Camargue: une biodiversité en forte évolution

Le 20 décembre 2019 par Romain Loury
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La fouine, nouvelle arrivante en Camargue
La fouine, nouvelle arrivante en Camargue
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Depuis 40 ans, la biodiversité camarguaise connaît une forte évolution du fait des activités humaines, notamment agricoles. Si certaines espèces déclinent, dont les amphibiens et les libellules, d’autres, comme les oiseaux, ont en revanche connu une embellie, révèle une étude publiée dans PLoS ONE.

 

Plus grande zone humide de France, la Camargue est une région à la biodiversité singulière, aussi bien végétale qu’animale. Or ce patrimoine unique a connu de profonds changements depuis les années 1970, et ce à travers divers groupes d’espèces, comme le révèle l’étude menée par Sara Fraixedas, chercheuse à la Tour du Valat[i] (Arles), et ses collègues.

Les chercheurs ont fait appel à 68 experts de la faune et de la flore camarguaise, dont des employés de la Tour du Valat, de la réserve naturelle nationale de Camargue, ainsi que des naturalistes amateurs. Lors de plusieurs réunions, ces fins connaisseurs devaient livrer leur avis sur la présence et les tendances de diverses espèces.

Amphibiens et libellules s’effacent

Pour trois groupes d’espèces, à savoir les amphibiens, les odonates (libellules) et les orthoptères (sauterelles, grillons, criquets), le déclin semble net. Contacté par le JDLE, Thomas Galewski, chef de projet à la Tour du Valat et co-auteur de l’étude, évoque «de forts changements de l’occupation des sols depuis l’après-guerre, jusqu’à la fin des années 1980».

Première cause évidente, le développement agricole. Primo, la mise en culture de pelouses, milieux herbacés camarguais très riches en plantes, ainsi que l’assèchement de marais et mares temporaires, pourrait avoir fortement réduit l’habitat des amphibiens et des odonates. Secundo, l’épandage de pesticides, auxquels les têtards et les larves de libellules sont très sensibles.

De nouvelles espèces d’oiseaux

A l’inverse, les plantes et les oiseaux semblent mieux se porter qu’il y a 40 ans. Parmi ces derniers, les oiseaux d’eau vivant en colonies, tels les hérons, les ibis et les spatules, dont certaines espèces, comme les grandes aigrettes, sont même nouvelles dans la région. Idem pour les rapaces, mieux portants qu’au début des années 1970.

Selon Thomas Galewski, un meilleur statut de protection, notamment lié à la directive Oiseaux de 1979, a probablement joué. Pour les rapaces, l’interdiction de certains pesticides, notamment le DDT, a aussi pu favoriser l’embellie. Autre piste, les rizières ont aussi pu faciliter l’arrivée des oiseaux d’eau, en créant de plus grandes surfaces d’habitat estival.

Résultats variables chez les mammifères

Quant aux mammifères, les tendances sont «plus contrastées», note Thomas Galewski. Certaines espèces ont ainsi fait leur apparition en Camargue, dont la genette, la fouine, la martre des pins, peut-être revigorées par la fin des piégeages. A l’inverse, d’autres mammifères déclinent, telles les chauves-souris et le campagnol amphibie.

«Nous observons des tendances différentes, avec des groupes en baisse, d’autre en hausse. Pour les plantes, on note une certaine stabilité, voire une légère augmentation, mais elle est beaucoup due à des espèces nouvelles, voire à des espèces exotiques envahissantes», explique Thomas Galewski.

Si la situation camarguaise est «sans doute moins préoccupante» que celles d’autres zones humides méditerranéennes, certains statuts, comme la réserve naturelle nationale et la convention de Ramsar, «n’offrent probablement pas une protection suffisante» lorsque les deux tiers du territoire sont cultivés, ajoute le chercheur.



[i] Fondé en 1954 par le Suisse Luc Hoffmann, petit-fils du fondateur des laboratoires Hoffmann-La Roche (désormais Roche), le Domaine de la Tour du Valat est une station de recherche biologique, au statut de fondation à but non lucratif, spécialisée dans la conservation des zones humides méditerranéennes. Elle est reconnue d’utilité publique depuis 1978.