Bruxelles veut rendre les incinérateurs plus polluants

Le 18 avril 2018 par Stéphanie Senet
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Les plafonds d'émissions des oxydes d'azote, du mercure et des poussières sont relevés
Les plafonds d'émissions des oxydes d'azote, du mercure et des poussières sont relevés

La Commission européenne propose des normes d’émission pour les incinérateurs de déchets plus laxistes que la réglementation actuelle.

L’avenir des incinérateurs se joue actuellement au sein de l’Union européenne, à travers la révision du WI BREF[1] datant de 2006. Or le nouveau texte, qui doit être validé fin avril à Séville, pour entrer en vigueur d’ici fin 2019, comporte un certain nombre de reculs. Préparé à Bruxelles par le Bureau de la prévention et du contrôle de la pollution (EIPPC) du centre de recherche commun (JRC), il relève en particulier les plafonds d’émission de polluants autorisés dans l’air et dans l’eau, comme le révèle un rapport publié ce 18 avril par le Bureau européen de l’environnement (BEE).

 

Des oxydes d’azote en hausse de 50%

A commencer par les émissions atmosphériques d’oxydes d’azote. Alors que les installations actuelles doivent les limiter, en moyenne journalière, à 100 milligrammes par normo-mètre cube (mg/Nm3)[2], Bruxelles veut relever le seuil à 150 mg/Nm3. A noter qu’un tiers des incinérateurs sont déjà dans les clous fixés en 2006 et que la moyenne s’élève à 149 mg/Nm3[3]. L’objectif de la fédération européenne des associations environnementales est de maintenir le seuil de 2006. Puissants irritants des voies respiratoires, les oxydes d’azote contribuent à l’acidification et à l’eutrophisation des eaux et des sols, et peuvent générer des particules fines et de l’ozone, dont les effets néfastes sur la santé sont démontrés.

 

Du mercure en plus

Même chose pour le mercure dont le nouveau plafond progresserait de 20 à 25 microgrammes (?g) par Nm3. Alors que 57% des installations rejettent moins de 10 ?g/Nm3 de ce métal lourd, le BEE demande que son seuil soit divisé par deux au lieu d’être augmenté. Certaines technologies, comme l’injection de charbon actif en amont du filtre, peuvent d’ailleurs réduire les émissions de plus de 95%. Au titre des bons exemples, l’usine autrichienne de Pfaffeneau n’émet pas plus de 0,02 ?g/Nm3 de mercure, en moyenne journalière.

 

Laxisme sur les poussières

Enfin, si le seuil appliqué aux poussières reste constant (5 mg/Nm3), le projet de révision introduit une nouvelle dérogation pour les installations ne pouvant être équipées de filtre (7 mg/Nm3). Les poussières peuvent pourtant être très nocives, en particulier lorsqu’il s’agit de particules fines PM 2,5, qui entraînent des maladies cardiaques, des problèmes respiratoires et des cancers du poumon. Le BEE réclame donc un plafond plus ambitieux (4 mg/Nm3) déjà respecté par 70% des incinérateurs. Les émissions des installations les plus performantes (Bielefeld-Herford en Allemagne, Reno-Nord au Danemark et Brno en République tchèque) ne dépassent pas 0,5 mg/Nm3.

 

Lobbying industriel

La hausse des seuils résulte logiquement du lobbying de certains industriels et du laxisme de certains Etats membres. L’Autriche, la Belgique, les Pays-Bas et la Suède se sont mobilisés pour réduire les seuils d’émission, mais l’Allemagne, l’Espagne, la Hongrie, le Portugal, la République tchèque et le Royaume-Uni ont bloqué leurs efforts. Par ailleurs, certains industriels se sont infiltrés au sein des délégations nationales chargées de valider ces nouvelles normes. Le record est détenu par la Croatie, dont deux membres sur trois sont salariés de groupes industriels.



[1] Il s’agit du document de référence des meilleures techniques disponibles dédié à l’incinération, dans le cadre de la directive sur les émissions industrielles (IED).

[2] pour les installations ayant un dispositif de réduction catalytique

[3] selon le relevé des performances opéré en 2014

 



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