Cancers: le hasard battu à plate couture

Le 17 décembre 2015 par Romain Loury
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Du hasard, vraiment?
Du hasard, vraiment?
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Les cancers sont pour 70% à 90% d’origine environnementale, au sens large du terme, c’est-à-dire en y incluant des facteurs tels que l’alimentation, le tabac et la surexposition au soleil, selon des travaux publiés mercredi 16 décembre dans Nature. De quoi remettre en cause l’hypothèse du hasard, relancée en début d’année par une étude polémique.

C’était la controverse scientifique de début 2015: publiée dans Science, une étude américaine estimait que les cancers étaient à 65% liés au hasard, le reste se répartissant entre prédispositions génétiques et facteurs environnementaux. Par «hasard», il faut entendre des mutations apparaissant de manière aléatoire lors de la division des cellules souches, celles responsables de la régénération de tout tissu corporel.

Analysant 31 types de cancers, les chercheurs avaient ainsi montré que le nombre de divisions au sein du tissu concerné était étroitement lié au risque de cancer tout au long de la vie -ou plutôt à son incidence au sein d’une population. En bref, plus un tissu compte de cellules souches et plus ces cellules souches se divisent, plus le cancer devient fréquent dans la population.

Or si l’hypothèse n’est pas tout à fait infondée, l’idée qu’elle puisse être liée à deux tiers des cancers a fait bondir de nombreux experts, notamment ceux du Centre international de recherche sur le cancer (Circ, branche de l’Organisation mondiale de la santé), qui y voyait une atteinte aux principes de la prévention. Exprimant son «profond désaccord», l’organisme lyonnais balayait l’idée d’un hasard tout-puissant, rappelant que certains cancers sont plus fréquents en certains points du globe, et que d’autres sont devenus beaucoup plus courants ces dernières d’années.

Des causes indiscernables

Nouveau coup dur pour cette hypothèse, une étude publiée dans Nature par l’équipe de Yusuf Hannun, de l’université de Stony Brook (New York), révèle des résultats bien différents. Pour cela, ils ont pris un autre point de départ, plus proche de la réalité physiologique: il est impossible de séparer facteurs intrinsèques et extrinsèques. En effet, les rayons ultraviolet du soleil, les radiations ionisantes et les carcinogènes chimiques (dont ceux du tabac) entraînent des dommages de l’ADN, dont la plupart n’entraînent des mutations que lors d’une division cellulaire.

A l’aide de quatre méthodes de modélisation, les chercheurs concluent que la part extrinsèque, environnementale, l’emporte largement: elle expliquerait de 70% à 90% des cancers. Quant aux facteurs intrinsèques, à savoir le hasard de mutations plus fréquentes dans des tissus se régénérant plus vite, ils ne sont responsables que de 10% à 30% des cancers.

De quoi apporter un peu de réconfort aux experts de la prévention, douchés par l’étude de début 2015. Pour Kevin McConway, professeur de statistiques appliquées à l’Open University (une université britannique d’enseignement à distance), «ces résultats apportent des preuves convaincantes que les facteurs externes jouent un rôle majeur dans de nombreux cancers, en particulier les plus courants. Bien sûr, même si une personne est exposée à d’importants facteurs de risque externes, il n’est pas certain qu’elle développera un cancer – le hasard joue toujours un rôle».



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