Californie : la guerre de l’eau aura-t-elle lieu?

Le 24 octobre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En Californie, on paie pour arrêter l'irrigation.
En Californie, on paie pour arrêter l'irrigation.

Pour alimenter les villes, les autorités californiennes rachètent l’eau destinée à l’irrigation. Ce qui pourrait de nouveau transformer le Golden State en désert.

A la fin du XIXe siècle, le sud de la Californie n’est qu’un désert poussiéreux où il ne fait pas bon s’établir. Mais en 1891, le tumultueux Colorado sort de son lit avec un tel entrain que la crue finit par créer une véritable mer intérieure. La Salton Sea et ses trois affluents ne passent pas longtemps inaperçus. Rapidement, la région est mise en coupe réglée par les agriculteurs qui irriguent à tout bout de champ.
 
Jadis désertiques, l’Imperial Valley ou la bien nommée Palo Verde Valley deviennent d’importantes régions agricoles. Et le sont restées. Mais cette vocation centenaire pourrait se noyer sous les intérêts financiers des agriculteurs et la soif inextinguible des Californiens des villes.
 
Une soif que les autorités ont de plus en plus de mal à étancher. La faute aux fréquents épisodes de sécheresse, à l’accroissement démographique, à la vieillesse des aqueducs et des réseaux de distribution d’eau potable, aux prélèvements croissants dans le delta des rivières Sacramento et San Joaquin (situé au nord de l’Etat, le delta alimente une bonne partie des zones urbanisées de l’ouest et du sud de la Californie). La faute aussi à la consommation effrénée des Californiens: 889 litres d’eau par jour, soit 6 fois plus qu’un Français!
 
Bref, le développement du plus riche Etat américain est en jeu. Le gouvernement fédéral prend donc les choses en main. En 2003, le ministère fédéral de l’intérieur autorise les riverains du Colorado à exporter jusqu’à 10% de leurs quotas d’eau vers l’ouest de la Californie. Ce qui représente tout de même un transfert de 400.000 tonnes d’eau par an.
 
Depuis, la situation s’est considérablement dégradée. En charge de l’approvisionnement en eau de Los Angeles et des comtés d’Orange, San Diego, Riverside, San Bernardino et Ventura, le Metropolitan Water District of Southern California (Met) met en concurrence les agriculteurs de l’est de l’Etat.
 
A ceux avec lesquels il peut traiter en direct (comme dans la vallée de Palo Verde), le Met propose le deal suivant: pour chaque hectares qui n’est plus irrigué, l’agriculteur perçoit une prime annuelle de 1.268 dollars (912 euros), en compensation de l’arrêt de sa production.
 
Dans l’Imperial Valley, c’est le comté qui négocie avec le Met. Et les primes sont 7 fois moins élevées qu’à Palo Verde.
 
Car les risques que fait courir ce marché de l’eau ne sont pas nuls. L’essentiel de l’activité de ces zones est agricole. Et moins de champs à cultiver, c’est aussi moins de main-d’œuvre, de matériel et d’intrants à acheter. Les métayers et les distributeurs de matériels agricoles ne voient pas la chose d’un bon œil.
 
La diminution des surfaces irriguées pourrait aussi rapidement ramener la région à sa condition désertique originelle. Dans la vallée de Palo Verde, le tiers des terres agricoles sont désormais asséchées.
 
Dans l’Imperial Valley, on n’en est pas encore là: les cultures ont déserté 7.200 hectares, soit 3,6% de la surface agricole locale. Mais certains agriculteurs poursuivent en justice le Comté pour pouvoir négocier leur quota d’eau directement avec le Met. «Si nous exportons davantage d’eau, nous hypothéquons notre futur», explique au New York Times, Gary Wyatt, le patron de la gestion de l’eau de l’Imperial Valley.
 
Mais les tentations sont décidément nombreuses dans ces vallées isolées. Car, après les métropoles qui courent après l’eau, ce sont les compagnies d’électricité qui sont à la recherche de terrains propices à l’installation de centrales solaires. Des terrains secs, de préférence…
 


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