Bruxelles relance l’idée d’une réduction de 30% des émissions

Le 30 janvier 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A l’heure où les politiques français débattent des meilleures voies pour sortir ou non du nucléaire, la Commission se pose bien d’autres questions. Dans une note auquel le Journal de l’environnement a pu avoir accès, les experts de la direction de l’action climatique ont évalué les coûts, pour l’Union européenne, d’une réduction de 30% de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 1990 et 2020.
Pour le moment, le paquet Energie-climat de 2008 impose aux 27 Etats membres d’abattre de 20% leurs émissions de GES entre 1990 et 2020. Notamment en améliorant de 20% leur efficacité énergétique et en consommant 20% d’énergie d’origine renouvelable. Ce sont les fameux 3 x 20.


Jugés ambitieux au moment de leur adoption, ces objectifs sont désormais à portée de main, en grande partie grâce à la crise économique. En 2010, l’UE avait, collectivement, réduit ses rejets de GES de 14% par rapport à l’année référence de 1990. En poursuivant les efforts initiés en 2008, complétés par l’achat de quelques millions de quotas nationaux d’émission ou de permis générés par les mécanismes de flexibilité (Urce), le tour était joué. Le tout pour une addition bien moins élevée que prévu: 34 milliards d’euros par an, contre 48 milliards, initialement prévu.
Hélas, la crise a aussi de fâcheuses conséquences, y compris pour la finance carbone. L’activité industrielle s’étant fortement ralentie, les usines et les centrales électriques tournent au ralenti; réduisant d’autant leurs besoins en quotas d’émission de GES. En 2020, le marché européen pourrait ainsi être trop long de 2,4 milliards de quotas.

Conséquence: même mis aux enchères (ce qui sera le cas dès 2013), ces quotas ne vaudront plus rien; réduisant d’autant les revenus que les Etats pouvaient espérer de leur vente aux exploitants de sites industriels. Autre dégât collatéral: la tonne de CO2 à prix bradé n’a jamais incité un industriel à réduire, physiquement, son bilan carbone.

Pour sauver l’ETS, les experts bruxellois remettent au goût du jour une proposition qui traîne dans les couloirs de la Commission depuis au moins trois ans: abattre d’un tiers les émissions européennes.

Une idée aux bénéfices multiples. Politiquement, l’Europe apparaîtrait définitivement comme le bloc leader dans la lutte contre les changements climatiques. Position bien plus confortable lorsqu’il s’agira, par exemple, de négocier avec ses partenaires commerciaux des mesures de réciprocité (taxe carbone aux frontières, quotas sur les navires de commerce, etc.).


Economiquement, la mesure s’annonce intéressante. Certes, les 27 devront investir annuellement environ 70 Md€ (les deux tiers du service de la dette française!) pour accroître le parc de production d’énergies renouvelables et améliorer les performances énergétiques du bâtiment et des transports. Ce qui devrait aussi créer quelques emplois.


Important, cet investissement ne se fera pas à fonds perdus, soulignent les auteurs de la note. Selon leurs projections, l’UE diminuera de 20 Md€ le montant de sa facture énergétique (par rapport au scénario de référence), dont 9 milliards pour avoir réduit sa consommation de gaz et de charbon.


En obligeant l’industrie lourde et l’aviation commerciale à alléger leur bilan carbone, l’Europe réveillera leur appétit pour les quotas d’émission, dont les prix devraient repartir à la hausse. En 2020, les Etats pourraient ainsi espérer collecter 28,5 Md€ des enchères. De quoi redistribuer à d’autres secteurs.


Tout naturellement, la réduction des émissions de GES entraînera celle des rejets de polluants atmosphériques nocifs pour la santé. Et des coûts imputables à la morbidité et à la mortalité des fortes concentrations de particules fines (PM 2,5). Toujours à l’horizon 2020, les sécurités sociales de l’UE pourraient réduire de 3,3 à 7,6 Md€ par an les dépenses de l’assurance maladie.
 



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