Bruno Lechevin: une certaine idée de l’énergie

Le 06 février 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Bruno Lechevin : du syndicalisme à la transition écologique.
Bruno Lechevin : du syndicalisme à la transition écologique.

L'ancien président de l'Ademe est mort, ce 6 février. Il avait 68 ans.

Un moment d’émotion a traversé le colloque du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Entre deux interventions, Jean-Louis Bal, président du Syndicat, a annoncé, ce 6 février, le décès de Bruno Lechevin.

L’ex-président de l’Ademe venait de fêter son 68e anniversaire. Depuis son départ de l’Agence, en 2018, cet ancien syndicaliste avait mis son énergie au service du pacte Finance-Climat, association cofondée par Jean Jouzel et Pierre Larrouturou. Un dernier combat près d’être gagné. Lors des élections européennes, le trio avait milité en faveur de la création d’une banque du climat et d’une importante ligne de crédit pour financer les investissements bas carbone. Deux demandes en passe d’être satistaites par la nouvelle Commission.

fils de menuisier

Rien ne destine Bruno Lechevin, fils de menuisier ch’ti, à entrer dans le monde de l’énergie. Originaire de la ville minière de Sallaumines (62), il décroche son CAP de menuisier, qui restera longtemps son seul diplôme. Puis, délaissant rapidement rabot et ciseau, il va faire ses classes à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) qui fournira nombre de cadres et de militants à la future CFDT.

Il en devient président, pour la branche française, avant de passer cédétiste à temps plein. Après plusieurs années à la tête de la branche énergie, il est élu, en 1997, secrétaire général de la toute nouvelle fédération Énergie-Chimie de la CFDT. Il sera l’un des principaux négociateurs de l’instauration des 35 heures dans les Industries électriques et gazières («IEG» pour ceux qui savent).

Le développement aussi. Le syndicalisme de Bruno Lechevin n’était pas qu’hexagonal. En 1986, aux côtés des chercheurs d’EDF, cet homme engagé fonde l’association « Electriciens sans frontières ». Revendiquant aujourd’hui 1.000 bénévoles, l’ONG entend faciliter l’accès à l’énergie pour les populations démunies dans les pays en développement, notamment par le déploiement de sources de production d’énergie renouvelable. 

La négociation avec les pouvoirs publics et EDF-GDF s’achève sur un succès[1]. Ce ne sera pas le cas pour faire fusionner les syndicats de l’énergie et de la chimie. Contesté en interne, Bruno Lechevin est alors exfiltré à EDF en 1999. L’entreprise ne lui est pas inconnue: vingt ans plus tôt, le jeune militant y avait occupé les fonctions de magasinier. Il y fera seulement un passage éclair.

Commissaire et Médiateur

Nommé en 2000 à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) à peine créée, il y suit l’ouverture à la concurrence des marchés de l’électricité et du gaz. La «déréglementation» très modérément appréciée par ses anciens collègues syndicalistes de l’énergie ne lui fait pas que des amis.

A la demande du secrétaire d’Etat à l’Industrie, Christian Pierret, il cumule ensuite, en 2007, les fonctions de commissaire de la CRE et de délégué général d’un nouveau venu dans le paysage institutionnel français: le Médiateur de l’énergie.

Habitué à traiter avec les grands producteurs d’énergie, Bruno Lechevin découvre les problèmes des consommateurs maltraités par leurs fournisseurs de kilowattheures et la redoutable question de la précarité énergétique. Ce sujet ne le quittera plus.

Conseiller en 2012 du candidat François Hollande pour les questions d’énergie, Bruno Lechevin devient, un an plus tard, président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

scénario 100% renouvelables

Avec conviction, ce catho de gauche y œuvre à la construction d’un nouveau paradigme énergétique. Sous sa coupe, l’Ademe esquisse le premier scénario «tout renouvelable». Avec différentes ONG, l’Agence d’Angers est l’une des rares institutions publiques à critiquer le bilan environnemental des agrocarburants de première génération. Ce sont aussi les «adémiens» de Bruno Lechevin qui imaginent de flécher une partie des certificats d’économie d’énergie vers les ménages en situation de précarité énergétique: un dispositif inscrit dans la loi relative à la transition énergétique d’août 2015.

«Si l’on veut réussir la transition écologique et énergétique, la question sociale doit être au cœur de cette problématique», martelait-il. Sa vision ne fut pas toujours partagée par les gouvernements, notamment les plus récents en date. Avec le succès que l’on sait.

 



[1] Les deux énergéticiens embaucheront 20.000 personnes en 5 ans pour compenser les départs à la retraite et la diminution du temps de travail des agents.