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Captur, la Renault qui n’aime ni le chaud, ni le froid

Le 22 janvier 2016 par Yves Leers
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Carptur : ses performances ne sont bonnes qu'à certaines températures.
Carptur : ses performances ne sont bonnes qu'à certaines températures.
Renault

Renault va se sentir moins seul. D’autres firmes automobiles (Opel, Ford et Mercedes) se sont retrouvées pour dépassement des normes anti-pollution devant la commission mise en place par Ségolène Royal, ce qui ne dédouane pas le constructeur français de ses responsabilités.

La ministre de l’écologie avait reconnu que des véhicules d’autres marques dépassaient les normes anti-pollution pour les oxydes d’azote (NOx) et le dioxyde de carbone (CO2), leurs représentants ayant accepté de s’expliquer devant la commission. Huit constructeurs ont été testés et il en reste quatre à venir pour un total de 100 véhicules. D’autres peuvent donc encore rejoindre le groupe des pollueurs excessifs.

NE PAS ROULER S’IL FAIT froid

Côté Renault, seul le rappel de 15.576 Captur dCi110 (fabriqués pendant les 9 premiers mois de 2015) a été confirmé. La défense de Renault consiste à dire que les véhicules équipés de filtres à NOx (vannes EGR) respectent les normes, même lorsqu’ils sont «en situation de dépassement dès que la température extérieure est inférieure à 17», –donc sur route, comme l’a souligné la ministre.

De fait, ce que la norme d’homologation impose, c’est de fournir un dispositif anti-pollution qui soit efficace entre 20 et 30°C, mais Renault n’ignore pas que la température moyenne en France oscille entre 9 et 16°C. S’il y a un problème chez plusieurs constructeurs, il y en a donc aussi un gros dans le processus d’homologation. Outre deux tests sur bancs à rouleaux dans des conditions différentes, la commission impose un troisième test, routier cette fois, sur le circuit de Linas-Montlhéry, près de Paris. Le test en extérieur étant par définition soumis à des conditions météo et températures réelles.

Comme l’écrit Auto Plus, «là où le bât blesse sérieusement, c’est que comparé aux autres constructeurs qui, eux aussi, ont été confrontés à ce genre d’aléas, les Renault ont toutes des taux de dépassement sévères quand d’autres sont dans les clous, dont PSA (…). Bref, les Captur dCi respectent certes la norme mais dépolluent beaucoup moins bien dès qu’ils sortent du cadre réglementaire».

UNE NORME ABSURDE

Renault a reconnu devant la presse spécialisée que plusieurs contraintes météo limitaient l’efficacité des filtres à NOx des Captur. Ceux-ci «sont loin de fonctionner sur toutes les plages d’une utilisation normale, par la faute, notamment, d’une grande sensibilité à la température de l’air d’admission», écrit ainsi Auto Plus. En gros, ça marche très mal au-dessous de 17°C et mal aussi au-dessus de 35°C (avec même des risques sérieux pour le moteur). La norme imposant seulement de fournir un dispositif anti-pollution efficace sur une plage estivale de 10° (20°-30°) pour les normes Euro5 et 6, Renault est donc bien dans les clous. A quand une révision de fond en comble de ces normes?

La vanne EGR (filtre à NOx) utilisée par Renault est un système (Euro2) postérieur au pot catalytique (Euro1) et antérieur au filtre à particules (Euro4 et 5). La vanne EGR a été renforcée par la suite (Euro3) afin de filtrer non seulement les oxydes d’azote mais aussi le CO2 et les hydrocarbures imbrûlés. Entre-temps, un autre système a fait son apparition avec les normes Euro5 et 6. Il s’agit du SCR ad-Blue (Selective Catalytic Reduction), plus efficace et plus cher que la vanne EGR, dépassée technologiquement. Quelle que soit la fausse économie réalisée par Renault (300 à 500 euros par voiture), ses ingénieurs ne pouvaient ignorer les limites des plages d’utilisation en dessous desquelles la pollution s’envole. Mais ils en avaient le droit!

Quant aux 700.000 voitures Renault dont il avait été question au moment de l’annonce du rappel des Captur, elles auraient elles aussi besoin de faire optimiser leur système de pollution. Cette remise à niveau sera possible (gratuitement) à partir de l’été prochain mais il n’y aura pas de rappel «puisqu’elles respectent les normes». On se demande bien à quoi va servir le plan de 50 millions d’euros qui sera lancé en mars par Renault justement pour limiter la pollution.

Emmanuelle Cosse, la secrétaire nationale d’Europe Ecologie-les Verts (EELV) a souhaité qu’une «action de groupe» soit menée contre Renault pour que les propriétaires des voitures concernées obtiennent réparation. Elle s’est aussi interrogée sur le rôle de «stratège» de l’Etat au conseil d’administration de Renault et sur son niveau d’information.

 



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