Canada : le feu de la colère climatique?

Le 09 mai 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Des incendies qui se voient de loin.
Des incendies qui se voient de loin.
NASA

Les incendies qui ravagent l’agglomération de Fort Mc Murray ne sont peut-être pas imputables aux changements climatiques. Mais ils annoncent le futur proche.

Les conséquences des incendies qui ravagent le nord-est de la province canadienne de l’Alberta seront lourdes. Une semaine après leur déclenchement, près de 90.000 personnes ont été évacuées, non sans difficultés, de Fort McMurray.

Capitale albertaine de l’exploitation des sables bitumineux, cette ville-champignon[1] a, plusieurs heures durant, été menacée par les flammes. Dans les premières heures de la matinée de lundi 9 mai, le danger semblait écarté.

15 fois la surface de Paris

Le vent repousse les flammes vers l’est, ce qui inquiète les autorités de la province voisine de la Saskatchewan. Retombées à un niveau normal pour la saison[2], les températures vont permettre au millier de pompiers mobilisés de lutter plus efficacement contre la cinquantaine de foyers, qui ont déjà anéanti 161.000 hectares de forêts (15 fois la superficie de Paris).

Employant 10% des Albertains, l’industrie pétrolière locale reste menacée. Le feu a pénétré le périmètre de la mine de sables bitumineux de Suncor. La compagnie canadienne annonce avoir achevé l’évacuation de ses 10.000 employés. Ses concurrents, Shell, Huski, ConocoPhilipps et Total, ou Nexen avaient fait de même dans le courant de la semaine.

Les pétroliers font leurs comptes

Si écologiquement, le bilan de l’incendie géant ne peut être encore dressé, les compagnies pétrolières commencent à faire leur compte. L’arrêt des activités minières de la région réduit de 1 million de barils[3] par jour la production pétrolière de l’Alberta: le quart de la production quotidienne du Canada. Une évolution saluée comme il se doit par les courtiers: ce matin, lors des premiers échanges à la bourse de New York, les prix de l’or gagnaient en moyenne 1 dollar (+ 2% environ).

Mais là n’est pas la principale préoccupation des pétroliers. Si la pluie ne tombe pas rapidement sur la région sinistrée, affirment-ils, les raffineurs du Mid-West américains pourraient devoir interrompre leur production de produits raffinés (essence, gazole, kérosène).

La pluie ou rien

Or les pompiers ont prévenu: sans eau du ciel, les feux pourraient menacer la région de Fort McMurray pendant plusieurs mois. Ce qui n’est pas pour rassurer Energie atomique du Canada Limitée (EACL). En charge de la gestion des déchets nucléaires, EACL rappelle que 43.282 m3 de terres contaminées par de l’uranium sont entreposées dans le ‘monticule’ de Beacon Hill, situé à une dizaine de kilomètres de Fort McMurray. Interrogé par Radio Canada, l’exploitant pense que le site a été touché par le feu, sans plus de précisions. La terre ne brûlant pas, les risques de dispersion de la radioactivité sont faibles.

Au plan sanitaire, les Albertains ont eu chaud. Samedi, les bulletins de prévision de la qualité de l’air du ministère fédéral de l’environnement faisaient état de risques (pulmonaires) «très élevés» dans l’agglomération de Fort McMurray, ainsi que dans la vallée de l’Athabasca. Avec le changement de régime du vent, la concentration en particules fines a considérablement diminué. Et le risque avec.

La cause de ce gigantesque incendie n’est pas connue. Chad Morrison, le patron du service de prévention des incendies de la province, souligne qu’en «cette période de l'année, les feux de forêt sont généralement d'origine humaine. Mais nous avons également vu des feux provoqués par la foudre». 

Un effet du réchauffement?

Le réchauffement climatique favorise-t-il la survenue de tels cataclysmes? Pas impossible. Chaque année, le Canada déplore la destruction par le feu de 2,3 Mha de forêts, de bois, de prairies et de steppes. Dans les régions boréales du Nord-Ouest, les feux sont de plus en plus dévastateurs, «et cette augmentation est attribuable en partie au changement climatique», indique-t-on au ministère des ressources naturelles. En raison d’un accroissement du régime des précipitations, les chercheurs canadiens observent le mouvement inverse dans la forêt boréale du sud du pays.

Sans discussion possible, le nombre de feux géants qui ravagent les massifs canadiens progresse. En 2003, des incendies géants ont dévasté les régions de Kelowna et de Kamloops (Colombie britannique) et provoqué l’évacuation de plus de 40.000 personnes. Depuis 2009, cette même province a connu une quinzaine de sinistres comparables. Et il n’est pas prévu d’accalmie.

«Au cours du XXIe siècle, le changement entraînera une augmentation de la fréquence des feux de végétation dans bon nombre de forêts de la région boréale et ces feux auront de graves répercussions environnementales et économiques», concède-t-on à Ottawa. Autour de Vancouver, la surface de forêts brûlées passera, à court terme, de 8.000 à 19.000 ha/an, estime le ministère provincial des forêts.



[1] Population estimée à 100.000 habitants en 2013 (source wikipédia)

[2] Il fait désormais 15°C dans la région, contre 30°C la semaine passée.

[3] 1 baril = 159 litres

 



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