Canicule européenne: l’exception devient la norme

Le 27 juillet 2018 par Romain Loury
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Un risque multiplié par au moins 2
Un risque multiplié par au moins 2

Peut-on attribuer la canicule qu’endure actuellement l’Europe au réchauffement climatique? D’un point de vue scientifique, non. Seule certitude: ce genre d’épisode est rendu plus probable par le  changement climatique, démontre une étude rendue publique vendredi 27 juillet par un consortium de climatologues.

«Chaque fois qu’un épisode de canicule touche la France ou une autre région sensible et emblématique à la surface de la planète, la même question, légitime et importante, revient: l’action de l’homme est-elle en cause? Et, chaque fois, la réponse des scientifiques reste malaisée et difficile», rappelle le climatologue français Hervé Le Treut, directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL, Paris) dans une tribune parue jeudi 26 juillet dans Le Monde.

D’un point de vue scientifique, il est en effet très compliqué, voire impossible, d’indiquer dans quelle mesure un épisode climatique extrême est plus ou moins lié au réchauffement en cours. Seule possibilité: déterminer la probabilité pour un tel événement de se produire.

C’est ce à quoi se sont livrés les climatologues du World Weather Attribution (WWA), consortium lancé en 2014 et regroupant notamment l’Environmental Change Institute de l’université d’Oxford (Royaume-Uni), l’Institut météorologique royal des Pays-Bas (KNMI) et le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE, Paris). Le but du WWA est d’analyser l’impact du réchauffement sur les épisodes climatiques extrêmes, tels que les vagues de chaleur, les inondations ou les cyclones.

La Scandinavie en surchauffe

Les chercheurs se sont penchés sur le nord de l’Europe, qui connaît actuellement une canicule historique, avec des températures frôlant les 34°C dans le nord de la Suède. «C’est un épisode très important, les températures que nous observons en Scandinavie sont exceptionnelles, sans précédent», explique Robert Vautard, chercheur au LSCE. En cause, un anticyclone qui persiste, de manière exceptionnellement longue, depuis plus de deux mois sur le nord de l’Europe –ce que les climatologues appellent un «block».

Les experts du WWA ont analysé les vagues de chaleur de sept stations de mesure (deux en Finlande, un chacun aux Pays-Bas, Norvège, Suède, Danemark et Irlande), reprenant depuis le début du XXème siècle les températures observées sur les trois jours consécutifs les plus chauds de l’année. Leurs résultats montrent que l’épisode actuel est rendu plus probable par le réchauffement en cours.

Un risque multiplié au moins par 2

Pour la station danoise (Copenhague), la probabilité s’accroît en effet d’un facteur 5, avec un intervalle d’incertitude compris entre 2,3 et 12. Pour les Pays-Bas, le facteur est de 3,3, avec un intervalle d’incertitude compris entre 1,6 et 16. En Irlande, le facteur est de 2, l’intervalle étant compris entre 1,2 et 3,3.

Les chercheurs n’ont en revanche pu conclure pour les stations scandinaves, en raison d’une forte variabilité des températures estivales. Leurs résultats montrent toutefois clairement une tendance à la hausse de ce type d’évènement climatique extrême, du fait du réchauffement en cours.

Les résultats ne sont peut-être pas définitifs, tempèrent les chercheurs. L’été est loin d’être fini, et il réserve peut-être encore quelques (mauvaises) surprises thermiques. Dès lors, la période analysée, à savoir les trois jours les plus chauds de l’année, n’est peut-être pas celle qui sera retenue en septembre.

Une nouvelle norme se dessine

«Il sera impossible d’échapper à la logique du réchauffement : le monde devient plus chaud, et les vagues de chaleur vont devenir plus fréquentes», explique Friederike Otto, directrice adjointe de l’Environmental Change Institute à l’université d’Oxford (Royaume-Uni). «Ce que l’on considérait jusqu’alors comme exceptionnellement chaud va devenir la norme -et dans certains cas, elle l’est déjà devenue», ajoute la chercheure.

En septembre 2017, le WWA avait publié sa première étude sur l’épisode caniculaire qui avait frappé le sud et le centre de l’Europe durant l’été –avec des pics à 40°C-, montrant qu’un tel évènement serait monnaie courante au milieu du siècle.

«Nous sommes en train de découvrir les effets du réchauffement climatique au lieu d’agir réellement contre lui (…) c’est un sérieux avertissement, et un argument de plus pour nous inciter à nous adapter et à atténuer nos émissions», juge Robert Vautard.

Les pays européens ont-ils bien conscience de l’impact des futures vagues de chaleur? Pas si sûr, si l’on en croit le rapport publié jeudi 26 juillet par le comité environnement du Parlement britannique: selon ce document, le Royaume-Uni semble aussi peu préparé au niveau local que national. Les nouvelles constructions ne sont soumises à aucune exigence en matière de protection contre la chaleur, la prise en compte de l’effet «îlot de chaleur urbain» est quasi-inexistante, et les autorités semblent peu conscientes des tensions sur l’approvisionnement en eau.



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