Cancers dans un laboratoire lyonnais: le mystère demeure

Le 23 février 2017 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La bibliothèque de l'Insa, campus de la Doua (Villeurbanne)
La bibliothèque de l'Insa, campus de la Doua (Villeurbanne)
DR

Entre 2001 et 2014, plusieurs cas de cancer sont survenus dans un laboratoire de l’Institut national des sciences appliquées de Lyon (Insa). Simple hasard ou conséquence d’une exposition professionnelle à des agents cancérogènes? Selon une étude publiée lundi 20 février par l’agence Santé publique France, la question n’est toujours pas tranchée.

Regroupant 174 personnes en 2014, le laboratoire de recherche MATEIS (Insa/CNRS/université de Lyon) est spécialisé en sciences des matériaux, et travaille à l’élaboration et à la caractérisation de leur microstructure, notamment à l’échelle du nanomatériau. Parmi les applications, la santé, l’énergie, le transport et le bâtiment.

Or de 2001 à 2014, neuf cas de cancers sont survenus, dont la plupart chez des personnes de moins de 45 ans. Face à cette inquiétante série de cas, le directeur de MATEIS a saisi en juin 2014 la direction de l’Insa et la délégation régionale du Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Au centre des présomptions, la plateforme de microscopie électronique (Centre lyonnais de microscopie, CLYM), située dans le même bâtiment, a été fermée fin juillet 2014, et a ré-ouvert en novembre 2014 après des contrôles s’avérant négatifs. De plus, plusieurs des victimes n’avaient pas été en contact avec ces appareils.

Des cancers différents

Près de trois ans plus tard, l’origine professionnelle de cette série de cas n’est toujours pas prouvée, révèle l’étude mise en ligne lundi 20 février par Santé publique France (ex-Institut de veille sanitaire, InVS). L’agence s’est intéressée à sept cas diagnostiqués chez des personnes ayant travaillé de manière permanente ou temporaire, entre 2001 et 2014, dans les locaux du laboratoire.

Premier écueil, les sept cancers relevés, dont trois survenus entre 25 et 35 ans et trois entre 35 et 45 ans, étaient tous différents: thyroïde, ovaire, côlon, péritoine, rein, sein, lymphome de Hodgkin. Ce qui empêche toute comparaison, par type de cancer, avec des données d’incidence en population générale.

A l’exception du lymphome de Hodgkin, qui survient souvent entre 30 et 40 ans, ces cancers, dont cinq se sont avérés mortels, ont été diagnostiqués à un âge très précoce par rapport aux données en population générale.

Aucune cause évidente

Les experts de Santé publique France se sont alors intéressés aux facteurs de risque qu’auraient pu rencontrer ces personnes. De manière aussi peu concluante: «les expositions les plus fréquemment retrouvées concernent les polymères (cinq cas), les nanomatériaux (quatre cas), les poudres, particules et poussières (quatre cas), les autres produits chimiques (cinq cas), les solvants (quatre cas), les oxydes métalliques (quatre cas) ainsi que l’utilisation de technologie faisant appel à des faisceaux de rayons X (quatre cas). Ces observations sont tout à fait cohérentes avec le champ d’activité du laboratoire».

«La mise en corrélation des expositions potentielles des cas avec les facteurs de risque avérés ou suspectés ne montre pas de concordance: aucune exposition commune n’a été retrouvée entre les produits utilisés et les facteurs de risque connus à ce jour pour l’ensemble des sept typologies de cancer documentés», ajoute l’agence.

Pas de surexposition aux rayons X

Quant aux rayons X, dont la surexposition a été liée à cinq des sept types de cancers étudiés, les appareils utilisés dans le laboratoire «sont conformes aux normes et textes réglementaires et disposent des protections afférentes», rappelle Santé publique France. Et les données issues des dosimètres portés par ces personnes n’ont pas révélé de dépassement des valeurs réglementaires.

L’origine professionnelle semble donc bien difficile à établir: «du fait de leur âge jeune, les cas de ce signalement ont une durée de présence dans le laboratoire courte, ce qui limite d’autant une éventuelle durée d’exposition et un temps de latence. Ces constats ne sont pas en faveur d’un lien entre ces cancers et une exposition professionnelle au sein de ce laboratoire», conclut l’agence.

Contactées par le JDLE, ni la direction du laboratoire MATEIS, ni celle de l’Insa, n’ont donné suite aux demandes d’entretien.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus