C’est grave, docteur?

Le 10 mars 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Les zones évacuées. En rouge, pas de retour possible ; en jaune, retour envisageable ; en vert, retour prochain.
Les zones évacuées. En rouge, pas de retour possible ; en jaune, retour envisageable ; en vert, retour prochain.
IRSN

Les scientifiques nippons travaillent d’arrache-pied pour évaluer l’impact sanitaire de l’accident de Fukushima. Leurs résultats préliminaires sont plutôt satisfaisants. A l’exception des troubles psychologiques qui affectent un grand nombre d’habitants de la préfecture.

Les chercheurs de l’université médicale de Fukushima ne sont pas contents. Furieux, même, de certaines conclusions d’un rapport que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a consacré aux conséquences sanitaires de la catastrophe nucléaire. Dans son étude, publiée il y a tout juste un an, l’institution onusienne annonçait de petits excès de cancers dans les populations les plus contaminées. «Ces résultats sont surestimés, car basés sur des reconstructions de doses. Nos études, elles, sont le fruit d’un vrai travail de terrain», vitupère Ohtsura Niwa, spécialiste mondialement reconnu des effets cancérigènes des radiations. Et de fait, les autorités médicales nippones n’ont pas chômé pour estimer l’étendue des retombées sanitaires de Fukushima.

4 études au long cours

Trois mois à peine après le tsunami, les scientifiques ont lancé 4 études au long cours. En interrogeant par téléphone les 2 millions de personnes qui vivaient dans la préfecture en mars 2011, la première vise à estimer la dose de radiation reçue sur le corps. Parallèlement, tous les enfants de moins de 18 ans (en mars 2011) vivant dans la région subiront un bilan thyroïdien pour mettre en évidence un possible accroissement du nombre de cancers de la thyroïde. Les enfants des femmes (20.000) qui étaient enceintes au moment de l’accident seront suivis. Enfin, des bilans médicaux complets doivent être effectués sur les 210.189 personnes qui ont été évacuées des zones les plus contaminées.

Coordonnée par l’université médicale de Fukushima, cette première étude donne déjà quelques résultats. Au 30 septembre 2013, 23% des personnes contactées ont répondu au questionnaire. Retraitées statistiquement par l’institut japonais de sciences radiologiques (NIRS), leurs réponses sont plutôt rassurantes. «Environ 99,4% de ces personnes auraient reçu des doses inférieures à 3 millisieverts (mSv)», souligne Tetsuo Ishikawa, de l’école de médecine de Fukushima.

 

27 thyroïdectomies

Le suivi de la thyroïde des enfants était très attendu. On l’a vu après Tchernobyl, les cancers affectant cette glande endocrine sont l’un des effets les plus évidents d’un important relargage d’iode radioactif. A la fin de l’année passée, plus de 240.000 enfants avaient subi une échographie de la thyroïde. Sur le lot, indique Shin-ichi Suzuki, du département d’endocrinologie de l’université de Fukushima, 1.559 ont été identifiés comme devant bénéficier d’examens complémentaires. Des biopsies ont confirmé le caractère malin des nodules ou des kystes et 27 enfants ont dû subir une ablation de la thyroïde.

27 cas sur une population de 240.000 enfants c’est faible (0,01%). «Il ne faut pas prendre ce résultat au pied de la lettre, tempère Jean-René Jourdain. Comme nombre de pays, le Japon ne disposait pas de registre de cancers de la thyroïde chez l’enfant. C’est donc l’évolution du nombre de ces cancers qui nous dira, dans quelques années, l’incidence de la catastrophe de Fukushima», poursuit l’adjoint à la direction de la protection de l'homme de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Le mental ne va pas fort

Côté mental, les choses ne vont pas très fort. Un bon tiers des 210.000 personnes évacuées des zones les plus touchées ont répondu aux questions des étudiants en médecine de Fukushima. Ces derniers les ont comparées aux résultats des bilans de santé antérieurs à la catastrophe. Parmi les premiers enseignements: une augmentation de la prévalence de l’obésité, de l’hypertension et une perturbation du métabolisme des graisses chez les enfants. Les adultes présentent des symptômes comparables, auxquels s’ajoutent parfois des dysfonctionnements hépatiques, détaille l’épidémiologiste Tetsuya Ohira. «Mais le plus remarquable, souligne Yasuto Kunii, du département de neuropsychiatrie de l’université de Fukushima, ce sont les troubles du sommeil, des symptômes dépressifs, des modifications des modes de vie.» Ces derniers maux pouvant d’ailleurs expliquer, en partie, les premiers. Sur la base de ces résultats préliminaires, les scientifiques ont conseillé à 4.677 personnes de contacter leur médecin ou un psychologue.

Les nouvelles sont plus rassurantes pour les femmes qui étaient enceintes au moment de l’accident. Les taux de fausses couches et d’avortement sont stables (respectivement 0,79% et 0,09%). Même chose pour les enfants mort-nés, les naissances prématurées, le taux de malformation congénitale. Seule évolution: les femmes sont désormais plus nombreuses à nourrir leur bébé au sein.

 



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