Cacahuètes: l’éviction préventive favorise l’allergie

Le 26 février 2015 par Romain Loury
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Plutôt que l'éviction, la désensibilisation préventive
Plutôt que l'éviction, la désensibilisation préventive
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Comment éviter qu’un enfant devienne allergique aux cacahuètes? Tout simplement en lui en donnant très jeune, confirme une étude britannique publiée dans le New England Journal of Medicine. De quoi discréditer pour de bon les recommandations qui prônaient leur éviction totale chez les bébés à terrain allergique.

Face à la montée des allergies alimentaires, il est devenu la norme, vers la fin des années 1990, de déconseiller aux femmes enceintes la consommation de cacahuètes et de fruits à coque, et d’éviter d’en donner à leurs enfants avant l’âge de trois ans, du moins avec un terrain familial allergique. Sans résultat probant, puisque les allergies n’ont cessé d’augmenter depuis.

Face à cet échec, de nombreuses sociétés savantes ont revu leurs recommandations: en 2008, l’Académie américaine de pédiatrie (AAP) a ainsi considéré qu’il n’y avait aucune raison de retarder l’introduction d’aliments à risque.

Résistant encore et toujours à l’envahisseur, la Société française de pédiatrie continue à prôner chez les enfants à risque l’éviction d’aliments à risque et sans intérêt nutritionnel particulier (kiwi, céleri, arachide, fruits à coque, crustacés) jusqu’à au moins un an. Dans la pratique, certains pédiatres vont jusqu’à conseiller l’éviction même sans terrain allergique.

A tort, révèlent George du Toit, pédiatre allergologue au King’s College London, et ses collègues. En 2008, les chercheurs avaient déjà trouvé que des enfants juifs vivant au Royaume-Uni étaient 10 fois plus souvent allergiques aux cacahuètes que des enfants israéliens. Pour eux, la différence venait de pratiques différentes, les Israéliens donnant de l’arachide à leurs enfants vers l’âge de 7 mois, les Britanniques pas avant un an.

Près de 90% d’allergies en moins

Restait à le prouver par une étude contrôlée, au-delà des observations épidémiologiques. Pour cela, les chercheurs ont réparti 640 enfants âgés de 4 à 11 mois, souffrant soit d’un eczéma soit d’une allergie aux œufs, en deux groupes: les premiers devaient suivre une éviction totale, tandis que les seconds en prenaient au moins 6 grammes par semaine.

A l’âge de 5 ans, les résultats étaient sans appel. Les enfants ayant consommé des cacahuètes avaient 86,1% moins de risque d’être allergiques aux cacahuètes: au lieu de 13,7% dans le groupe éviction, seuls 1,9% l’étaient chez les enfants exposés à l’aliment. Ce qui n’est pas sans évoquer les résultats d’une étude publiée en janvier 2014, qui avait révélé le même phénomène chez les femmes enceintes.

Reste à savoir si, après être revenues sur leurs recommandations, les sociétés savantes de pédiatrie, dont la française, ne devraient pas aller plus loin en prônant l’introduction précoce d’allergènes à risque. Pour Rebecca Gruchalla et Hugh Sampson, allergologues américains auteurs d’un éditorial du NEJM, il est trop tôt pour le dire: il s’ait au préalable de définir à partir de quelle dose la stratégie serait efficace. Et reste à savoir si le même phénomène serait observé avec d’autres allergènes, comme les œufs, le lait et les fruits à coque, toujours chez des enfants à terrain allergique.



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