Carburants: ça flambe à tous les étages

Le 05 novembre 2018 par Marine Jobert
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Le diesel a rattrapé l'essence à la pompe.
Le diesel a rattrapé l'essence à la pompe.
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Les gilets jaunes seront de sortie le 17 novembre, pour protester contre l’augmentation des taxes sur les carburants. Macron ne veut rien lâcher, au nom de la lutte contre le dérèglement climatique ou la pollution de l’air, passant sous silence le fait que les consommations de carburants baissent depuis 10 ans… et les rentrées fiscales aussi!

Le prix du diesel n’augmente plus depuis deux semaines maintenant, mais la colère est immense. Une pétition réclamant une baisse des prix du carburant à la pompe a déjà recueilli plus de 756.000 signatures et des blocages sont prévus le samedi 17 novembre partout en France. «Il est tout à fait honorable que nous cherchions des solutions pour circuler en polluant le moins possible notre environnement, convient l’auteure du texte. Mais la hausse des taxes imposée par le gouvernement n'est pas la solution!». Et de proposer en vrac plusieurs pistes, comme la suppression progressive de la vente de véhicules diesel, puis à essence [qui devraient être interdits en 2040] «pour laisser place aux véhicules hybrides/électriques», tout en proposant des offres de reprise ou de «réguler les prix trop élevés des véhicules électriques pour faciliter leur acquisition par nous citoyens», faciliter le télétravail, subventionner les entreprises qui quitteraient les grandes villes, financer des projets d’agrocarburants…
Une transition… fiscale?
Car c’est l’argument écologique (la pollution de l’air) et climatique (rouler moins, c’est réchauffer moins) qu’utilise le gouvernement pour justifier ces hausses inédites, consécutives à la remontée des cours du baril, à la hausse de la contribution Climat Energie (CCE) et au rattrapage du prix de l’essence (sans compter la TVA). «C'est compliqué, mais il n'y a pas le choix.» Quand Edouard Philippe prend la parole, ce 2 novembre, fait-il référence au seul dérèglement climatique ou songe-t-il aussi au budget 2019? Car son gouvernement, comme le rappelle Le Parisien, a des vues sur les 37,7 milliards d’euros que doit rapporter la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) en 2019. 12,3 Md€ seront affectés aux collectivités locales, 1,2 Md€ sera consacré aux infrastructures de transport. 17 Md€ iront dans les poches de l’Etat, dont 2,9 Md€ générés par «la poursuite de la hausse de la fiscalité énergétique». Et seulement 7,2 Md€, soit 19% du total, iront dans le compte d’affectation spéciale ‘transition écologique’, qui sert notamment à développer les énergies renouvelables.
Consommations en baisse
Problème: la consommation de carburant ne cesse de baisser, comme le souligne opportunément un communiqué de l’Union française des industries pétrolières (Ufip) en date du 16 octobre. Entre septembre 2017 et septembre 2018, «les livraisons de supercarburant sans plomb sont en baisse de 7,3% et celles de gazole en baisse de 12,9%». Ce qui, mécaniquement, effriterait les taxes perçues si aucune hausse n’avait été prévue. De là à penser qu’un Philippe ou qu’un Darmanin, qui n’ont jamais fait d’étincelles en matière climatique ou environnementale, seraient en train d’essayer de compenser un manque à gagner fiscal… Ce qui est certain, c’est que les volumes de carburant consommés en France chaque années stagnent depuis une dizaine d’années (autour de 50 millions de mètres cubes).
Grande impréparation
Ce n’est pas la théorie de Christian de Perthuis dans une note publiée par la chaire Economie du climat de Dauphine, qui rappelle que les dispositions qui déclenchent aujourd’hui la fureur ont été votées dans le calme il y a un an. C’est bien la remontée des cours internationaux du pétrole, amplifiée par la hausse de la composante carbone passée de 30,5 € la tonne de CO2 à 44,6 €/t CO2 au 1er janvier 2018, qui explique les prix à la pompe, détaille l’ancien président du Comité pour la fiscalité écologique (CFE). Et le gouvernement, après avoir fait preuve «d’une grande impréparation» et encaissé «en catimini» le produit de la taxe carbone introduite en 2014 (alors totalement indolore pour la majorité des citoyens du fait de la baisse des cours du pétrole), se heurte au réel. Stop ou encore? «Une telle pause serait peut-être populaire, mais elle consisterait à tourner le dos à nos responsabilités climatiques et environnementales à un moment particulièrement inopportun», écrit l’économiste. Toutefois, prévient-il «la montée en régime de la tarification carbone ne peut se faire ‘contre’ les citoyens» et la démarche actuelle pêche par «la grande faiblesse des mesures d’accompagnement pour les ménages à faible revenu n’ayant pas ou peu d’alternatives à la voiture individuelle pour leurs déplacements».
Ne pas céder
L’analyse semble partagée au plus haut niveau, en dépit des rodomontades d’Emmanuel Macron. Un président qui, toutefois, envisage de défiscaliser une aide proposée par la région Hauts-de-France pour ceux qui ont plus de 30 kilomètres par jour de déplacement. «On nous a expliqué pendant des décennies qu'il fallait acheter du diesel et maintenant c'est le contraire. C'est normal que ce soit mal compris», a convenu le chef de l'Etat. Deux députés de l’opposition ont, eux, proposé l’instauration d’un chèque carburant de 100 €; une idée qualifiée de «démagogique» par le ministre des relations avec le Parlement Marc Fesneau (MoDem), et de «débile» par Nicolas Dupont-Aignan. Même Matthieu Orphelin, pourtant peu avare en soutien à la politique d’Emmanuel Macron, a réitéré sa proposition d'aider les ménages des zones rurales et périurbaines en cas de forte hausse des prix.
Les routiers s’allument
Un autre incendie est en train de s’allumer sur le front du diesel, avec des premiers blocages de poids lourds qui menaient, ce 5 novembre, des opérations escargots sur les principaux axes routiers de la Marne, la Haute-Marne, les Ardennes et l'Aube pour protester contre la hausse des taxes appliquées sur certains carburants. En cause, la fin du taux réduit sur le gazole non routier utilisé pour les engins de chantier, qui fera passer le litre de 90 centimes à 1,50 €.



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