ à la conversion –jusqu’à 2.500 € pour un véhicule polluant au rebut à l’achat d’un véhicule d’occasion– pourrait concerner 1 million de véhicules d’ici la fin du quinquennat, contre 500.000 budgétées. 280.000 primes ont déjà été attribuées, y compris à des diesel. Ce qui fait grincer des dents au WWF, qui regrette que les mesures annoncées «ne soient pas plus ciblées sur les véhicules électriques ou hybrides rechargeables et sur les mobilités alternatives», afin de réduire «la dépendance et la vulnérabilité au pétrole qui enferment les Français, et notamment les plus vulnérables, dans un cercle vicieux».
Gros rouleurs pas oubliés
Les personnes non imposables salariées qui parcourent au moins 60 kilomètres aller-retour pour se rendre à leur travail ou qui sont travailleurs indépendants seront également éligibles. 100.000 automobilistes pourraient en bénéficier, estime Edouard Philippe. Les ‘grands rouleurs’ ne sont pas oubliés, puisqu’ils devraient être intégrés dans le dispositif d'indemnités kilométriques, qui devrait être également élargi pour les petites cylindrées. Aucun chiffre, ni du nombre de bénéficiaires, ni des montants concernés, n’a été précisé. Enfin, le gouvernement défiscalisera bien les aides à l'achat de carburant versées par les collectivités territoriales –comme les 20 €/mois accordés par les Hauts-de-France, sous certaines conditions et qui lui coûtent 3,4 M€–, et celles au covoiturage.
50% d’automobilistes quotidiens
Car le problème de l’offre de mobilités reste intact. «Les familles en milieu rural vivent la triple peine, souligne Dominique Allaume-Bobe, administratrice de l’UNAF et membre du CESE. Absence de transport, dispersion des services publics, fiscalité environnementale. Il faut prendre en compte la dimension familiale dans le calcul de toutes les fiscalités.» Ainsi que le montre une étude réalisée par l'Observatoire des mobilités émergentes réalisé par Chronos et l’Observatoire Société et Consommation (ObSoCo), que Le Journal de l'environnement a pu consulter en avant-première, même si l’usage de la voiture individuelle ralentit, 50% des Français l’utilisent encore tous les jours (contre 59% il y a encore deux ans). Surtout, dans les communes de moins de 2.000 habitants, seuls 20% des 7.000 personnes interrogées déclarent avoir le choix entre différents modes de transport (contre 64% dans les villes de plus de 100.000 habitants) et 62% prendre chaque jour le volant. Les «captifs de l’automobile» sont décrits dans l’étude comme «plutôt ruraux, plus contraints financièrement, moins diplômés, plus âgés» et comme étant plus souvent des femmes avec  enfants. Parmi les raisons de cet usage quotidien de la voiture sont avancées «la gestion du temps, la rassurance et la pénibilité».

 


Parmi les enseignements à noter de cette étude, menée via un questionnaire en ligne auprès d’un échantillon de 4.000 personnes, représentatives de la population française âgées de 18 à 70 ans et de 3.000 Européens répartis en Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne, figure la façon dont les Européens interrogés se projettent par rapport à la mobilité. Près de 28% admettent que leur futur pourrait être «moins mobile», quitte à repenser leur lieu d’habitation et de travail en fonction de cette contrainte. De quoi économiser un peu d’essence?

 


Le Sénat au secours du pouvoir d’achat. La majorité sénatoriale de droite proposera lors de l'examen du projet de budget 2019 la suppression de la hausse de la taxe sur les carburants. Lors de l'examen du projet de budget 2019, à partir du 22 novembre en séance publique, le rapporteur général (LR) Albéric de Montgolfier proposera, entre autres mesures «en faveur du pouvoir d'achat», de supprimer «à compter de 2019» la hausse prévue de la contribution Climat Energie. Soit la suppression de la nouvelle hausse de 10 centimes sur l'essence et 19 centimes sur le diesel d'ici 2022, dont 3 centimes sur l'essence et 6 centimes sur le diesel en 2019.


 



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