Camions au GNL: enfumage en vue

Le 19 septembre 2019 par Victor Miget
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 Les camions GNL recrachent jusqu’à cinq fois plus d’oxydes d’azote (Nox) que les diesels.
Les camions GNL recrachent jusqu’à cinq fois plus d’oxydes d’azote (Nox) que les diesels.
Volvo

Censé réduire les émissions des poids lourds, le gaz naturel liquéfié (GNL) polluerait bien plus que prévu, selon une étude diffusée ce 19 septembre par l'Organisation Transport&Environment (T&E).

 

Le GNL plus propre ? Pas si sûr. Une étude réalisée par l'organisme de recherche indépendant TNO et diffusée par l'ONG européenne T&E révèle que les camions roulant au GNL rejetteraient autant, voire plus d'émissions toxiques que les diesels.

Commandés par le gouvernement néerlandais, les travaux comparent les émissions de camions roulant au GNL à ceux circulant au diesel. Les véhicules, six modèles diesel de classe Euro VI fabriqués en 2013 et trois GNL Euro VI de 2017 (des marques Scania et Iveco) et 2018 (Volvo), ont été testés dans des conditions de conduite en ville, sur nationale et autoroute.

N0x et particules fines ? Présents !

Et les résultats parlent d'eux-mêmes. Les camions GNL recrachent jusqu’à cinq fois plus d’oxydes d’azote (Nox) que les camions diesel. T&E déplore des résultats qui vont à l’encontre des déclarations des fabricants, selon lesquelles les véhicules GNL voient leurs émissions de NOx baisser de plus de 30 %.

Côté particules fines, s'ils font mieux que le gazole, ils en recrachent néanmoins en grande quantité (cf tableau). Les constructeurs affirment pourtant qu’avec l’utilisation du GNL :« les émissions de particules sont pratiquement toutes éliminées ou réduites de 95% par rapport au diesel ». « Les rapports de TNO montrent que ces affirmations sont fausses. En réalité, les camions Scania et Iveco testés ont émis des quantités de particules par kilomètre relativement importantes dans des conditions de conduite urbaine.», explique T&E.

Côté gaz à effet de serre (GES) les camions au gaz font à priori mieux. Leurs émissions sont réduites de 3% à 14% par rapport au diesel. Sauf que l'impact climatique du processus d'extraction et du transport du GNL n'est pas pris en compte dans ce calcul. Or : «les émissions provenant de la production et du transport du gaz sont en général 26% supérieures dans l’UE à celles du diesel fossile.», selon T&E.

Changer de cap

Stef Cornelis, responsable des camions propres au sein de T&E, a indiqué : «Il est temps que les responsables politiques réexaminent les preuves et en finissent avec les subventions dédiées aux camions au gaz, les investissements en infrastructures GNL et les réductions fiscales accordées à ce qui est tout simplement un autre carburant fossile polluant. »

Parce que oui, le GNL est appréhendé en Europe comme un levier important afin de diminuer les émissions des transports terrestres. En France, le plan énergie climat prévoit de multiplier par dix le nombre de stations-service au GNL. Elles étaient 82 en 2018 et devraient être 840 à horizon 2028. L’Italie elle, accorde une réduction fiscale de 99,5% au gaz par rapport au diesel. Ses pertes de revenus fiscaux sont de 675 millions d’euros chaque année.

«Les réductions fiscales ne sont pas aussi importantes dans les autres États membres, mais les pertes de revenus annuelles sont tout de même de l’ordre de 143 millions d’euros en Espagne, 62 millions d’euros en Allemagne et de 50 millions d’euros en France», détaille T&E. L'ONG demande également à la Commission européenne de réorienter ses aides à la recherche. Invitant l'institution à soutenir au contraire les technologies hybrides et électriques, voire à hydrogène.

 


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