BTP : Une sortie de crise en chantier

Le 23 mars 2020 par Victor Miget
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Pour les entreprises souhaitant travailler, il incombera aux employeurs de veiller à ce que toutes les mesures sanitaires de lutte contre la propagation du Covid-19 soient mises en œuvre sur chantier.
Pour les entreprises souhaitant travailler, il incombera aux employeurs de veiller à ce que toutes les mesures sanitaires de lutte contre la propagation du Covid-19 soient mises en œuvre sur chantier.

Samedi 21 mars, gouvernement et fédérations professionnelles du bâtiment ont trouvé un compromis afin de poursuivre les chantiers. L’accord ne fait pas l’unanimité.

 

La polémique avait éclaté la semaine dernière. Sur LCI, Muriel Pénicaud, ministre du travail, s'en était prise aux entreprises du BTP qui stoppaient leur activité, conformément aux règles de confinement.

Entre interruption de fourniture de matériaux, refus d’accès aux chantiers, inquiétude des salariés… pour la Fédération Française du Bâtiment (FFB), cesser temporairement de faire tourner les bétonneuses semblait inévitable. «Le 16 mars, le Président de la République Emmanuel Macron nous dit que c’est la guerre et qu’il faut rester chez soi. L’action de beaucoup de concitoyens a été de fermer leur activité et beaucoup ont été mis en télétravail. Par définition, c’est difficile sur un chantier ! Les acteurs du secteur ont donc décidé de les arrêter», indique une porte-parole de la de la FFB.

Pourtant, dans le même temps, la ministre du travail «nous dit à nous qu’il faut aller travailler. Un non-sens au vu de la coactivité et donc de la proximité sur les chantiers. De plus, le gouvernement n’était pas clair et sous entendait que les entreprises du BTP qui fermeraient ne bénéficieraient pas du chômage partiel», assure-t-elle.

Indispensable. Afin d’assurer la continuité d’activité dans le BTP, La Fédération du négoce de bois et des matériaux de construction (FNBM) a demandé à ses adhérents de reprendre une activité réduite à partir du lundi 23 mars. Entre 20 et 50 % des dépôts fermés pourraient rouvrir.

Désamorcer la crise

Samedi 21 mars, gouvernement et fédérations du BTP (FFB, FNTP, Capeb) concluent un accord. Objectifs: favoriser la reprise des chantiers et rassurer les différents acteurs sur leurs droits.

Les entreprises et salariés du BTP pourront bénéficier des mesures d’urgence prévues par le Gouvernement : temps partiel, recours au fonds de solidarité. Elles s’appliqueront dans le cadre de loi d’urgence sanitaire votée dimanche 22 mars.

Pour les entreprises souhaitant travailler, il incombera aux employeurs de veiller à ce que toutes les mesures soient mises en œuvre pour assurer la sécurité des salariés. Concernant les modalités de contrôle : «rien n’est encore sûr. On essaye déjà de trouver des solutions sur le terrain car les entreprises de bâtiment ont des clients, des promoteurs par exemple qui parfois ne veulent pas entendre parler d’arrêt de chantier», développe la porte-parole de la FFB.

Quid des sanctions? Sur ce dernier point, le gouvernement enjoint maîtres d’ouvrages et entreprises à ne pas rechercher la responsabilité contractuelle des entreprises, de leurs sous-traitants ou fournisseurs qui, lorsque les conditions d’exécution ne permettaient plus de garantir la santé et la sécurité de leurs salariés, ont dû suspendre leur activité. Ce n’est là qu’une recommandation. A l’exception des chantiers dont il est maître d’ouvrage, l’Etat ne peut changer les clauses des contrats de tiers. «Sur ce point précis, nous n’avons pas encore de réponse», admet-on à la FFB.

Clarification

Sur le terrain, quelles mesures de protections appliquer? Les organisations professionnelles diffuseront, probablement la semaine prochaine, un guide de bonnes pratiques. Il sera validé par les ministères du Travail et des Solidarités et de la Santé et visé par les syndicats.

Pas de quoi rassurer l’ensemble du secteur. Un autoentrepreneur du BTP, Yann Danion, pointe une incompatibilité du travail sur les chantiers avec le respect des conditions sanitaires strictes. Il cite pêle-mêle, le partage d’outils, les déplacements etc. Pour ce professionnel, il convient de n’autoriser que les travaux d’urgence ou de dépannage.

Même son de cloche du côté de l’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa). Dans un communiqué, son président Jean-Michel Woulkoff, dit désapprouver l’accord conclu le 21 mars. «L’Unsfa exige que les représentants de la profession (architectes ndlr) soient intégrés à la rédaction de ce guide des bonnes pratiques qui doit permettre de poursuivre des chantiers et seulement ceux qui sont prioritaires».