Cancer et environnement: l’Afsset prône un «changement de paradigme»

Le 03 juillet 2009 par Sabine Casalonga
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chimie 3
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Dans son avis sur l’expertise de l’Inserm «Cancers et environnement» rendu public hier, l’Afsset prône l’application du principe de précaution par la réduction des expositions aux facteurs de risque, qu’ils soient avérés ou suspectés, en priorité chez les plus vulnérables. Certaines recommandations figureront dans les prochains plans gouvernementaux.

«L’environnement explique sans aucun doute la hausse de l’incidence actuelle des cancers», souligne Gérard Lasfargues, chargé de l’expertise en santé environnement à l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset). De fait, les facteurs environnementaux sont suspectés d’être en partie responsables de l’augmentation du nombre de cancers depuis 1980 –estimé de 35% chez les hommes et de 43% chez les femmes en France en taux d’incidence annuel (en prenant en compte l’évolution démographique). Objet de controverse, la part de l’environnement dans l’origine des cancers varierait de 1 à plus de 50%. En réalité, cette estimation est difficile à réaliser au regard de la diversité des substances chimiques considérées, ainsi que du manque de données sur l’action synergique de multiples polluants à faible dose et sur les mécanismes biologiques à l’origine de nombreux cancers. D’après les études récentes, les facteurs environnementaux interagiraient avec d’autres facteurs (génétiques, métaboliques).

Rendue publique en octobre 2008 (1), l’expertise collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a justement évalué le rôle des facteurs environnementaux avérés (amiante, radiations ionisantes etc.), et suspectés (pesticides, polluants de l’air, ondes électromagnétiques, etc.) dans la survenue de 9 types de cancer (2) en forte augmentation depuis 25 ans. Dans son avis, l’Afsset a repris les principales conclusions de l’expertise, complété les recommandations sur la base d’auditions réalisées avec des associations, des juristes et des experts, mais aussi ajouté ses propres recommandations en matière de recherche, évaluation et gestion des risques.

L’Afsset plaide pour un «changement de paradigme» en matière de réglementation, visant à compléter la stratégie actuelle fondée sur l’évaluation du danger des substances (caractère cancérogène) par une approche d’évaluation des risques sanitaires. En effet, l’exposition d’un grand nombre de personnes à un agent cancérogène à faible dose induit le même impact sur la santé qu’une exposition à forte dose d’un petit nombre de personnes. L’Afsset déplore ainsi que la réglementation Reach ne concerne que les substances produites à un volume élevé sans tenir compte des niveaux d’exposition réels.

«Le dichlorométhane, une substance produite à 11.000 tonnes par an, très utilisée dans l’industrie (plastique) et dans des produits courants (cosmétiques, pneus) est associée à une exposition forte de la population. Pourtant la réglementation n’impose pas de règles contraignantes puisqu’il est classé cancérogène de catégorie 3 [effet suspecté mais non avéré, en raison d’un manque de données épidémiologiques], explique Martin Guespereau, directeur général de l’Afsset. Nous estimons qu’il faut agir dès maintenant en appliquant le principe de précaution». L’Afsset proposera bientôt une révision de la valeur-limite d’exposition professionnelle (VLEP) pour cette substance.

La coexistence de plusieurs classifications, à l’échelle française, européenne ou internationale, est également source de confusion. A titre d’exemple, le formaldéhyde classé cancérogène de catégorie 1 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) est classé catégorie 3 par l’UE (3). Or, cette classification joue un rôle en procédure pénale pour la détermination de la faute et de la réparation du préjudice subi. Parmi les autres recommandations de l’Afsset figurent en milieu professionnel la substitution des substances cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR) ou à défaut la réduction des expositions, le renforcement des contrôles réglementaires, des actions d’information, de sensibilisation et de formation et l’amélioration de la surveillance des cancers et des populations exposées.

Côté recherche, l’Afsset plaide également pour un nouveau modèle fondé sur un renforcement des études d’exposition, l’utilisation des biomarqueurs et l’interdisciplinarité avec le recours aux sciences humaines et sociales mais aussi le développement de l’approche socio-économique. «Les inégalités d’exposition aux facteurs environnementaux en fonction des catégories professionnelles, du sexe ou de l’âge, méritent d’être prises en compte», souligne Martin Guespereau.

Autre nouveauté, l’Afsset souhaite que les études de coût-bénéfice, très fréquentes aux Etats-Unis mais rares en France, soient introduites dans le débat afin d’influencer les décideurs. «On peut ainsi évaluer à 130.000 euros le bénéfice sanitaire et social de la prise en compte des fibres courtes d’amiante dans la réglementation telle que préconisée par l’Afsset dans un avis récent (4)», souligne Martin Guespereau. Certaines recommandations de l’Afsset devraient être incluses dans les prochains plans gouvernementaux: PNSE 2 (5) plan Cancer, et plan Santé au travail.

(1) Dans le JDLE «Cancers et environnement: forts soupçons sur les pesticides»
(2) Cancers du poumon, du sein, de la thyroïde, de l’ovaire, du testicule, de la prostate, mésothéliomes, tumeurs cérébrales et hémopathies malignes (leucémies, lymphomes)
(3) Dans le JDLE «Formaldéhyde au travail: l’Afsset préconise de renforcer la prévention»
(4) Dans le JDLE «Amiante: vers un durcissement de la réglementation?»
(5) Plan national santé environnement 2 (2009-2013)



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