Bruxelles veut une vivisection plus "humaine"

Le 13 juillet 2010 par Thérèse Rosset
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La Commission de l’agriculture du Parlement européen a approuvé, le 12 juillet, un texte qui vise à limiter les expériences sur les animaux, sans pour autant entraver la recherche scientifique. Résultat d’un compromis entre les eurodéputés et le Conseil de l’Union européenne (UE), la future directive envisage de réduire le nombre d’animaux utilisés en laboratoires, et renforce les règles sur l'utilisation des primates (chimpanzés, bonobos, gorilles…). Pour chaque expérience réalisée, l'impact sur le « bien-être » animal devra être évalué.

«Ce texte entérine les bonnes pratiques en Europe, on assiste à un nivellement par le haut », analyse Bruno Verschuere, président du Groupe interprofessionnel de réflexion et de communication sur la recherche (Gircor). L’association française de défense de l’éthique animale et planétaire One voice dénonce, elle, un piétinement du Parlement sur ces questions. Les lobbies scientifiques s’étaient tous mobilisés, en 2008, pour « sauver la recherche privée mais aussi publique », rappelle Bruno Verschuere. Le Parlement aurait finalement écouté leurs arguments pour trouver l’équilibre entre amélioration du bien-être des animaux et aide à la recherche médicale.

Sont exclusivement visées, ici, les expérimentations utilisant des méthodes qui, aboutissant à la mort, engendrent également des souffrances pour les animaux. Seules exceptions admises : les recherches sur les maladies humaines, animales et végétales, sur la drogue, la préservation des espèces, mais aussi celles pour l’enseignement supérieur et les enquêtes médico-légales.

La philosophie du texte repose sur le principe de « méthode alternative ». Elle oblige les laboratoires à employer tout procédé de substitution (reconnu par le droit communautaire) qui permette d’éviter les expériences sur les bêtes. « Les parlementaires ont heureusement su trouver la juste mesure », commente Bruno Verschuere. Tandis que One voice rappelle que la méthode alternative est déjà une obligation légale dans plusieurs pays, dont la France. L’association, rattachée à la Coalition européenne pour mettre fin à l’expérimentation animale (Eceae, en anglais), appelle à un fort développement des mesures substitutives.

L’intransigeance reste de mise dans certaines matières. Notamment les essais sur les primates. «  C’est une mesure symbolique, regrette Muriel Arnal, présidente de One voice, certains pays n’utilisent déjà plus de grands singes aujourd’hui ». Le Gircor rappelle néanmoins que près de 80 % des animaux de laboratoires sont des rats et souris.

Sévérité d’un côté, quelque peu mise à mal par une « clause de sauvegarde » selon laquelle chaque Etat pourra déroger au texte, « mais seulement pour des raisons exceptionnelles et scientifiquement justifiables », énonce la directive. « Clause justifiée » pour les laboratoires pharmaceutiques car utile en cas d’épidémie majeure, type Chikungunya ou grippe A.

La nouvelle législation pourrait par ailleurs introduire des « catégories » de souffrance infligées : « sans réanimation », « légère », « modérée » ou « sévère ». La Commission de l’agriculture veut autoriser la réutilisation des animaux, mais seulement en cas de souffrance classée tout au plus de « légère ». Muriel Arnal reconnaît que le fait de parler des douleurs des animaux est un « progrès ». « Mais qui va décréter qu’un animal souffre légèrement ? », s’interroge la présidente de One voice.

Equilibré pour les laboratoires de recherche scientifiques, insuffisant pour les associations de défense des animaux, le texte est appelé à évoluer. Sa révision est déjà programmée dans 5 ans. Mais la directive doit d’abord être entérinée par le Parlement (en septembre), puis par le Conseil.



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