Cancún : semaine 1

Le 06 décembre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A Cancun, les négociateurs n'ont pas pris toutes les place des touristes.
A Cancun, les négociateurs n'ont pas pris toutes les place des touristes.

Après une semaine de négociations, le sommet climatique annuel s’achemine vers un accord reprenant les grands objectifs énoncés à Copenhague l’an passé.

 

Tout va normalement mal. Tel est le résumé lapidaire que l’on pourrait faire de la première semaine de négociations de la 16 e Conférence des parties à la convention de l’ONU sur les changements climatiques (COP16) et de la 6 e Conférence des parties au protocole de Kyoto (MOP6). Comme de coutume, le sommet climatique mondial annuel a eu son lot de pseudo-coups de théâtre : le 1er décembre, le Japon a ainsi indiqué qu’il n’était pas favorable à une seconde période d’engagement du protocole de Kyoto. Motif : le texte adopté en 1997 ne contraint que les pays les plus industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Or ce sont désormais les pays émergents qui sont (et seront de plus en plus) les principaux contributeurs au renforcement de l’effet de serre.

 

Connue depuis des semaines par les négociateurs, cette position a immédiatement été endossée par la Russie, le Canada et l’Australie, trois pays qui ont toutes les raisons de vouloir quitter le régime d’un protocole qui ne leur est pas favorable. Le Canada et l’Australie ne peuvent pas tenir leurs engagements de réduction d’émission. Et s’exposent donc à des sanctions financières dès 2013. La Russie n’a jamais pu vendre autant de crédits d’émission qu’elle l’avait espéré. Sans pouvoir le dire, les Etats-Unis – qui ont signé mais pas ratifié ledit protocole - sont sur la même longueur d’onde que le quatuor de choc. L’Union européenne ne dit rien. Mais n’en pense pas moins.

 

Ce blocage est très politique. Les pays « riches » sont aujourd’hui les seuls à devoir comptabiliser et maîtriser leurs rejets de GES, financer le transfert de technologies et l’adaptation aux conséquences des changements climatiques des pays les plus faibles. Le « clan de l’OCDE » veut un meilleur partage du fardeau climatique. Ce que nous avait laissé entendre Todd Stern, l’envoyé spécial des Etats-Unis pour les questions climatiques, lors d’un récent entretien à Washington. En clair, si les pays émergents, mais surtout les pays en développement, veulent une aide financière (100 milliards de dollars par an - 75,32 milliards €/an - prévus par l’accord de Copenhague à partir de 2020) et technologique de la part des pays du Nord, ils devront se soumettre à quelques règles « simples ». D’une part, comptabiliser leurs émissions de GES, selon les méthodologies fixées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Ce que font les pays du Nord depuis un certain temps déjà. Ensuite, se fixer des objectifs de réduction d’émission réalistes et compatibles avec les objectifs climatiques globaux visés. Enfin, accepter une vérification de l’efficacité de leur politique. Cette dernière clause étant particulièrement combattue par les grands émergents, et notamment par la Chine.

 

 

Pour faire avancer la discussion, l’efficace Margaret Mukahanana-Sangarwe a présenté, en fin de semaine, une proposition de texte de compromis. Dans sa note de 33 pages, la diplomate zimbabwéenne revient à des fondamentaux en principe acceptables par la grande majorité des nations représentées à Cancún. La température moyenne globale devra augmenter de moins de 2°C entre le XVIIIe siècle et 2100. Les émissions de GES de tous les pays signataires devront rapidement culminer avant de décroître. Tout devra être engagé pour réduire la déforestation, jugée responsable d’un peu moins de 20 % des rejets de CO 2. Reprenant d’autres engagements de l’accord de Copenhague, la présidente du Groupe de travail spécial de l’action concertée à long terme au titre de la Convention intègre aussi les engagements financiers pris par les pays développés : une aide supplémentaire de 30 milliards $ (22,59 milliards €) aux pays du Sud d’ici 2012 et une manne de 100 milliards $/an à partir de 2020. On peut également citer la création d’un mécanisme facilitant le transfert de technologies propres et sobres.

 

Bien sûr, de nombreux délégués ont poussé des cris d’orfraie en feignant de découvrir un texte à la rédaction duquel ils ont collaboré. « Ce document ne répond pas à la situation critique dans laquelle se trouvent les îles et le monde », a claironné l’ambassadrice de la Grenade, Dessima Williams. La diplomate n’ignore pourtant pas que derrière des objectifs climatiques, flous en apparence, se cachent des objectifs chiffrés connus depuis… 2007. Pour rester en deçà des 2°C d’augmentation de la température, les pays les plus industrialisés devront réduire de 75 à 90 % leurs émissions d’ici 2050 (par rapport à 1990). Les pays en développement devront, a minima, faire moitié moins. Voilà pour les non-dits. Ce qui n’a d’ailleurs pas échappé à Gordon Shepherd, patron de la Global Climate Change Initiative du WWF, pour lequel le document de Margaret Mukahanana-Sangarwe « est une bonne base de négociation ». Les jours qui viennent lui donneront peut-être raison.

 

Tous les négociateurs n’étaient pas focalisés sur l’avenir de la convention de 1992 et du protocole de Kyoto. Les membres de l’Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique (OSCST) ont, par exemple, achevé la rédaction d’un projet de décision qui rendrait éligible au mécanisme de développement propre (MDP) le captage et stockage géologique de CO 2. Très attendue par les secteurs industriels très émetteurs (électricité, sidérurgie, cimenterie, aluminium), cette décision doit néanmoins être votée en session plénière par la COP16 pour entrer en vigueur. Ce qui n’est pas encore fait.



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