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Cancer : les agriculteurs sont-ils vraiment moins affectés ?

Le 16 septembre 2011 par Geneviève De Lacour
La population agricole représente entre 10 et 15% de la population française
La population agricole représente entre 10 et 15% de la population française

En mars dernier, «Notre poison quotidien», le documentaire de Marie-Monique Robin, révélait au grand public que les agriculteurs étaient les premières victimes des pesticides, bien que souvent pointés du doigt car suspectés de polluer l’environnement. L’enquête Agrican (Agriculture et cancer) commandée par la Mutuelle sociale agricole a rendu ses premiers résultats et montre contre toute attente qu’un agriculteur court moins de risques de mourir d’un cancer que le reste de la population. Mais l’association Générations futures doute de la valeur scientifique de ces résultats.

Ô surprise. Les agriculteurs français sont en forme, bien meilleure en tout cas que le reste de la population. En catimini, la Mutuelle sociale agricole (MSA) a publié, en juin dernier, les premiers résultats de son enquête Agrican, lancée en 2005, et dont les résultats étaient attendus de pied ferme. Plus de 560.000 agriculteurs, membres de la MSA, répartis dans 12 départements* français ont été sollicités pour répondre à cette enquête. Des départements sélectionnés en fonction de la présence d’un registre des cancers mais aussi de la représentativité de leurs activités agricoles. 180.000 personnes ont répondu au questionnaire, des femmes plus particulièrement. Le taux de participation a dépassé les 30% et au final la cohorte se compose de 46% de femmes et de 54% d’hommes.

Que dit l’étude? Les agriculteurs meurent moins de cancer que le reste de la population. Fumant moins, ayant une alimentation plus saine et plus équilibrée et étant moins sédentaire que les autres groupes socio-professionnels, les paysans sont en général en meilleure santé. «Nous avons identifié que les membres de la cohorte ont une plus grande espérance de vie que la population en général», commente le rapport. Les hommes et les femmes de la cohorte ont respectivement 27 et 19% moins de risque de mourir d’un cancer comparativement à un homme et une femme de la population générale du même département et du même âge.

Des résultats qui étonnent vraiment François Veillerette: «La communication officielle se contente d’une présentation qui se veut rassurante mais qui est tellement édulcorée qu’elle confine à de la propagande pure et simple, et occulte le fait que les agriculteurs sont plus fréquemment touchés par certains cancers que la population générale: cancers de la prostate, des lèvres, lymphomes, entre autres…».

Ce que reproche à l’étude le porte-parole de l’association Générations futures? L’absence d’information sur l’incidence des cancers, c’est-à-dire le nombre de cas de cancer, de personnes malades, dans la population agricole française –les seuls chiffres sont relatifs à la mortalité et non à la morbidité. Il s’étonne aussi de l’absence de données sur le lien entre exposition aux pesticides et cancer. «Ce qu’on apprend aussi c’est que dans cette cohorte -très sujette à caution puisqu’elle ne couvre pas les travailleurs saisonniers, ni certaines cultures, ni les départements dans lesquels le taux de mortalité par cancer est le plus fort– seuls 48% des hommes ont eu une exposition directe aux pesticides!» Un chiffre qui paraît bien en deçà de la réalité lorsque l’on considère que seule 3% de la surface agricole utile de la France est déclarée en agriculture biologique. Ce qui signifie que les données sur la mortalité par cancer présentées pourraient être largement sous-estimées, puisque moins d’un agriculteur sur deux est concerné par l'exposition aux pesticides, dont on sait, par ailleurs, qu'ils sont un facteur de risque du cancer.

Ce vendredi 16 septembre, les résultats de l’étude Agrican devaient être présentés au Symposium de l’Institut national de médecine agricole qui se tient à Tours sur le thème «Cancer et travail en agriculture». L’occasion pour Pierre Lebailly, chercheur en charge de l’étude Agrican, d’intervenir sur «l’étude de l’Incidence des cancers et de la mortalité en milieu agricole en France».

Alors que de réelles données sur l’incidence des cancers par facteur de risque et en fonction de la zone géographique et du type de culture dans le milieu agricole étaient attendues, le chercheur a plutôt fourni un aperçu des études épidémiologiques faites aux Etats-Unis, des éléments sur le tabagisme, des informations sur la prévalence de la bronchite chronique et enfin quelques données sur la mortalité par cancer… mais rien de bien nouveau dans tout cela. «Agrican fait de la com’ mais pas de la science!», s’exclame François Veillerette. Et le porte-parole de rajouter: «Que les agriculteurs soient en meilleure santé que le reste de la population française n'est pas une nouveauté et nous nous en félicitons. Mais, décidemment, Agrican n'arrive pas à accoucher de chiffres clairs sur l'incidence du cancer chez les agriculteurs

En fin d’exposé, Pierre Lebailly a expliqué que, dans les années à venir, les chercheurs allaient travailler sur le cancer du poumon et la maladie de Parkinson, ce qui éloigne encore un peu plus de la thématique «pesticides»; et surtout qu’il faudra encore attendre 2012-2014 pour voir réaliser l’enquête de suivi, tant attendue par les associations.

 
 
 
*Calvados, Côte d’Or, Doubs, Gironde, Isère, Loire-Atlantique, manche, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Somme, Tarn et Vendée.
 
 


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