Bruno Le Maire: une écologie vraiment très «pragmatique»

Le 21 septembre 2016 par Romain Loury
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Bruno Le Maire
Bruno Le Maire

C’est «Moi président» en version Tolstoï: Bruno Le Maire a publié samedi 17 septembre un programme d’un bon millier de pages, qu’il lui reste à défendre lors de la primaire de la droite en novembre. Au fil des pages, émergent quelques mesures sur l’environnement et l’énergie pour «une nouvelle voie à la fois exigeante et pragmatique». Bilan: le «pragmatisme», d’inspiration très libérale, l’emporte haut la main sur l’exigence écologique.

En matière d’environnement, Bruno Le Maire donne rapidement le ton: sus à l’écologie punitive qui asphyxie notre économie, halte à la confiscation du débat par les technocrates et les associations… et surtout élimination de la Constitution du principe de précaution, devenu «un outil politique et populiste anti-progrès».

«La constitutionnalisation du principe de précaution fige un principe imprécis et dont les modalités d’application restent floues», ajoute Bruno Le Maire. Par quoi le remplacer? Tout simplement par le «principe d’innovation», leitmotiv des opposants au principe de précaution. Notamment des industriels, dont le discours de Bruno Le Maire semble très souvent s’inspirer.

La liste finale est tombée ce mercredi 21 septembre, après validation par la Haute autorité de la primaire de la droite et du centre. Ils seront donc sept: Jean-François Copé, François Fillon, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Jean-Frédéric Poisson et Nicolas Sarkozy. Toujours sous l’angle environnemental, le JDLE analysera le programme de chacun.

Selon lui, «cette décision doit permettre à la France de repenser totalement son rapport à la gestion des risques. Les barrières à l’innovation et au progrès scientifique générées par le principe de précaution ont un impact négatif sur de larges pans de notre économie. La suppression du principe de précaution représente donc un symbole fort, mais nécessaire pour que la France puisse enfin retrouver cet esprit de conquête qui lui fait défaut».

Soigner la planète par des indicateurs

S’il propose de supprimer l’Ecole nationale d’administration (ENA), l’ancien de la promotion Valmy (1996-98) n’oublie pas les bonnes vieilles recettes comptables qu’il y a apprises. Exemple dans son chapitre «développement durable/énergie», dont la première de ses «fiches» est consacrée à la mise en place d’«un tableau de bord clair synthétisant les principaux indicateurs de l’état de l’environnement» (consommation d’énergies fossiles, superficies boisées, pollution de l’air, etc.).

Outre l’information du public, cet outil devrait «permettre la mise en place d’objectifs chiffrés annuels pour chaque indicateur et de formaliser la demande d’un plan des actions à mener en vue d’atteindre cette cible, accompagné d’un échéancier». Une mesure qui ressemble étrangement à la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en cours d’adoption.

Au-delà de fiches sur les véhicules électriques et la gestion des pénuries d’eau, la question de l’environnement se réduit largement à celle de l’énergie, le plus souvent sous un angle très libéral, mais toujours en rappelant la nécessité de respecter les engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

Un mix énergétique ouvert à la concurrence

Favorable à un nouveau mix énergétique, Bruno Le Maire estime que ce n’est pas à l’Etat de le fixer, mais qu’il doit seulement maintenir un cadre favorable à une «saine concurrence», en contradiction avec la loi de transition énergétique.

Objectif, continuer à offrir aux Français «une énergie abordable et non polluante, tout en garantissant l’indépendance énergétique de notre pays». Et ce grâce aux «meilleures technologies de production, qu’elles soient nucléaires, éoliennes, solaires ou hydrauliques».

Bruno Le Maire propose ainsi qu’EDF établisse «un échéancier détaillé, centrale par centrale, en vue d'échelonner les remplacements, les prolongations et les fermetures». Ce qui devrait alléger la facture du grand carénage –la prolongation du parc nucléaire est estimée à 100 milliards d’euros jusqu’en 2030-, mais va à l’encontre de l’organisation de la sûreté nucléaire telle que fixée par la loi relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire (TSN) du 13 juin 2006.

Les fonds ainsi économisés devront être «réinvestis dans les capacités de production de demain, qu’elles soient nucléaires ou renouvelables», ainsi que «dans l’innovation, en particulier dans les technologies de stockage de l’électricité et d’intégration au réseau».

Indéniablement favorable aux énergies renouvelables –autant qu’au nucléaire-, Bruno Le Maire leur consacre une fiche appelant à «moins de contraintes, plus d’efficacité». Or il y est étrangement assez peu question d’énergie verte, mais surtout de procédures d’urbanisme qu’il s’agit de simplifier afin de faciliter la vie des entreprises. Sous l’étonnant alibi des énergies renouvelables, l’environnement y donne surtout l’impression d’être une contrainte imposée aux industriels.

La biodiversité? Récifs coralliens et tir au loup

Quant à la biodiversité, pas grand-chose à part celle de l’outre-mer, dont la future AFB (Agence française pour la biodiversité) ne tiendrait pas assez compte. Bruno Le Maire propose de centraliser la gouvernance de la biodiversité ultramarine dans une unique structure de gestion coordonnée par les collectivités locales, ou encore de «maintenir» un réseau d’espaces protégés –ce qui est la moindre des choses. Plus originale, cette promesse selon laquelle tout élève français devra «pouvoir identifier le patrimoine naturel de chaque territoire d’outremer».

La biodiversité métropolitaine a elle aussi droit à une fiche, mais dans le chapitre agriculture. Sur les pollinisateurs? Non: sur la protection des élevages contre le loup. S’il n’y est pas question de revenir sur le statut protégé du canidé, Bruno Le Maire souhaite «maîtriser son expansion tout en limitant les conséquences économiques, animales et humaines». «Nous continuerons donc à accorder des quotas importants [de tirs] et augmenterons progressivement les autorisations de prélèvements si la situation l’impose», ajoute-t-il.

Le chapitre agriculture présente d’autres mesures ayant trait, de près ou de loin, à l’environnement. Par exemple sur les échanges en circuit court, qu’il est question de favoriser par un habile partenariat entre la Poste et les buralistes, qui, outre leurs paquets de cigarettes neutres, pourraient ainsi se mettre à la vente de fruits et légumes. Ou encore la politique agricole commune (PAC), qu’«il faudra pérenniser au-delà de 2020 en revenant partiellement sur les mesures de ‘verdissement’» -Bruno Le Maire ne dit pas lesquelles.

Le candidat se montre par ailleurs adepte de la biométhanisation agricole, qu’il souhaite propulser via des formations professionnelles et la simplification des démarches administratives, notamment pour des projets communs à de petites exploitations. Côté déchets, il obligerait tous ceux de nature organique à passer par une unité de méthanisation.

Infrastructures: vive la route!

Toujours dans «un esprit de conquête», retour aux Trente glorieuses avec le chapitre sur les infrastructures, qui seront «une priorité du quinquennat» -sous-entendu, celui de Bruno Le Maire. Priorité à la réhabilitation de la route, «mode de déplacement mal aimé de ces 10 dernières années», mais dont l’image devrait changer avec l’arrivée des véhicules électriques, autre dada du candidat.

Toujours du côté des infrastructures, Notre Dame-des-Landes a elle aussi droit à sa fiche. Un seul mot d’ordre: «plus jamais ça!». Plus jamais quoi? Et bien «les divergences et la faiblesse du gouvernement», ou encore «la contestation violente couplée à une occupation illégale du site de la future plateforme».

Ne tolérant plus que «la démocratie soit prise en otage par une minorité qui ne représente qu’elle-même», Bruno Le Maire souhaite poursuivre le chantier «dans la sérénité». Quitte à évacuer la ZAD (zone à défendre) «par une opération d’envergure, sécuriser les lieux et poursuivre systématiquement les auteurs de délits (squats, dégradations, routes barrées, incendies, etc.)». Pragmatique, en effet.



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