Ça c’est passé au mois d’août

Le 26 août 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les vagues de chaleur qui ont frappé l'Europe au début de l'été ont été accentuées par le réchauffement.
Les vagues de chaleur qui ont frappé l'Europe au début de l'été ont été accentuées par le réchauffement.

Des canicules, aux bébés sans bras, de la séquestration géologique du carbone, au mystérieux black-out britannique, l’actualité environnementale et climatique a été particulièrement riche, ce mois-ci.

 

Implacable logique du calendrier, le premier événement environnemental de cette revue du mois d’août s’est déroulé en… juin et en juillet. Il s’agit, sans surprise, des vagues de chaleur qui a tant fait souffrir l’Europe occidentale durant la dernière semaine des premiers mois de l’été. Dans les deux cas, des records de température, diurnes et nocturnes, ont été battus, mais pas forcément aux mêmes endroits.

Qu’en déduire ?

D’abord, que nos sociétés semblent s’adapter à ce genre d’événements climatiques extrêmes. Même si le bilan sanitaire de ces deux crises de chaud ne sera pas connu avant la fin de l’année, quelques estimations circulent déjà. Aux Pays-Bas, l’agence nationale de statistiques estime que les fortes chaleurs de la dernière semaine de juin et de juillet ont tué près de 100 personnes par semaine. C’est quatre fois moins que lors de la canicule de l’été 2006, rappelle Statistics Netherlands.

Est-ce là l’un des effets du réchauffement ?

Sans doute. Météo France constate que «les vagues de chaleur ont été deux fois plus nombreuses au cours des 34 dernières années que sur la période antérieure. Les événements plus longs et plus intenses ont également été plus fréquents ces dernières années.» En étudiant les résultats de modélisation et les observations météorologiques réalisées en Allemagne, France, Pays-Bas et Royaume-Uni, une douzaine de climatologues européens incriminent le changement climatique. Sans réchauffement, concluent-ils, les températures auraient été de 1,5 à 3°C plus fraîches que celles mesurées durant la dernière semaine de juin 2019.

Sans surprise, juillet 2019 est le mois de juillet le plus chaud jamais recensé. Le service d’observation européen Copernicus estime que les températures moyennes globales ont été supérieures de 0,56 °C à celles des mois de juillet de la période climatique de référence (1981-2010). Diagnostic confirmé par l’agence américaine de l’océan et de l’atmosphère. La NOAA pronostique déjà que 2019 sera l’année la plus chaude depuis 140 ans.

Chevron séquestre son CO2 australien

A elle seule, la dernière opération de Chevron n’inversera pas cette tendance, mais elle pourrait contribuer à réduire l’empreinte carbone de l’industrie pétrogazière. Le 8 août, la filiale australienne du pétrolier texan a annoncé la mise en route du système de captage stockage géologique de CO2 (CSC) de son site de Gorgon. Situé au large des côtes de l’Australie occidentale, Gorgon est l’un des principaux sites d’extraction de gaz naturel de l’île-continent et de production de gaz naturel liquéfié. L’une des conditions mises par le gouvernement régional à l’acceptation de ce projet industriel de 40 milliards de dollars était de séquestrer une partie du gaz carbonique produit (le gaz extrait du sous-sol en contient 14 %) dans des structures géologiques étanches.

Après plusieurs années de retard, l’installation de CSC est finalement entrée en action. En rythme de croisière, elle devrait envoyer 3 à 4 millions de tonnes de gaz carbonique par an dans les oubliettes géologiques du Pacifique. Chevron indique ainsi réduire de 40 % le bilan carbone de son site qui était jusqu’à présent dans le top ten des émetteurs australiens de CO2.

Aramco veut séduire les investisseurs verts

Et à propos de bilan carbone, la surprise est venue d’Arabie. Le 12 août, Aramco a publié, pour la première fois de son histoire, l’intensité carbone de sa production d’hydrocarbures. La nouvelle peut sembler anecdotique : elle ne l’est pas. Voilà plusieurs années que le gouvernement saoudien tente d’introduire en bourse une partie du capital de sa compagnie nationale, évalué à plus de 1.500 milliards de dollars. Le bilan carbone des entreprises étant désormais un critère de choix des investisseurs, les compagnies pétrolières en quête d’argent frais doivent convaincre qu’elles polluent moins que les autres. Et avec une intensité carbone de 10,2 kg de gaz à effet de serre par baril équivalent pétrole produit, Aramco place la barre très haute. Disposant de réserves pétrolières faciles à exploiter, le pétrolier saoudien émet 2 fois moins de gaz carbonique par baril que l’ENI et quatorze fois moins que Total. Un argument de choix pour les fonds d’investissement ?

Les territoires contre la Maison blanche

Possible. Et ils ne sont plus les seuls à s’activer en faveur d’une économie décarbonée. Les juristes ne sont pas loin derrière. Mi-août, 29 états fédérés et collectivités ont engagé un bras de fer judiciaire contre la Maison blanche. En portant l’affaire devant les tribunaux, cette coalition territoriale essaye d’empêcher l’administration de Donald Trump de détricoter complètement le Clean Power Plan (CPP). Adopté, en 2014, sous la présidence de Barack Obama, le CPP impose aux centrales thermiques à flammes d’abaisser de 40 % leurs émissions entre 2005 et 2030. De quoi porter un coup fatal aux vieilles centrales au charbon, désormais soutenues par Donald Trump. Depuis que la Cour suprême US considère le CO2 comme un polluant devant être régulé, Washington ne peut s’affranchir de toute régulation. D’où la tentation du gouvernement fédéral de vider le CPP de sa substance en lui substituant un Affordable Clean Energy Rules bien plus laxiste. Et la réponse judiciaire des territoires.

Avant le Brexit, le black-out

L’Europe a eu chaud en ce mois d’août. Et pas seulement à cause de la canicule. Le 9 août, le Royaume-Uni surchauffé subit une série d’orages violents. A 16 h 52, un éclair frappe une ligne de transport d’électricité située dans le nord de Londres. Immédiatement, la ligne THT se déconnecte, avant de se remettre en circuit. Normal, en pareille circonstance. Ce qui l’est moins, c’est qu’au même instant, deux importantes centrales électriques se sont déconnectées du réseau: la centrale à gaz de Little Barford et le parc éolien marin d’Hornsea. A elles deux, ces deux installations représentent une capacité de production de 1.400 MW. C’est 400 MW de plus que la puissance des centrales de réserve.

Conséquence immédiate: la fréquence s’effondre à 48,8 Hz, contre 50 Hz habituellement. National Grid, le responsable de l’équilibre, a pris la seule décision qui permettait de secourir le réseau britannique: couper l’approvisionnement à 5 % des consommateurs pour rétablir la fréquence. Une demi heure durant, ce sont plus de 1 million d’usagers, d’entreprises qui ont été privés d’électrons, le temps de restaurer la stabilité du réseau. En période de forte consommation, cet incident grave aurait pu avoir des répercussions sur le continent, comme ce fut le cas lors de la Toussaint 2006. Reste à savoir pourquoi deux centrales, distantes de plusieurs dizaines de kilomètres l’une de l’autre, ont ainsi disjoncté. L’enquête est en cours.

Alors qu’Albion cherchait à retrouver ses électrons, des parents français tentent de faire la lumière sur le mal qui frappe leur enfant. Le 9 août toujours, la première plainte dans l’affaire des bébés sans bras a été déposée par les parents d’un garçon né en 2012 dans l’Ain. Rendue publique le 19 août par France Info, cette procédure a été engagée devant le pôle de santé publique du tribunal de Marseille. Elle vise à obliger la justice à ouvrir un dossier rapidement fermé par les autorités sanitaires françaises, mi-juillet.

Chère, la compensation allemande

En vacances, on oublie, paraît-il, tout. Les compagnies aériennes n’oublient pas la pression populaire qui s’exerce désormais sur tous les secteurs économiques fortement carbonés. Et cherchent des moyens d’alléger leur bilan carbone. En attendant le décollage de l’hypothétique avion électrique, Lufthansa vient de mettre en ligne un site de compensation des voyages aérien. Baptisé Compensaid, il offre aux passagers la possibilité aux passagers de réduire leur «honte de l’avion». Deux solutions s’offrent à eux.

Primo: acheter, moyennant une prime payée sur leur billet, un quota de kérosène de synthèse réputé neutre en carbone que la compagnie allemande s’engage à consommer dans les 6 mois suivant le voyage. Pour compenser les émissions produites par un vol Francfort-New York, il en coûtera tout de même 374 euros.

Secundo: financer des projets de reboisement. Une prestation facturée deux fois moins cher que le kérosène hi-tech.

Dans la même veine, Air France, casse les prix. La compagnie tricolore propose à ses passagers de planter des arbres, via un don versé à l’association A Tree For You. Selon que l’on plante des tilleuls dans le Tarn ou que l’on restaure la mangrove à Bali, il en coûte de 5 à 3 euros par spécimen. A ce tarif, pourquoi se priver de verdir la planète ?



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