Cancer : le travail, un facteur d’inégalité

Le 14 décembre 2010 par Sabine Casalonga
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L'amiante reste la principale cause de cancer professionnel
L'amiante reste la principale cause de cancer professionnel

Un colloque sur le thème « Cancer et travail » a été organisé par l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC) et l’Institut national du cancer (INCa) ce mardi à Paris. L’occasion de présenter des résultats de travaux récents sur les facteurs de risque professionnels, comme le travail de nuit et les pesticides, et les inégalités face aux risques.

 

«  Les patients des milieux défavorisés subissent une triple peine : l’inégalité face aux risques, le cancer lui-même et l’inégalité pour le retour à l’emploi », affirme Marcel Goldberg, directeur de recherche à l’Inserm. L’inégalité face au cancer, priorité affichée du deuxième plan Cancer (2009-2013) [voir le JDLE], est un angle d’approche relativement nouveau en France. Mais c’est aussi une réalité illustrée par plusieurs travaux présentés au colloque et financés par l’INCa et l’ARC suite à deux appels à projets sur les conséquences du cancer sur les situations d’emploi, en 2006, et les facteurs de risque professionnels en 2007.

 

L’étude cas-témoin CECILE sur les facteurs de risque professionnels, conduite auprès de 2.500 femmes, dont la moitié atteinte d’un cancer du sein, en Ille-et-Vilaine et en Côte-d’Or, a été présentée par Pascal Guénel, directeur de recherche à l’Inserm. Les premiers résultats mettent en lumière un risque accru de ce cancer chez les infirmières et les ouvrières de l’industrie textile. Mais aussi chez les femmes ayant travaillé la nuit entière (23h-5h) dont le risque de cancer du sein est accru de 40% par rapport aux femmes n’ayant jamais travaillé de nuit. «  L’excès de risque est moins élevé pour les femmes travaillant en début ou en fin de nuit. Il est en revanche augmenté en cas de changements d’horaires fréquents dans la semaine et lorsque la durée du travail de nuit excède 3 ans », explique le chercheur. Ce résultat confirme les conclusions d’autres études internationales qui ont conduit le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) à classer le travail de nuit comme cancérogène probable [voir le JDLE]. En revanche, l’étude n’a pas montré de lien entre l’utilisation de substances chimiques cancérigènes, comme les solvants (benzène...) et le risque de cancer du sein. «  Cela pourrait s’expliquer par des informations insuffisamment précises sur les expositions professionnelles. Un affinage des données est en cours », précise Pascal Guénel.

 

L’étude ICARE, conduite par Isabelle Stücker et Danièle Luce, épidémiologistes à l’Inserm, auprès de plus de 8.000 personnes, a montré un excès de cancers du poumon chez les monteurs en appareillage électrique, les plombiers et les travailleurs de la construction et un excès de cancers des voies aéro-digestives supérieures (VADS) chez les femmes de ménage, les ouvrières du façonnage et de l’usinage des métaux. Le rôle de l’exposition à une soixantaine de substances sera prochainement examiné, dont l’amiante, les fibres minérales artificielles (utilisées en alternative de l’amiante), le formaldéhyde, les fumées de diesel et de soudage.

 

L’inégalité entre travailleurs permanents et travailleurs en sous-traitance et intérim face à l’exposition aux cancérigènes, l’accès à la reconnaissance des cancers professionnels et aux dispositifs de prévention, a enfin été éclairée par une étude de la sociologue Annie Thébaud-Mony (Inserm).

 

Pierre Lebailly, du Groupe régional d’études sur le cancer (Grecan), a présenté les résultats préliminaires de l’étude Agrican, la plus grande cohorte agricole mondiale sur le cancer. Plus de 180.000 personnes dont 80.000 femmes ont répondu à un questionnaire entre 2005 et 2007. «  Nos premiers résultats montrent une fréquence de cancer plus faible chez les agriculteurs que dans la population générale, notamment pour le cancer du poumon et du sein (chez les femmes). En revanche, un taux plus élevé de bronchite chronique, éventuellement lié à l’usage de pesticides, a été relevé. ». Il faudra cependant attendre l’analyse des registres de cancers à partir de fin 2010, et jusqu’en 2020, pour pouvoir conclure sur le lien entre exposition aux pesticides et cancer.

 

Marcel Goldberg a d’ailleurs rappelé le besoin de poursuivre la recherche. «  Le Circ a identifié une petite centaine de substances comme cancérogène, mutagène ou reprotoxique (CMR) de classe 1 (effets ‘avérés’ chez l’homme) mais elles sont beaucoup plus nombreuses en classe 2A (effets ‘probables’), il faut donc continuer le travail ».

 

Une autre série d’études a abordé les difficultés de retour à l’emploi après un cancer. Là encore, les catégories socioprofessionnelles défavorisées sont les plus touchées (un ouvrier sur 2 a un emploi deux ans après un cancer, contre 3 sur 4 chez les professions intermédiaires, artisans, commerçants ou chefs d’entreprise). Autre enseignement : la communication entre médecin du travail et médecin traitant reste très limitée. Une lacune qui pourrait être surmontée par la mise en place du programme personnalisé de l’après-cancer (PPAC), une concertation formelle à la fin de la phase du traitement, incluant travailleurs sociaux, infirmières et médecins du travail, prévue dès 2012 par le plan Cancer II. «  Les médecins devront mieux prendre en compte l’histoire personnelle des patients afin notamment d’améliorer le repérage des cancers professionnels, actuellement sous-déclarés », estime Dominique Maraninchi, président de l’INCa.

 

Un dispositif de suivi post-professionnel des expositions à l’amiante destiné aux retraités récents existe pourtant depuis 1993. Pour favoriser un recours à cet outil sous-utilisé, la Haute autorité de santé (HAS) a publié en mai dernier des préconisations incluant une visite médicale de fin de carrière. «  En dépit des recommandations de la HAS , des réticences fortes demeurent au niveau du ministère pour généraliser les expérimentations », affirme cependant Marcel Goldberg.

 

 

 

 



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